Sylduria – La Reine Lynda (15)

Chapitre XXIV
Un baptême de l’air

 

 

Elvire se précipita dehors et se jeta dans la voiture dont elle verrouilla les portes. Elle fit tourner le moteur durant deux ou trois minutes, puis elle fit demi-tour en faisant crisser les cailloux sous ses pneumatiques. Elle s’engouffra, soulevant la poussière de l’étroit chemin bordé d’ormes, manquant de peu de jeter au fossé Aïcha et Valérie, qui revenaient du chef-lieu de canton.

Lynda regarda son ancien amoureux avec compassion :

« Ta fiancée ne t’a même pas attendu, mon petit Julien. »

Julien cacha sa tête dans ses mains :

« J’aimerais pouvoir me transformer en cloporte, pour que tu puisses m’écraser sous ton pied. J’ai trop honte ! Je te supplie de me croire : jamais Elvire ne m’a parlé de son infâme projet. Elle m’a séduit et elle m’a trompé. Et j’ai servi ses plans en toute candeur.

– Tu ne dois pas avoir honte. Elle m’a déjà trompée deux fois et je n’en suis pas fière.

– Je n’épouserai pas Elvire. Laissons-la courir où elle veut. Ma blessure est profonde, mais tu sauras m’aider à en guérir. »

Lynda approuva la décision de son jeune ami.

« Maintenant, pensons à l’avenir, dit-elle. Nous avons mis l’ennemi en déroute, mais nous ne l’avons pas détruit. Ils vont rapidement se ressaisir et attaquer de nouveau.

– Où est le problème ? demanda Fabienne. Tu vas ressortir un petit miracle de ta poche et nous serons définitivement débarrassés de ces cocos-là.

– J’ai l’impression d’avoir manqué un épisode, » constata Aïcha.

Fabien la prit à part, avec Valérie, pour lui expliquer les événements.

« Si le miracle devenait une habitude, il n’aurait plus rien de miraculeux, reprit Lynda. Nos vacances dans la Terre de Zola auront été bien courtes. Reprenons nos bagages et partons.

– Partons ? s’exclama Mohamed. Pour aller où ?

– Pour aller où ? Mais en Syldurie, bien sûr !

– En Syldurie ?

– Et pourquoi pas en Syldurie ? C’est un très beau pays qui, de plus, s’est engagé résolument sur la voie de la démocratie.

– Mais comment nous y rendre ?

– J’ai prévu un plan d’urgence. Pendant nos premiers jours de vacances, j’ai acheté un avion. Il nous attend à l’aérodrome du Breuil. Il ne faut pas perdre de temps. Yakouba et Moussa, la France ne veut pas de vous, mon pays vous accueillera.

– Nous te suivons, » répondit Yakouba.

Moussa confirma la décision de sa mère :

« Chouette !

– Mohamed et Mamadou. Il est temps pour vous de prendre votre décision.

– Nous préférons tomber entre tes mains que dans celles de ce paranoïaque. Considère-nous comme tes prisonniers.

– J’espère que tu viendras nous porter des oranges.

– Je ne manquerai pas à ce devoir. “J’étais en prison et vous m’avez visité.” »

Puis elle se tourna vers l’ancien commissaire :

« Commissaire, vous voici grillé, maintenant, et par ma faute.

– Je ne connais plus personne ici. Autant passer ma retraite avec mes nouveaux amis.

– Valérie ?

– Je pars avec toi, et je m’appuie sur ton aide pour retrouver Youssouf.

– J’en fais une affaire d’honneur.

– Chouette ! s’écria Moussa.

– Et toi, ma chère Aïcha.

– Les jeunes m’attendent, je ne veux pas les abandonner à leurs problèmes. Je te remercie pour ta gentillesse, mais je vais repartir pour Paris.

– Nous regretterons ton absence, mais j’espère que tu nous rendras visite.

– Bien entendu ! J’ai déjà choisi la destination de mes prochaines vacances. Mais il y a un petit détail qui me chagrine.

– Lequel ?

– Vous êtes tous devenus chrétiens, ou en passe de le devenir, et moi, je n’ai pas fait le même choix. Je crains de jouer un canard dans votre bel orchestre.

