Scène III
ATARÈS – GAMIR – Esclaves
(Pendant toute la scène, les esclaves préparent la salle pour le repas royal.)
ATARÈS
Allons ! Dépêchez-vous ! Nous n’avons pas le temps
De jouer ou dormir, troupeau de fainéants !
Dans moins d’une heure, enfin, le monarque on régale,
Il faut que soit dressée cette table royale.
Et Gamir, mon second, dans mes jambes planté !
Mais qui donc m’a flanqué d’un pareil empoté ?
Je veux qu’incontinent cette salle soit prête.
GAMIR
Je fais ce que je puis, car je n’ai qu’une tête,
Deux jambes et deux bras. Le Créateur divin
Ainsi m’a façonné. Pour la viande…
ATARÈS
Et le vin ?
GAMIR
Rouge, blanc ou rosé, ce n’est pas mon affaire :
Celle de Néhémie.
ATARÈS
Ce gaillard m’exaspère.
GAMIR
Tu ne me sembles pas le porter sur ton cœur.
ATARÈS
En effet, je le hais, ce verseur de liqueur.
GAMIR
Qu’a-t-il fait ?
ATARÈS
Rien, sinon que c’est une vraie peste.
Le roi l’aime un peu trop et moi je le déteste.
Je damnerais mon âme pour le voir en prison.
GAMIR
Pour détester les gens il faut une raison.
ATARÈS
Une raison, Gamir ? Veux-tu que je te dise ?
Il a sur notre maître une fâcheuse emprise.
Un maudit fils d’esclave, un gueux qui n’était rien !
Un étranger ! Engeance ignoble ! Un Juif enfin !
GAMIR
Tu n’aimes point les Juifs.
ATARÈS
Oui, je hais cette race.
Je suis rongé d’envie, je convoite sa place.
Prince des sommeliers, grand échanson du roi ;
Ce long titre pompeux ne revenait qu’à moi.
Par quelles manigances, souterraines intrigues
Est-il parvenu… Bon ! Ce discours me fatigue.
GAMIR
L’amère jalousie te prive de repos.
ATARÈS
Le prince est susceptible, un jour j’aurai sa peau.
GAMIR
Le voilà, justement.
ATARÈS
Ce monsieur se promène,
Accompagné, je vois, de quelque énergumène.
(Entrent Néhémie et Hanani.)
Scène IV
ATARÈS – GAMIR – NÉHÉMIE – HANANI – Esclaves
NÉHÉMIE
Frère, il est temps, je crois de nous quitter ainsi,
C’est un devoir sacré qui me retient ici.
Mon Dieu ! Si je pouvais te rejoindre en Judée !
Mais le roi me réclame, oublions cette idée.
HANANI
Je partirai donc seul avec mon désespoir,
Et rejoindrai la caravane dès ce soir.
(voyant Atarès)
Quel étrange bonhomme, et comme il nous regarde !
NÉHÉMIE
Lui ? C’est un vieux jaloux, mais n’y prenons point garde.
Je lui accorderais ma place volontiers
Car flagorneur du roi n’est pas un bon métier.
ATARÈS
Mais voyez Néhémie, quelle figure étrange !
Une grise nuée sur son visage d’ange.
GAMIR
Je suis prêt à gager que l’homme est amoureux.
En honneurs fortuné, en amour malheureux.
ATARÈS
Afficher près du roi une telle bobine,
Et fronçant les sourcils et traînant les babines !
On le paye assez cher pour la cour divertir
Et c’est le cœur en joie qu’on doit le vin servir.
S’il veut garder la vie, je crois qu’il serait sage
D’accrocher un sourire sur ce grave visage,
Et… Paix ! Voici le roi.
NÉHÉMIE
Par cette porte, va.
J’entends sur le parquet le bruit lourd de ses pas.
Peuvent seuls demeurer les ducs et les esclaves
Et l’échanson, bien sûr, le grand maître des caves.
(Hanani sort, entrent Artaxerxès, la reine Esther, des convives, des musiciens, des danseurs, etc.)
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