Sylduria – La Reine Lynda (7)

Chapitre XIV
Olivier Beuzant-Ceneaux

Des pas gravissent lourdement l’escalier grinçant. Ce sont deux policiers qui pressent les vieilles marches de bois. Dans la pénombre, car les ampoules sont grillées depuis longtemps, nous reconnaissons nos deux amis, Fabien et Fabienne. Fabien parvient à la porte de Yakouba et déchiffre laborieusement l’étiquette.

« Voyons… Diallo… Ça m’a l’air d’être ici.

– Bien sûr que c’est ici, répond sa collègue agacée, sinon ce serait écrit Escartefigue.

– Alors dans ce cas, il va falloir y aller.

– Tu es sûr que tu vas bien, toi ? Je te sens hypomotivé.

– Non, ça ne va pas bien. Je la sens mal, cette arrestation.

– Un enfant de huit ans et une femme éclopée ! Nous sommes deux. Tu veux que j’appelle le G.I.G.N. en renfort ?

– Arrête de me charrier ! Je t’assure qu’en ce moment, je traverse une crise. Je ne sais même pas ce que je fais dans cet uniforme.

– Va voir la psychologue. En attendant, on passe à l’action.

– Police, ouvrez, » dit-il avec une mollesse extrême.

« Si tu la joues à la Doc Gynéco, ils ne vont jamais t’ouvrir. Police, ouvrez ! »

« Les keufs ! dit Mohamed.

– La police ! dit Yakouba.

– Les flics ! dit Valérie.

– Les pieuvres ! dit Moussa.

– Cassons-nous !

– Pour aller où ?

– Par la fenêtre.

– Ne faites pas les imbéciles ! riposta Aïcha. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit.

– Mais les keufs, ils sont là, derrière la porte !

– Eh bien, va leur ouvrir, Mamadou, et fais-leur une belle risette.

– On saute.

– Vous allez vous casser une jambe.

– Est-ce que ça fait plus mal qu’un coup de matraque ?

– Ça fait très mal, dit Yakouba, hochant la tête.

– Police, ouvrez ! » cria Fabienne, frappant du pied la porte qui faillit se briser.

« Alors, dit Aïcha, qu’est-ce que tu attends ? Va ouvrir à ces charmants policiers. »

Mamadou se dirigea vers la porte avec résignation.

« Pour la risette, je ne te promets rien. »

Il entrouvrit la porte et laissa passer à l’extérieur son seul visage orné d’un sourire niais. Surpris, Fabien sursauta et fit un grand bond en arrière.

« Ah ! Papadou ! Mamadur ! »

Fabienne bouscula l’Africain de la main et investit la place en conquérante.

« Revoilà notre percussionniste virtuose, fit Valérie. Le climat devient malsain, dans la région. »

La jeune policière exultait en voyant face à elle nos deux sympathiques voyous.

« Mamadou Djembé ! Mais quelle bonne surprise ! Depuis le temps qu’on te cherche partout ! Et ton copain Mohamed est là aussi. C’est merveilleux. Je n’en espérais pas tant. Mes menottes et ma matraque commençaient à s’ennuyer. Elles manquaient d’exercice. »

Mohamed cachait désespérément son visage derrière ses avant-bras.

« Tapez pas ! Tapez pas ! On se rend.

– Voilà trop longtemps que j’avais envie de vous casser la figure, à tous les deux. »

Avec courage, Aïcha s’interposa entre la matraque et son destinataire.

« Arrête, Fabienne. Je leur ai parlé. Ils ne vont pas résister. Si vous n’étiez pas arrivés, ils seraient eux-mêmes allés se rendre. Ils veulent saisir leur seconde chance. Ne va pas gâcher tout cela par des violences policières injustifiées.

– C’est vrai, ça ?

– Oh ! Oui ! Tain ! Promis, juré !

– Nous avons des ordres, Yssouvrez nous a demandé de les tabasser un petit peu, pour la forme.

– Si tu frappes, dit Aïcha, fais tout de suite une croix sur notre amitié, en rouge avec un gros pinceau. »

Fabienne regarda le jeune Algérien avec un profond mépris, et baissa sa garde.

« Vous pouvez remercier mademoiselle Belkadri.

– En tout cas, ajouta Fabien, c’est un jour de chance, nous étions simplement venus pour deux petits lapins et nous rapportons deux gros sangliers. Le pitbull enragé sera content.

– Peut-être même qu’il en oubliera le conseil de discipline qui me pend au nez.

– Ne rêve pas trop. »

Quelqu’un frappa encore à la porte, mais avec une douceur non policière.

« Les keufs ! dit Mohamed.

– La police ! dit Yakouba.

