Ados, Enfants, Théâtre

Les petits gâteaux de Noël (3/4)

3Ème acte – chez le chef de camp

1.  ERINO DAPOZZO (ado/jeune)               (habits très sales et usés)
2.  LE CHEF DE CAMP (ado/jeune)             (si possible un bel uniforme ; bien habillé)
3.  VOIX DE LA CONSCIENCE (ado/ jeune) (en blanc)
4.  VOIX DE LA TENTATION (ado/ jeune)   (en noir)
5.  SERGENT 1 (ado/ jeune)
6.  SERGENT 2 (ado/ jeune)
Possibilité de ne mettre qu’un seul sergent. Dans ce cas, il cumule les deux rôles.

Décor :
Une table avec une nappe blanche et deux chaises (l’une en face de l’autre), deux couverts.
Un petit sapin décoré.
Une bouteille de vin blanc, une de vin rouge.
Deux plateaux et de quoi simuler de la nourriture (ce peut être de simple petits panneaux de carton dessinés, pas besoin de faire compliqué)

Insert – à Paris

1. MME DAPOZZO (ado/jeune)
2.  ENFANT 1 : MARTHE
3.  ENFANT 2 : CLAIRE
4.  ENFANT 3

Décor :
Une table, de la dinette pour faire des petits gâteaux.

Se passe sur la gauche de la scène. Est caché par un paravent avant et après.

Le chef de camp est assis derrière une table sur laquelle se trouve un petit sapin décoré. Il y a une chaise en face de lui avec un second couvert.

DAPOZZO
(Il regarde autour de lui. Puis, avec une pointe d’envie et d’admiration) Quelle belle baraque luxueuse ! Et bien chauffée ! Mais que vois-je au fond de cette baraque luxueuse et bien chauffée (emphase – met la main en visière et plisse les yeux) ? (Il avance encore un peu sur un signe du chef de camp). Mais c’est notre chef de camp ! Il est bien attablé ! Tient ? Il y a un deuxième couvert ! Chic ! Voilà qu’il m’invite à souper, ce soir ! Il va me demander de prendre place !

CHEF DE CAMP
(Lève les yeux sur Dapozzo ; sur un ton négligent) Garde à vous !

Dapozzo se met au garde à vous et reste au garde à vous jusque presque tout à la fin de l’acte. A part tout à la fin de l’acte, il ne parle plus, mais ne reste pas impassible !

CHEF DE CAMP
Sergent ! (Il agite une clochette)

Commence le bal des sergents qui apportent sur des plateaux un festin de Noël. Ils passent toujours juste devant Dapozzo et lui font exprès envie. D’après le récit de Dapozzo, il y avait du vin rouge, du vin blanc, du pain blanc, du beurre et de la confiture, de la viande, des sardines, etc. etc. On peut donc adapter… Dapozzo, qui souffre de la faim, bave d’envie devant ce festin.

SERGENT 1
(Entre avec un plateau garni, le fait passer sous le nez de Dapozzo) Du vin blanc pour l’apéritif ?

SERGENT 2
(Idem) Ou du vin rouge ?

CHEF DE CAMP
(Il se sert à boire) Santé !

SERGENT 1

(Idem) La bonne dinde farcie ! Mmmh

SERGENT 2
(Avec un plateau…) Le pâté en croûte du chef !

CHEF DE CAMP
(Se sert à manger, porte sa fourchette à la bouche) Délicieux !

SERGENT 1
(Avec un plateau pain blanc et confiture…) Depuis combien de temps n’as-tu plus mangé ne serait-ce qu’une tartine à la confiture ?

VOIX DE LA TENTATION
(Surgit brusquement derrière Dapozzo) C’est épouvantable, Dapozzo, un brave type comme toi, t’as pas mérité ça ! Un brave type comme toi… où qu’il est ton bon Dieu, Dapozzo ? Il n’y a pas de bon Dieu, tu t’es trompé ! S’il y avait un bon Dieu tu ne serais pas ici… Tu t’es trompé de route. Il n’y a pas de bon Dieu.

