Ce petit frère, miraculeusement préservé de la mort à sa naissance, avait été choisi par Dieu pour sauver tout son peuple de l’esclavage !
Sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille, mais a été assez tumultueuse !
Il a été élevé comme un prince à la cour du pharaon, il a été instruit dans toutes les sciences de l’Egypte par les meilleurs précepteurs, mais il a toujours su qu’il était hébreu. A l’âge adulte, il fut témoin des corvées imposées aux gens de son peuple et il a pris conscience de la misère et la détresse des siens. Un jour, alors qu’il était âgé de 40 ans, voyant un Egyptien maltraiter un Hébreu il a voulu jouer au héros et a tué l’Egyptien. Il y avait eu des témoins de son acte et il s’est enfui car pharaon cherchait à le faire mourir.
Pendant 40 ans il n’a plus fait parler de lui…
Et un jour il revint en Egypte, un bâton à la main, avec sa femme Séphora, ses deux fils et Aaron, mon autre frère. Ils ont annoncé au peuple, avec des signes miraculeux, que l’Eternel avait vu sa détresse et qu’il allait intervenir en sa faveur.
Moïse nous a raconté par la suite ce qu’il avait vécu durant toutes ces années. Il avait trouvé refuge chez Jéthro, un prêtre de Madian. Il avait épousé une de ses sept filles et avait travaillé pour lui comme berger. Et récemment, alors qu’il était tout près du Mont Horeb avec ses troupeaux, Dieu lui était apparu dans un buisson qui ne se consumait pas et l’avait appelé et envoyé auprès de son peuple pour qu’il le fasse sortir d’Egypte. Comme Moïse craignait que les Israélites ne le croient pas, Dieu lui fit faire des miracles : son bâton se transformera en serpent en le jetant à terre, puis redeviendra un bâton en le saisissant par la queue ; sa main se couvrira de lèpre en la mettant sur la poitrine et redeviendra saine en la remettant ; l’eau du Nil se transformera en sang en la versant à terre. L’Eternel lui avait donné comme adjoint Aaron, son aîné de 3 ans, pour être son porte-parole.
Il s’est donc présenté devant le peuple avec Aaron, les promesses de délivrance de Dieu et ses miracles.
Mais la route vers la délivrance fut encore longue et ardue et semée de difficultés, tel l’entêtement de pharaon à refuser notre départ. Il ne voulait pas perdre sa main-d’œuvre gratuite et efficace et il durcit encore leurs conditions de travail.
Le peuple encore plus malheureux s’en est pris à Moïse et Aaron qui se tournèrent vers l’Eternel qui les assura de sa présence et de sa puissance qu’il allait révéler à pharaon et à tous les Egyptiens.
Il leur promit à nouveau qu’il libérerait le peuple de l’esclavage et le délivrerait par la force de son bras et en exerçant de terribles jugements puis le conduirait dans le pays qu’il avait juré de donner à leurs ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob. Mais le peuple était démoralisé et n’écouta pas les promesses de Dieu car il était trop opprimé par les lourds travaux qu’on lui imposait.
Alors commença une période d’entrevues avec le pharaon qui s’entêta de plus en plus.
Mais notre Dieu fut plus têtu que lui !
A chacun de ses refus de laisser partir notre peuple il envoyait une nouvelle catastrophe sur les Egyptiens et leur pays quand Aaron étendait la main avec son bâton !
Ainsi l’eau du Nil, de tous les cours d’eaux, de toutes les sources fut changée en sang. Les poissons moururent et le Nil devint infect… il n’y eut plus aucune eau potable.
Puis les grenouilles ont envahi tout le pays, jusque dans les lits de ses habitants et dans la pâte à pain… Le pharaon promit de les laisser partir si Moïse le délivrait des grenouilles. Mais il ne tint pas parole.
Alors la poussière du sol fut changée en moustiques dans toute l’Egypte.
Mais cette fois-ci quelque chose changea : jusqu’à présent les magiciens d’Egypte arrivaient à reproduire les miracles… mais cette fois-ci ils en furent incapables et ils y virent le doigt de Dieu.
Mais le roi s’obstina.
Les mouches venimeuses infestèrent et ravagèrent le palais de Pharaon et toute l’Egypte… sauf le pays de Goshen où habitaient les Israélites, signe que Dieu faisait la différence avec son peuple.
Se succédèrent ensuite la mort de tout le bétail des Egyptiens, les ulcères purulents, la grêle qui détruisit la végétation et tua les hommes et les bêtes qui n’étaient pas à l’abri, l’invasion de sauterelles qui dévorèrent ce qui avait échappé à la grêle, les ténèbres complètes sur le pays pendant 3 jours.
Mais, à chaque nouvelle catastrophe, le peuple hébreu fut épargné.
A chaque fois le pharaon demandait la délivrance, promettait puis se rétractait.
Alors l’Eternel annonça qu’une dernière catastrophe allait frapper l’Egypte et qu’ensuite pharaon les laisserait partir. Il allait envoyer son ange exterminateur pour faire mourir tous les fils aînés de toutes les familles.
Il donna des instructions très précises pour que les Israélites soient épargnés.
Le quatorzième jour du premier mois de l’année ils devaient tuer un agneau, badigeonner les linteaux de la porte avec son sang et faire rôtir sa viande et le manger durant la nuit avec des pains sans levain et des herbes amères.
Durant cette nuit-là l’Eternel allait parcourir toute l’Egypte pour faire mourir tous les premiers-nés, mais il épargnerait ceux qui étaient dans une maison dont les linteaux portaient le sang d’un agneau.
Cette nuit-là l’agneau sacrifié sauva la vie des aînés des Hébreux, mais dans les maisons des Egyptiens résonnaient des cris de souffrance et de deuil car il n’y avait pas de maison où personne ne mourut, même dans le palais de pharaon.
