Feuilleton d'Hermas

Episode 18: la victoire finale de notre Dame

Le tonnerre.

« Dépêche toi Mevett ! »

Un autre bruit de tonnerre.

« Quand auras tu achevé ton rituel ? »
« Très vite. »

Un autre fracas.

Entre l’usurpateur et la grande porte du trône –barricadée et barrée pour l’occasion- une vingtaine de sorciers se contorsionnaient et se scarifiaient pour mieux entrer dans un état second propice à toutes les manifestations thaumaturgiques. Mevett s’était mis à un point focal entre eux, comme pour recueillir les flux de pouvoir. Son bâton était déjà pointé vers la porte.

« Maître, si jamais cette catin étrangère franchit la porte, nous serons prêts à la  corrompre et réduire son corps à l’impotence. »

Les acolytes s’écroulèrent au sol, inconscient : ils étaient à présent présents autour de l’âme de Mevett, rajoutant la force de leurs volontés à celle du maître sorcier. Fracas de tonnerre, plus proche. Une fumée blanche, comme celle du givre glissait sous la porte, avec des éclairs et une odeur d’ozone.

« La porte est solidement barricadée n’est-ce pas ? »
« Bien sûr Maître »

La Lumière Blanche s’intensifia, comme si la Nuée s’était arrêtée devant. La lumière frappa la porte une fois, deux fois, comme pour en tester la solidité. Les murs se craquelèrent sous la charge, et la barre plia. Puis ce fut comme une grande lame de lumière qui partit du bas vers le haut, et la barre fut coupée net. La porte s’ouvrit brutalement, envoyant valser les meubles qui servaient de barricade.

Lumière Intense. Incantation de Mevett. Flèche de Fumée Noire.

Mevett resta étrangement fixe, comme hors du temps. Il avait pourtant harponné la forme par sa magie, mais la Lumière ne semblait pas en être affectée. Alors le trait de fumée noire s’éclaircit, et il passa de noir à gris, puis blanc. Un rai de lumière remonta le fil qui reliait le Sorcier à l’envahisseur. Le sorcier ne bougeait toujours pas quand le rai l’atteignit. Sa peau devint noire comme la braise, blanche comme la pierre, puis grise comme la cendre. Et il se dispersa en poussière, lui et ses acolytes. Il n’y avait même pas eu de raison de penser que le sorcier le plus puissant du continent ait réussi à menacer l’envahisseur.

L’usurpateur avait fui la salle ayant trop peur pour rester. Il se réfugia dans le balcon, sachant très bien qu’il n’y serait pas en sécurité, mais ne trouvant pas d’autre refuge. Une bourrasque hostile l’accueillit dès qu’il mit le pied dehors. Bâti tout en haut d’une immense tour monolithique, le balcon était un point d’observation idéal pour voir la ville. Le soleil s’était levé plus tôt que d’habitude, et les couleurs étaient plus intenses que dans le souvenir de l’usurpateur.

Celui-ci se colla à la muraille, imaginant puérilement qu’il ne serait pas vu, tout en sachant qu’il ne pouvait plus tromper personne. Puis il remarqua une chose étrange : il n’y avait plus de fracas, plus de lumière, plus de manifestations de pouvoir. Et la Dame arriva sur le balcon, humblement, dans sa robe la plus simple. L’usurpateur en eut peur à se liquéfier.

« Ne me fais pas de mal. »
« Crois-tu en la justice ? »
« En son existence ? Oui, et j’en tremble. En son application ? Je me suis évertué de la contrarier autant qu’il en était possible. »
« Je suis venu t’annoncer que tes efforts sont terminés. Ton empire de ténèbres est mort, tous tes serviteurs se sont convertis en enfants de la lumière. »
« Et où sont-ils ? Tu dois avoir une armée avec toi. »
« Ils ne sont plus avec moi. Je les ai renvoyés libres chez eux. »
« Et où est ta puissance ? Tu viens d’écraser Mevett. »
« Ça n’a jamais été ma puissance, mais celle que j’ai reçu. A présent je n’en ai plus besoin, alors elle m’a été retirée. »

L’usurpateur fut perplexe un instant, puis un espoir fou le saisit. Il y avait encore une chance, une petite chance d’annuler tout le désastre. Ce serait aussi simple que d’agripper la Dame par le cou et la projeter par-dessus le parapet. Celle-ci restait impériale, les mains croisées, sans chercher à se défendre.

« Dis moi, usurpateur, que vois-tu au loin ? »
« Juste la steppe qui entoure ma ville, morte et vide. »
« Regarde encore. »

L’Usurpateur fut rempli d’étonnement. La plaine était à présent rempli d’une immense armée, composée de nombreux chars et d’une forêt de bannières. Des trompes perçaient l’atmosphère et annonçaient la fin d’un règne. Comprenant que l’Empereur était venu avec toutes ses armées, l’usurpateur résolut au moins de se livrer à un dernier acte de destruction aveugle : l’Impératrice devait mourir. Il fit un pas en arrière pour prendre son appui.

« Vous pouvez intervenir messieurs » dit la Dame.

Une masse de muscles et de fer pesa d’un coup sur l’usurpateur. Il se débattit, lança un éclair de magie, mais la créature lui donna un coup de poing sans être affectée. Projeté contre la balustrade, l’usurpateur essaya de comprendre ce qui lui arrivait. Un soldat à la peau dorée, équipé pour la guerre le prit solidement tandis qu’un deuxième le ligota. Les deux arrivants – des éléments détachés de l’armée qui venait d’apparaître- demandèrent d’une voix inhumaine :

« Dame, quelles sont vos consignes ? »
« Celles qu’appliqueraient mon mari : Jetez le par-dessus le balcon, et assurez vous que sa mort soit éternelle pour tout le mal qu’il a fait. »
« Ainsi soit-il. »

Les soldats de l’empereur bondirent avec –oui, avec- l’usurpateur solidement maintenu entre eux deux. La chute fut très longue. Dans la cour en dessous, la terre se convulsa et ouvrit sa bouche, une bouche de feu à la chaleur infernale. Les soldats lachèrent l’usurpateur juste au moment du contact avec le sol –qui n’en était plus un. L’usurpateur finit sa course dans l’abîme, qui se referma derrière lui. Les soldats dorés remontèrent jusqu’au balcon par la voie des airs.

« Notre Dame, l’Empereur nous as envoyé pour vous servir. »
« Amenez-moi à mon fidèle Hermas. Il nous faut préparer la ville au retour de son Roi. »

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