Nouvelles, Prose, Réflexions

Le Fils prodigue (par Abraham Markusse)

Chapitre 1

Nous sommes trois à la maison : mes deux frères et moi, la cadette. Ah, c’est embêtant d’être la dernière : tout le monde me connaît comme « la petite »… J’ai 15 ans maintenant – ils devraient voir que je ne suis plus petite ! Je suis plus grande que ma mère, en tout cas.

Pour beaucoup de gens je suis « la petite du Maire ». Ça, c’est doublement vexant. Bon, en classe ça va, les copains et copines me traitent pour ce que je suis, et j’y tiens. Mais un jour, j’ai entendu dire les profs entre eux :

« Elle ne travaille pas comme son frère aîné, la petite du maire. »

J’ai été vexé, croyez-moi. Déjà je déteste cette étiquette, je suis « la fille du maire ». En plus, on me compare à mon frère, élève modèle. Même ma mère me l’a fait une fois. Mais je lui ai fait savoir que je ne l’apprécie pas !

Dernièrement, aux élections municipales, mon père s’est représenté, et il a été réélu – au second tour, cette-fois-ci. Mais sa liste a quand-même obtenu la majorité ! L’opposition s’est fait sentir davantage que la fois précédente. Alors, je suis restée « la fille du maire ». Ah, je suis fière d’être la fille de mon père – pas celle du maire – la petite !

L’ennui c’est que dans un village comme le nôtre, tout le monde vous connaît. Quand je rentre à la maison après classe, tous les adultes me disent bonsoir …  Cela m’emm ….. pardon,  mais que voulez-vous, dans un trou comme le nôtre…
J’aimerais habiter dans une grande ville, ou personne ne vous connaît. Sur les camions municipaux on a peint en gros caractères  « Ville de Gréasque » , et on a bien trois-mille habitants, mais moi je trouve que c’est un village, un trou.

On l’a bien vu dans l’affaire de mon frère : tout le village en a parlé : du moins, on a eu ce sentiment. D’ailleurs, je crois que les gens en parlent encore…  Il n’y a pas eu d’article dans le journal, mais on était à deux doigts de ça. C’est que mon père l’a presque provoqué. Quand on est Monsieur le Maire, on ne peut pas faire comme tout le monde.

Quand mon frère est parti, cela ne s’est pas tellement ébruité, mais à son retour …. Bon, je vous raconterai tout.

***

Un beau jour de printemps, il y a deux ans, mon frère a dit à mon père :

« Papa, je m’en vais, je veux voir du pays . J’en ai assez d’user mes pantalons sur les bancs. Je quitte la fac, je veux faire fortune ailleurs. »

Lorsque mon père a répondu que, de nos jours, on a besoin de diplômes, il a répondu :

« Pour quoi faire ? S’inscrire au Pôle Emploi ? Toi, tu as réussi sans un diplôme en poche, même pas le Bac ! »

Alors, mon père a cédé, mais quand il a entendu la suite, il a pâli. Pour commencer son affaire, mon frère avait besoin d’argent. Il a demandé une grosse somme. Puis, il est parti… Ma mère a pleuré. Mon père regardait devant lui… Mon frère aîné n’a rien dit, ni pour, ni contre.

Des semaines sont passées. C’était pas la joie à la maison. Puis, mes parents semblaient oublier un peu. Une ou deux fois ils ont reçu une carte de mon frère :

« Ici tout va bien. Il fait beau, les gens sont chouettes. Salut. Marc. »

Puis, pendant longtemps, plus rien.

On a entendu par les informations que dans le pays où il devait être, il y avait des problèmes politiques. Mon père faisait comme si ce n’était pas trop grave, sans doute pour ne pas nous inquiéter. Mais quand je voyais son regard sombre, absent, quelquefois…

Mon frère avait régulièrement retiré de l’argent de son compte. Mon père pouvait le contrôler, car les relevés arrivaient ici. Après un an, il n’y avait plus rien. Ma mère a dit :

« Fais-lui un petit virement, 2 000 euros. »

Mais mon père n’a pas voulu : « Il a eu sa part, c’est son affaire maintenant. Ça nous a déjà coûté une fortune. »

Il y a six mois, un homme d’affaires est revenu de là-bas. C’est une relation de mon père. Il a entendu parler d’un jeune français qui voulait sortir de ce pays, mais des soldats l’ont arrêté et mis en prison. C’est la guerre civile, là bas. Famine, maladie : le chaos, quoi.

Cet ami de mon père avait gardé l’adresse de la prison, et mon père a envoyé une lettre aux autorités, demandant sa libération. Puis – plus rien. On peut espérer que le courrier arrive. On ne peut pas le savoir.