– Les flics ! dit Valérie.

– Les pieuvres ! dit Moussa.

– Mais non ! Ils sont déjà là, mon pote ! »

On frappe de nouveau.

« Qui est-ce ? demanda calmement Yakouba.

– C’est le facteur.

– Ah ! Olivier ! Mais entrez, mon petit. »

Olivier Beuzant-Ceneaux est un sympathique facteur, bien connu dans le quartier pour sa gentillesse.

Ses activités politiques aussi lui ont acquis une certaine renommée. À tel point que les autorités de l’arrondissement aimeraient bien le voir muté en Terre Adélie. Mais ce n’est pas si facile. Il a un travail, puisqu’il est facteur, il a des papiers, et en plus, il est blanc.

« Alors madame Diallo ! Et cette jambe ?

– Ma foi, mon petit, ça se recolle comme ça peut.

– Et tout ça à cause de ces fumiers de fli… »

Apercevant brusquement les uniformes de nos deux braves porte-matraques, il s’interrompt soudain.

« De… de… Enfin ! Nous vivons une drôle d’époque. Figurez-vous que Johnny Hallyday veut se planquer en Suisse pour payer moins d’impôts. Je vous le dis, c’est la fuite des cerveaux.

« Ils veulent l’empêcher de sortir, constata Yakouba, et nous, on veut nous forcer à sortir.

– Ne vous laissez pas faire ! Faites comme moi, rejoignez la Ligue Révolutionnaire Marxiste Trotskiste Léniniste Staliniste pour la Défense du Prolétariat et la Lutte Contre le Capitalisme : L.R.M.T.L.S.D.P.L.C.C.

– Olivier, il est grave ! À part ça, vous avez du courrier ?

– Ah ! Mais oui ! Un colis qui n’entre pas dans la boîte. Enfin, cette chose en fer blanc que l’on ose appeler une boîte aux lettres. Alors, je suis monté.

– Ça c’est sympa, Olivier. Les autres, ils n’ont pas ce courage.

– C’est pour vous deux. Je sais qu’on peut vous trouver ici. »

Le facteur remit à Mohamed un paquet qui attira l’attention des deux policiers. En effet, il avait les mêmes dimensions et le même emballage que celui qui avait été distribué à Fabien au commissariat.

Mohamed regarda l’adresse.

–”Mohamed et Mamadou, station de métro Barbès-Rochechouart, Paris, France.” Il est vraiment trop fort, notre facteur : un autre, il n’aurait pas trouvé.

– Je suis un bon facteur, je peux faire entrer un cheval dans une boîte d’allumettes sans déformer ni la boîte ni le cheval. Pas comme d’aucuns. S’il fallait introduire un ticket de métro dans un wagon de marchandises, ils trouveraient le moyen de le faire dépasser. »

Oliver prit congé sur cette boutade.

Il descendit l’escalier avec le dynamisme que donne la jeunesse. Plus personne ne disait rien. Chacun regardait le mystérieux paquet.

« Bien ! dit Fabienne avec énergie. Reprenons.

– Est-ce qu’on peut lire le courrier, avant l’excursion en panier à salade ?

– Mais je vous en prie, nous avons le temps.

– D’où est-ce que ça vient ?

– Tain ! Qu’est-ce que c’est que ces timbres ?

– Il y a des lettres à l’envers, mon pote.

– Ça vient de Syldurie, précisa Fabien.

– Je confirme, ajouta Fabienne.

– Comment vous savez ça, vous ?

– Nous sommes de superpieuvres, comme le lieutenant Columbo.

– Là, vous m’épatez !

– Non seulement je sais d’où vient ce colis, mais je sais ce qu’il contient.

– Tain ! vous me fichez la trouille maintenant.

– Arrête, mon pote. C’est sûrement une bombe.

– Pire que ça !

– Ouvre-le, dit Fabienne.

– Mais si ça explose ?

– Si ça explose : plus de flics, plus de voyous. Rendez-vous en enfer ! »

Les deux garçons regardaient le paquet avec une crainte presque superstitieuse, comme s’ils craignaient de violer une relique sacrée. Enfin, Mohamed tira son couteau, celui-là même avec lequel il avait un jour menacé Lynda. Fabienne, voyant l’arme interdite se racla la gorge, mais le laissa faire. Il força l’emballage avec autant de précision que pour ouvrir une huître. À force de précautions, il finit par ouvrir le colis sans le faire exploser.

« Tain ! Y a que des journaux chiffonnés. C’est même pas en français !

– Continue.

– Un bouquin !

– Tain ! Même pas d’images !

– Mais qui est-ce qui nous envoie ça, mon Pote ?