Celui-ci convoqua Moïse et Aaron en pleine nuit et leur ordonna de partir avec le peuple, son bétail et tout ce qu’il possédait… Les Egyptiens les supplièrent de partir…
C’était enfin le jour du grand départ, de la délivrance et la libération de l’esclavage.
Mais le pharaon se ravisa une nouvelle fois et poursuivit les Israélites avec toute son armée. Le peuple fut saisi d’une peur si grande qu’il alla jusqu’à reprocher à Moïse de les avoir fait sortir d’Egypte ! Mais Moïse leur promit que Dieu combattrait pour eux et les délivrerait de leurs poursuivants. Il leva son bâton, la mer se fendit, le peuple traversa mais l’eau se referma sur l’armée de pharaon.
Nous étions libres mais pas au bout de nos peines !
Moïse a dû affronter la source d’eau amère, les difficultés de la vie dans le désert, les plaintes du peuple qui le prenait à partie, la guerre avec les Amalécites. Mais notre Dieu purifia l’eau de Mara, en fit jaillir d’un rocher à Réphidim, donna la victoire, envoya des cailles et donna chaque jour la manne.
Au bout de 3 mois nous avons dressé le camp en face de la montagne dans le désert de Sinaï. C’est là que l’Eternel se révéla au peuple et que Moïse devint véritablement le héraut de Dieu. Il montait sur la montagne pour recevoir de Dieu les commandements et les lois qu’il transmettait au peuple. Sur ses ordres un sanctuaire fut construit par des personnes que Dieu avait qualifiées à cet effet. Aaron et ses fils furent installés comme prêtres.
Un jour Moïse a tardé à redescendre de la montagne et nous le croyions mort. Nous avons incité Aaron à nous fabriquer un veau en or devant lequel nous nous sommes prosternés. Nous ignorions que du haut de la montagne Dieu voyait notre idolâtrie et qu’il voulait détruire l’ensemble de notre peuple. Heureusement Moïse a intercédé en notre faveur et l’Eternel a renoncé à faire venir le malheur sur nous à cause de notre péché.
A son retour la colère de Moïse fut terrible en voyant le veau et les danses et en entendant nos chants ! Il fracassa les tablettes sur lesquelles Dieu lui-même avait inscrit ses commandements et réduisit le veau en poussière. Moïse se prosterna devant Dieu pour implorer son pardon pour le peuple rebelle. L’Eternel renouvela son alliance avec nous et répéta toutes ses instructions pour nos vies et ses promesses pour la conquête du pays promis.
Nous avons quitté le Sinaï. Le coffre de l’alliance nous précédait et la nuée ouvrait le chemin.
Les crises furent nombreuses.
Le peuple ne cessait de se plaindre à cause de la nourriture… de la manne, que de la manne tous les jours… il regrettait les poissons, les concombres, les melons, les poireaux et les oignons et il disait : « Nous étions si bien Egypte ! Ah si seulement nous pouvions avoir de la viande ! » L’Eternel dans sa colère promit d’envoyer de la viande : « Eh bien, je vais vous donner de la viande à manger. Pas un seul jour, ni deux jours, ni cinq jours, ni dix jours, ni même vingt jours, mais durant tout un mois vous en mangerez, jusqu’à ce qu’elle vous sorte par les narines et que vous en ayez la nausée. Car vous avez méprisé l’Eternel qui est au milieu de vous. »
Un vent entraîna des cailles qui recouvrirent le sol sur 1 m de haut et tout autour du camp, mais une grande épidémie nous punit pour avoir méprisé la manne que Dieu nous donnait fidèlement.
J’ai moi-même provoqué une crise avec mon frère Aaron en critiquant Moïse pour avoir épousé une femme koushite et en remettant son autorité en cause. L’Eternel nous convoqua tous les trois au sanctuaire, à la tente de la rencontre et descendit dans la colonne de nuée pour confirmer que Moïse était bien son prophète, son héraut, et que c’est à lui qu’il parlait face à face, de vive voix ! Il nous reprocha avec colère d’avoir osé critiquer son serviteur !
Au départ de la nuée je me suis retrouvée couverte d’une lèpre blanche comme la neige.
Moïse implora Dieu pour ma guérison. L’Eternel l’exauça, mais je fus exclue du camp pendant sept jours, le temps de ma purification.
Une crise majeure, après le retour des 12 explorateurs qui avaient infiltré le pays promis, retarda de 40 ans l’entrée du peuple dans le pays promis car il a pris peur et ne plaça pas sa confiance en l’Eternel.
Nous avons fait demi-tour pour reprendre le chemin du désert.
Pendant les décennies qui ont suivi il y eut des révoltes, des contestations, des châtiments, des victoires et des délivrances.
Pratiquement 40 ans ont passé.
Les anciens du peuple sont morts les uns après les autres.
Nous avons pris la route vers le nord, pour nous rapprocher enfin de notre destination.
Avant d’entamer le chemin vers les steppes de Moab, porte vers le pays promis, nous nous sommes installés pour quelques jours à Qadesh.
Je pense que c’est là que ma route s’achève.
Mes forces me quittent.
Je sais que je ne verrai pas le pays promis.
Mais ce retour en arrière dans mes souvenirs me permet de voir combien notre Dieu a été fidèle et nous a conservé son amour, malgré les nombreux écarts de son peuple si désobéissant et si rebelle.
Il nous a tous fait participer à son projet de délivrance depuis ce jour où, au bord du Nil, les pleurs d’un petit garçon ont attiré la fille de pharaon.
Photo en titre: Détail du tableau « Moïse recevant les tables de la loi » de Marc Chagall (Musée du Message biblique)