Il y a eu les élections ici, mais même pendant la campagne, quand mon père n’était pas là pour recevoir le courrier, il a toujours demandé : Il n’y avait rien ?

Et voilà, dimanche dernier, maman préparait le petit-déjeuner ; moi, j’étais prête et papa était en train de se raser, dans la salle de bain, à l’étage.

Soudainement, un bruit, quelqu’un dévale les escaliers : c’est papa.

« Marc, Marc arrive ! »

Il sort par la porte devant et crie : « Je l’ai vu sur le chemin ! »

« Oh ! Il est fou ! dit maman. Regarde ! En pyjama ! Sur ses mules ! Que diront les voisins ! »

Eh bien, ça n’a pas manqué. Quand ils sont arrivés à la maison, j’ai vu bouger les rideaux chez pas mal de voisins. Durieux, qui était sur la liste de l’opposition, il est même sorti jusqu’au portail pour bien voir…  Le lendemain, tout le monde le savait, ça se sentait dans les regards …

Il faut reconnaître qu’il y a eu de quoi attirer les curieux… Mon père, sur le chemin, bras autour des épaules de mon frère ; et qui le regardait… Il ne disait rien. C’est vrai, je n’ai pas pu l’entendre.  Mon frère Marc dans un jean qui n’avait pas l’air très propre, avec une veste – ha ! ha ! Une veste ! Des années 50, quoi ! Et pas très bien conservée ! A ses pieds des chaussures du même genre… pas très frais quoi !

Mon père à ses côtés, en pyjama à grosses rayures. Il n’en veut pas d’autres. Venus à la porte, j’ai vu qu’il avait encore un peu de crème à raser aux oreilles… Les voisins en ont eu pour leur argent. Monsieur le Maire en pyjama dans la rue, avec son fils qui avait disparu !  Dernière nouvelle !

Pour nous la nouvelle ne s’est pas arrêtée là. Mon père n’a pas cessé de rire, d’embrasser mon frère. Puis ma mère a dit :

« Si tu le laissais monter maintenant, pour prendre un bain … je lui donnerai des vêtements propres, je préparerai sa chambre. »

Mon père : « Et qu’est-ce que tu peux faire pour midi ? Il faut faire quelque chose d’extra ! Je sortirai le champagne ! »

Ce n’était que le début. Après le repas, lorsque Marc eut raconté son histoire, mon père a dit :

« Je t’ouvre un compte, et voici les clés de la Clio, tu peux en disposer. Si tu veux je t’offre une place à côté de moi dans l’entreprise. »

Marc a regardé papa … il a regardé devant lui, à avalé trois fois …. et doucement il a dit :

« Je ne le mérite pas … »

Puis, j’ai vu des larmes de joie.

Chapitre 2

C’est la fête ! Je ne vois que des visages souriants, des gens qui se parlent, un verre à la main. Oh, ce n’est qu’un apéritif, car il n’était pas possible d’organiser un repas si rapidement. Par contre, tout le monde est invité, et il y a du monde ! Tout le personnel de l’entreprise, tous les amis de mon père, et il y en a beaucoup qui se croient son ami ! Cela se comprend, il vaut mieux avoir de bonnes relations avec le maire : ça peut servir, on ne sait jamais.

Ma mère a demandé ses amies et les voisins et voisines. Moi, j’ai invité copains et copines. Il y a aussi des gens que je ne connais pas, ou que je connais juste de vue …

Heureusement, il fait beau ; la cour devant l’usine est remplie de gens. On aurait pu se rabattre dans le grand hangar, en cas de pluie, mais c’est bien mieux comme ça.

Oui, mon frère a choisi le bon jour pour revenir. Hier déjà il faisait beau, aujourd’hui c’est une journée splendide.

Mon frère aîné n’est pas encore là. Il était absent ce weekend et ne devait rentrer qu’aujourd’hui. Voyage d’affaires, combiné avec une petite sortie. Il le mérite bien, il prend si peu de vacances. C’est un travailleur acharné, appliqué.

Moi, je le trouve un peu trop sérieux. On ne rit pas beaucoup avec lui. Quand il vient à la maison, c’est pour parler affaires avec mon père. A part cela, on ne le voit pas beaucoup.Il habite à côté, depuis pas mal d’années déjà. L’année dernière il s’est marié ; cela n’a pas changé grand’chose, il me semble. Sa femme travaille, on ne la voit pas plus que lui. Ils ont leur vie, quoi.

Lorsque Marc est parti, mon frère aîné a bien été d’accord que mon père lui cède une part de l’entreprise, une part importante. Ainsi, Jacques est en réalité devenu le futur successeur de mon père. Mais il ne joue pas le sous-chef, il est correct envers tout le monde. Eh oui, voilà le mot : il est correct. Rien de moins, rien de plus. Il est assez distant, on ne sait pas bien ce qu’il pense ; il n’est pas désagréable, mais cela s’arrête là. Et surtout, il est travailleur.