– Il y a aussi une lettre, lisez-la.

– Lynda ! s’exclama Mamadou.

– Qui ça ? Lynda ? La Lynda ? Notre Lynda ?

– Moi qui pensais qu’elle nous avait oubliés !

– Moi aussi je l’ai reçu hier, ce même colis, précisa Fabienne, Olivier me l’a monté chez moi. Elle n’a oublié aucun d’entre nous. »

Mohamed commença la lecture :

« “Cher Mohamed, cher Mamadou,

Depuis notre fameuse rencontre sur ce quai de métro, et mon départ de Paris tant soit peu précipité, je n’ai cessé de penser à vous. Je viens de vivre une expérience extraordinaire. C’est une aventure beaucoup plus importante dans ma vie que celle dont parlent tous les journaux, lesquels me comparent à Cendrillon, et qui sais-je encore…”

– Quel rapport entre Lynda et Cendrillon ? interrompit Mamadou. »

Mohamed eut un éclair d’intelligence.

« Passe-moi le journal. Tain ! Mais c’est elle ! Je te dis, c’est elle !

– C’est elle quoi ?

– La reine de Slov… Birmanie. C’est elle, c’est Lynda.

– La nôtre ?

– La vraie.

– Alors ? reprit Aïcha. Qu’est-ce que je vous avais dit ? Vous m’avez prise pour une gourde.

– Tu le savais ?

– Je le savais.

– Continue, dit Fabien. Qu’est-ce qu’elle nous dit, Sa Majesté Lynda Première du nom ?

…Cendrillon et qui sais-je encore. J’ai rencontré celui qui m’a donné une vie nouvelle. Je vous encourage à le rencontrer, vous aussi, car vos vies, tout comme la mienne, ont besoin d’être changées. Prenez un peu de temps pour lire sa parole. Je vous recommande la lecture à partir de Jean 3.16, car c’est dans ce verset que se résume tout son message…”

– Jean Troisseize ! Tu connais ce gars-là mon pote ?

– Jamais entendu parler.

– Alors ! Ouvre-le, ce livre, répondit Fabienne, toujours aussi autoritaire. Ta culture va monter d’un cran ou deux.

– En parlant de culture, dit Fabien, savez-vous, mademoiselle Belkadri, que j’ai commencé à lire le Coran ?

– Tu lis le Coran, toi ? réplique Fabienne, surprise.

– Je lis la Bible et je lis le Coran.

– Tu ne finiras jamais de m’étonner. Fais un nœud à ton estomac, c’est bientôt le ramadan.

– Je n’ai pas le projet de me convertir à une religion ou à l’autre. Simplement, je travaille au milieu de musulmans et j’ai réalisé que la meilleure façon de les comprendre, c’est encore de connaître un peu leur livre.

– Vous avez raison, Fabien, enchérit Aïcha. La mécon-naissance de la culture de l’autre est source de nombreux conflits. Moi-même, en ce moment, je lis Voltaire. Cela devrait m’aider à comprendre la pensée française qui est si complexe. J’ai aussi essayé de lire Titeuf pour être en phase avec la culture des jeunes, mais j’ai bien vite décroché. Littérature du siècle des Lumières, littérature du siècle des ténèbres !

– Alors, Mohamed, où en es-tu dans ton expérience litté-raire ?

– C’est un gros livre. Vous avez vu toutes ces pages ? Il y en a plus de mille ! Et c’est écrit tout petit.

– T’en as pour la vie à lire tout ça mon pote.

– Il paraît que celui qui commence ne peut plus s’arrêter.

– Alors, il vaut mieux ne pas commencer.

– Voyons le titre : “Parole de vie – La Bible en français fondamental”.

– Ça veut dire quoi, fondamental ?

– Ça veut dire, expliqua Fabien, que c’est traduit dans un français que tout le monde peut comprendre, même les illettrés comme vous, qui écrivent “nique ta mère” comme celle de Charles Trenet.

– Toi et moi on est des Français fondamentals, mon pote.

– Fondamentaux, corrige le policier.

– Alors là-dedans, il faut qu’on trouve Jean Troisseize.

– Il doit bien y avoir une table des matières.

– Oui. La voilà. “Esaïe, Jérémie, Lamentation de Jérémie…” Mais je ne le trouve pas, ce mec.

– Cherche dans les T.

– Ce n’est même pas dans l’ordre alphabétique ! »

Heureusement, Fabien aurait pu être un bon professeur.

« Vous êtes perdus, les gars. Je vais vous guider un peu. Vous avez deux grandes sections : l’Ancien et le Nouveau Testament. Vous voyez le Nouveau ?

– Oui.