– Il y a des bémols qui illuminent toute la symphonie. Sois sans crainte, nous respectons tous tes convictions.

– Je dois néanmoins admettre que votre foi en Jésus-Christ a produit chez chacun d’entre vous des effets remarquables. Mais, comme je vous l’ai déjà dit, je ne puis reconnaître sa divinité. Nous croyons à un Dieu unique, et vous l’affirmez aussi. Mais en pratique, vous adorez le Créateur, auquel vous associez un “Fils”, Jésus, et l’Esprit-Saint. Vous dites n’avoir qu’un seul Dieu, mais pour moi, un plus un, plus un, cela ne fait pas un, cela fait trois. Et pourtant, ce sont les Arabes qui ont presque tout appris aux Européens sur les mathéma-tiques.

– C’est vrai. Sans le secours de tes ancêtres, nous compte-rions encore avec des grains de riz. Imagine maintenant que je te présente un certain monsieur Dupont. Il est médecin, maire de son village, et il vient d’être élu député. Si l’on te parle du docteur Dupont, de Monsieur Dupont, maire, ou du député Dupont, il s’agit bien de la même personne, pas de trois Dupont différents. Ainsi, Dieu est à la fois Père, Fils et Saint-Esprit. C’est la même personne, mais il exerce plusieurs fonctions. »

Aïcha demeura pensive, et répondit enfin :

« Je n’avais pas envisagé la question sous cet angle. Je ne puis prendre position maintenant, mais je te promets d’examiner le problème avec le plus grand sérieux. »

Puis Lynda se tourna vers les jeunes policiers :

« Et vous, les amoureux ?

– Nous voulons nous marier en Syldurie, répondit Fabien. Ce sera beaucoup plus romantique. »

Julien se tourna vers Lynda, avec un regard de saint-hubert :

« Et moi, je vais rester tout seul. Je n’ai vraiment pas de chance avec les filles. »

Elle lui répondit d’un ton impérieux :

« Toi tu pars avec nous, le temps d’oublier ta chipie. »

Sans tergiverser, chacun des résidents rassembla ses maigres bagages. En moins d’une demi-heure, tous étaient dans la cour, prêts à partir. À tour de rôle, ils étreignirent Aïcha, la seule de ce groupe dissident qui avait décidé de regagner Paris. Après de longues effusions, elle monta dans sa petite voiture et quitta la ferme. Les autres prirent place dans le véhicule du commissaire Mansinque. Avant de s’engager à monter, Fabienne interpella son complice d’amour :

« Fabien.

– Oui, mon trésor.

– Promets-moi que, lorsque nous serons en Syldurie, tu perdras l’habitude de faire les yeux doux à Lynda, sinon je reste ici.

– Je ne m’appelle pas Ruy Blas. »

Chaque passager ayant bouclé sa ceinture, on quitta avec nostalgie la ferme de Romilly et se dirigea par des chemins de campagne vers la Chapelle Vendômoise, à mi-chemin entre Blois et Vendôme, où s’étirait la piste d’aviation.

Un bimoteur les attendait sur la prairie. Lynda les invita à monter. Chacun aida de son mieux Yakouba qui s’installa laborieusement.

« Soyez les bienvenus à bord du Sylduria Force One, dit la jeune reine.

– Nous sommes prêts à décoller, répondit Julien. Nous n’attendons plus que ton pilote. »

Lynda sourit. Puis elle se coiffa d’une paire d’écouteurs, s’installa au poste de pilotage, manipula quelques commandes. Les moteurs se mirent à tourner. Elle échangea quelques paroles avec la tour de contrôle, puis l’aéroplane commença à rouler jusqu’à la piste d’asphalte.

« Si elle conduit cet avion de la même façon que sa moto, dit Julien, nous sommes perdus ! »

Mais Lynda maîtrisait parfaitement le pilotage et l’appareil s’arracha au sol sans aucune brutalité.

Du haut du ciel, le commissaire regardait avec regret sa camionnette qu’il avait abandonnée. Déjà, une voiture bleue s’était garée à sa proximité. Des gendarmes en étaient sortis et contournaient attentivement le véhicule.

 

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