Quelle différence avec Marc ! Lui, il n’a pas toutes les qualités de son frère, mais il en a d’autres. Il aime les gens, il aime rire, il a toujours eu une bande de copains, et il aime bien sortir. Le travail ne lui fait pas peur, mais comme il aimait dire :

« Il faut savoir s’arrêter de travailler. »

Regarde comme il a l’air heureux ! Il est entouré de ses copains de toujours. Ils rient ensemble aux éclats. Par moment, je le vois pensif, presque un peu absent, comme s’il est un instant ailleurs, comme s’il a de la peine à croire que c’est réel, ce qui l’entoure, ses parents, ses amis, le personnel de l’entreprise, et tous cela dans la cour de toujours …

Ah, il est splendide, mon frère ! Son beau costume sportif, jolie cravate à couleurs vives, chaussures assorties. Quelle différence avec hier, lorsqu’il est arrivé ! C’est le jour et la nuit. Il est comme ressuscité. Oui, il est revenu à la vie. Mon père a eu raison de dire qu’il faut fêter cela. D’ailleurs, les fêtes, ça me plaît.

Une voiture arrive devant le portail. Elle s’arrête, car elle ne peut même pas avancer dans la rue, tant il y a du monde. Ah, c’est mon frère qui rentre. Il appelle quelqu’un du personnel pour savoir ce qui se passe. Puis, il repart, il essaye de passer pour se garer ailleurs.

Un peu plus tard, je tape mon père sur le bras :

« – Sais-tu que Jacques est rentré ?
– Oui, on me l’a dit ; mais pourquoi ne vient-il pas ? Veux-tu aller lui demander de venir saluer son frère ? »

J’y vais, mais Jacques refuse et ne veut même pas me parler.

Quand mon père l’entend, il s’excuse auprès de ses amis et il y va lui-même. Il l’appelle par l’interphone, et Jacques descend. Il reste devant la porte, et je m’approche un peu pour entendre l’explication.

Manifestement, Jacques n’a pas l’air content. Il y va tout droit :

« Pourquoi cette fête ? Ça regarde les autres que ton fils soit revenu ? Tu ne pouvais pas lui faire reprendre sa place plus discrètement ? J’entends dire que tu as couru à sa rencontre sur le chemin, en pyjama. Alors, tout le monde sait que tu l’as reçu les bras ouverts. Fallait-il faire une grosse fête en plus ?
Pour moi, tu n’as jamais fait cela. Même pas lorsque j’ai réussi ma maîtrise en gestion. C’était tout juste un petit vin d’honneur en famille.
Et voilà que ce fêtard revient et tu lui fais une fête. Une de plus ! Pendant un an il n’a fait que ça, ailleurs. Il a gaspillé ton argent, la part que tu lui avait donné, au lieu de l’investir dans l’entreprise, comme moi je l’ai fait. Il a fait la bringue avec des gens peu recommandables, tandis que moi, dans ce temps, j’ai travaillé dur dans l’entreprise. Je t’ai servi loyalement et fidèlement.

Mon père l’a écouté calmement. Pendant quelques secondes il ne dit rien, puis, il regarde mon frère :

« Jacques, mon enfant, tu parles de servir loyalement. Ne suis-je donc pas ton père qui t’aime ? Crois-tu  que je t’aurais refusé une fête ou autre chose ? Tu pouvais disposer de tout. D’ailleurs, tout ce que je possède est en principe déjà à toi.
Cela te laisse froid que ton frère soit revenu ? Il fallait bien fêter cela ; je le croyais mort, ou en tout cas perdu, et voilà qu’il est en vie, et je l’ai retrouvé ! Il m’a été rendu ; il nous a été rendu, et cela te laisse insensible ? »

Fin

Quelques pensées sur cette histoire

Lecture : Luc 15 v 11 à 32

1- Laisser faire le Père (v.11 à 24) (chapitre 1 de l’histoire)

Cette parabole, trop connue, est appelée parfois : l’Evangile dans l’Evangile. Pourquoi ?