– Il commence par les quatre Évangiles : Matthieu, Marc, Luc et Jean. Jean, c’est celui qui nous intéresse.

– Page 1183.

– Bien ! Vous y êtes ? Vous avez des chiffres pour vous repérer. Les gros chiffres, ce sont les numéros de chapitres, les petits chiffres ceux des versets. Vous cherchez, dans l’Évangile de Jean, le chapitre trois, et le verset seize.

– Tain ! Troisseize, je croyais que c’était le nom du mec, en langage S.M.S.

– Moi aussi mon pote.

– Alors ? »

Mohamed lut laborieusement, comme un écolier :

« “Oui, Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Ainsi, tous ceux qui croient en lui ne se perdront pas loin de Dieu, mais ils vivront avec lui pour toujours.”

– Son fils unique ! Où Dieu a-t-il donc trouvé une femme pour avoir un fils unique ?

– Vous dites, Aïcha ?

– Non, rien. Si l’Évangile peut aider ces jeunes à trouver la paix, après tout, c’est très bien.

– Et qu’est-ce que vous en pensez ? demanda Fabien aux jeunes gens.

– Je n’en pense rien du tout, répondit Mohamed. Je n’ai rien compris.

– Moi non plus, mon pote.

– Jésus a dit de très belles choses, riposta Aïcha. Il est salutaire de les mettre en pratique. Mais enfin ! Ce n’est pas le fils de Dieu. C’est un prophète. Il peut sans doute vous aider à devenir meilleurs, mais vous donner la vie éternelle, ça non ! Il n’y a qu’Allah, s’il veut bien prendre pitié de nous.

– Et le keuf, qu’est-ce qu’il en pense ? interrogea Mohamed.

– Il y a des choses vraiment encourageantes dans ce livre. Savez-vous ce que Jésus a dit à un brigand, condamné à mort, qui vivait ses dernières minutes ?

– Non.

– Il a dit : “Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.”[1]

– Depuis que je sais marcher, répondit tristement Mohamed, on n’arrête pas de me dire que j’ai le diable au corps et que je finirai en enfer.

– Ça veut dire que nous aussi on a une chance.

– On aurait envie d’y croire, ajouta Fabienne.

– Lynda y a cru, dit Mohamed. Elle est convaincue qu’elle bénéficie d’une vie nouvelle, autant dans ce monde terrestre que dans l’au-delà.

– Tout cela est bien joli, rétorqua Valérie, mais tout de même, qu’est-ce qui vous prouve que c’est Dieu lui-même qui a écrit la Bible ? »

Fabien hésita, puis esquissa une réponse.

« Il ne l’a pas écrite lui-même, mais il l’a communiquée aux Prophètes et aux Apôtres.

– Mais cela ne prouve rien. N’importe quel philosophe en manque de disciples aurait pu écrire tout cela de son propre chef et, pour se faire une bonne publicité, raconter que c’est Dieu qui l’a inspiré. On était crédule en ces temps-là.

– Oui, c’est vrai, répondit Fabien, déçu de voir son argument aussi facilement réfuté. Cela ne prouve rien. »

Le téléphone de service, attaché à la ceinture de Fabien, se mit à sonner, coupant court à cette discussion spirituelle.

« Allo ! Dufour, j’écoute… Où ça ?… Immédiatement ?… C’est urgent ?… Ici aussi c’est urgent… Nous sommes sur le point d’arrêter Djembé et son complice… Ce n’est pas urgent ?… Il faudrait savoir !… Qu’est-ce qui se passe ?… Les étudiants ?… Ils vous lancent des pavés ?… Ça vous rappelle votre jeunesse ?… Et les C.R.S. ? Qu’est-ce qu’ils fabriquent, les C.R.S. ?… En grève ?… Ils vous lancent des pavés aussi ?… Bon… Le temps d’aller chercher nos casques lourds, et on arrive.

– C’est reparti comme en 40 ! s’exclama Fabienne.

– Non, comme en 68.

– Et nous ? hasarda Mohamed.

– Vous, vous avez de la chance, répondit Fabien, on n’a même pas le temps de vous cueillir. Mais nous allons revenir avec les copains, alors un bon conseil : allez vous planquer n’importe où dans Paris, qu’on ne vous retrouve pas.

– Mais tu es malade ? Pourquoi tu leur dis ça ?

– Moi ? Je… Je n’en sais rien. Finalement je les aime bien ces petits gars. Nous avons des valeurs communes.

– On va suivre ton conseil, mon pote. »

Fabien posa la main sur l’épaule de sa collègue.

« Allez ma petite Fabienne, viens te faire cabosser ton joli minois. »

[1]           LUC 23.43

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