Elle nous parle de repentance, conversion, pardon, réconciliation, et surtout : de l’amour de Dieu.  Je voudrais me limiter à une question au sujet de la conversion :

« A quel moment le fils s’est-il repenti, a-t-il été converti ? »

Dans les versets 17 à 19 on lit : « il se mit à réfléchir sur lui-même … »  et il pense à ce qu’il pourrait dire à son père : « j’ai péché contre Dieu et contre toi. »

Il était conscient qu’il n’avait plus ses droits de fils. Non pas seulement il avait dissipé sa part d’héritage, mais en vendant tout et avec son départ, il avait rompu avec son père et avec sa famille. Cet affront, il ne pouvait pas le réparer, ou difficilement. Il ne mérite plus que son père l’appelle : fils. C’est pourquoi il se propose comme ouvrier …

Lorsqu’il sent l’étreinte de son père, il dit la phrase qu’il a préparée, mais il s’arrête après avoir dit : « Je ne suis plus digne d’être considérée comme ton fils. »

Beaucoup pensent que le père lui a coupé la parole, mais ce n’est pas sûr. Peut-être que le fils s’est rendu compte, en sentant l’amour de son père, qu’il ne fallait pas se proposer comme serviteur. Bouleversé par la tendresse de son père, il s’est rendu compte qu’il ne pouvait pas réparer sa faute et les conséquences par sa force de travail. Il y renonce, pour accepter simplement la bonté et l’amour de son père.

C’est à ce moment-là qu’il se repent vraiment et se convertit véritablement. Il fait demi-tour dans son cœur.

C’est le père qui rétablit le lien d’amour, pas le fils. C’est l’action du père qui rétablit le fils dans sa dignité, et pas la décision du fils. Ceci me permet de dire : croire, c’est laisser faire Dieu dans ma vie.

Ainsi seulement je peux être libéré de mes spasmes à bien faire, ma volonté de travailler pour Dieu. Mon salut, je ne peux que le recevoir humblement des mains de Dieu, sans rien faire.

Après seulement, je peux laisser agir le salut de Dieu en moi, et devenir un signe de cette bonté de Dieu, pour les autres.

Mais cela est un autre chapitre. Laissons- nous aimer, laissons-nous faire du bien par notre Père céleste.

2- Où est notre cœur ? (v.25 à 32) (chapitre 2 de l’histoire)

 Cette parabole n’a pas de happy end, malgré les derniers mots : « Il était perdu et je l’ai retrouvé. »

Ce dernier dialogue montre qu’en fait, le père avait perdu ses deux fils : le cadet était perdu au loin, l’aîné était perdu tandis qu’il habitait sous le même toit. Le cadet est revenu à la vie, le père l’a retrouvé ; de l’aîné nous ne le savons pas. Car l’histoire n’est pas finie, il n’y a pas de réponse du fils aîné. C’est aux auditeurs de Jésus de répondre.

Par dessus de leurs épaules, Jésus s’adresse à nous ; sommes-nous sensibles à l’amour du père ? Ou préférons-nous « servir Dieu fidèlement » ? Nous sommes obéissants à ses ordres, mais notre cœur, où est-il ?

Je pourrais m’arrêter ici. Mais au risque de vous fournir une passerelle qui évite la question épineuse que je viens de poser, j’aborde une question beaucoup plus théorique.

Dans une parabole qu’on a nommée l’Evangile dans l’Evangile, comment se fait-il que la réconciliation avec Dieu au travers de la mort de Jésus n’est pas présente ? Le Père, pardonne-t-il parce qu’il aime tous ses enfants, sages ou rebelles ? Le sacrifice de Jésus, n’est-il donc pas essentiel ?

Voici deux remarques :

  • Une parabole enseigne toujours quelques vérités évangéliques et pas toutes. Si l’oeuvre de Jésus était absente ici, cela ne la rendrait pas secondaire pour autant. Ce qui est vrai pour une parabole l’est aussi pour chaque prédication : elle ne prétend pas tout dire.
  • D’une manière cachée, Jésus est bien présent dans la parabole. N’oublions pas que c’est lui-même qui la raconte. Les Pharisiens et les scribes étaient choqués par l’attitude bienveillante de Jésus envers ceux qui ne vivaient pas correctement. Pensez à leurs reproches : il mange avec des péagers et des gens de mauvaise vie.

Dans ce récit, c’est le père qui a cette attitude. Jésus s’identifie à ce père-là. Chacun qui entend l’histoire pense à Dieu le Père. Jésus réclame pour lui d’agir en lieu et place de Dieu, qui fait tout pour réconcilier ses enfants avec lui.

A deux reprises le père sort pour accueillir un fils. Jésus est cette sortie du Père vers le fils, pour aller à sa rencontre. Ou encore : par Jésus, Dieu vient dans notre monde pour sauver ses enfants.

Cette parabole est celle des deux fils perdus. Le premier a été retrouvé, il est rentré chez son père. Qu’en est-il du second ? Prions pour qu’il soit touché par l’amour du Père.

Amen

Image : Le Retour du fils prodigue (Rembrandt)

Rembrandt Harmensz. van Rijn - The Return of the Prodigal Son.jpg

1 réflexion au sujet de “Le Fils prodigue (par Abraham Markusse)”

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