CHEF DE CAMP
Mmmmh ! Succculent !

(Par la suite, le dialogue entre la voix de la tentation et la voix de la conscience est interrompu de temps en temps par le chef de camp qui dit des choses du genre « mmmmh ! » « C’est bon ! » « C’est délicieux ! » « C’est fantastique ! ». Il mange lentement et avec ostentation.)
Dapozzo regarde tour à tour la « voix » qui lui parle. Adapter sa mimique (cette situation ne le laisse pas impassible)

VOIX DE LA TENTATION
(Pseudo ému de compassion) C’est vrai cette parole : « L’Eternel est mon Berger, je ne manquerai de rien » ? Alors que tu manques de tout, tu as l’estomac creux. Et puis lui il mange bien…

VOIX DE LA CONSCIENCE
(Surgit à son tour derrière Dapozzo) Oui, la Parole de Dieu c’est la vérité ! « Je ne manquerai de rien » ça consiste en sa grâce, sa bonté, sa miséricorde, son amour, sa patience ! (déclamation enthousiaste et vibrante) Cela ne manquera jamais ! (avec conviction)

Dapozzo regarde la voix de la conscience avec reconnaissance et hoche affirmativement la tête à ce qu’elle dit. Malgré tout, Dapozzo est dans un grand embarras face à cette attaque.

VOIX DE LA TENTATION
Dire que tu ne peux même pas aller au cinéma ou lire un roman pour te réconforter ! Pauvre de toi !

Dapozzo manifeste un apitoiement sur lui-même le temps que la voix de la tentation lui parle. Mais dès qu’elle a fini, il secoue la tête, comme pour se débarrasser de cette pensée, et regarde avec assurance (et un peu de fierté) dans la direction de la voix de la conscience.

VOIX DE LA CONSCIENCE
(A l’adresse de la voix de la tentation) Bluff ! Illusion ! Seule la Parole de Dieu peut nous réconforter ! (A l’adresse de Dapozzo, avec chaleur, d’une voix de plus en plus vibrante) Rappelle-toi de Paul ! Il est passé par la faim, la nudité, les coups, la prison, les fers. L’apôtre Paul ! (emphase)

Dapozzo est très visiblement soulagé et réconforté. Il est à nouveau calme et serein et affiche même un petit sourire.

Le chef de camps continue avec ses mmmh ! délicieux ! etc. Puis il arrive à la fin de son repas. Dapozzo louche sur la gauche de la table, où il aperçoit un petit carton de petits gâteaux.

VOIX DE LA TENTATION
(Les bras croisés, d’un ton boudeur) Voilà UNE heure qu’il mange lentement devant toi ! (Dans le but de lui faire envie) Ça va être l’heure du dessert ! Il remonte à quand ton dernier dessert ?

Dapozzo ne regarde pas la voix de la tentation.

Le chef de camp agite à nouveau une clochette. Un sergent entre avec le café et en verse une tasse à 5cm du nez de Dapozzo. Dapozzo hume le café avec délice.

VOIX DE LA TENTATION
VOIX DE LA CONSCIENCE
     (En même temps) Mmmmh ! La bonne odeur de café !

Le sergent sert le café à son chef. Le chef de camp le sirote lentement.

VOIX DE LA TENTATION
(Scandalisé) Mon pauvre ami ! On sert un café devant ton nez ! A toi qui ne boit que de la flotte ! Pendant tout le temps toujours de la flotte ! (Sur un ton tragi-comique) De la flotte le matin, de la re-flotte à neuf heures, de la re-re-flotte à midi, etc. etc. (Dans le but de le tenter) Un fumet pareil, ça excite les papilles, hein ? Je parie que t’en boirais bien une petite gorgée ! Ou même une petite tasse…

Dapozzo détourne la tête pour ne pas regarder la voix de la tentation.

Le chef de camp, avec son café, mange les petits gâteaux (en claquant très fort des dents).

VOIX DE LA TENTATION(Outré) Tu as vu comme il te nargue ! Tu as été bien assez patient ! Cela suffit, maintenant !

VOIX DE LA CONSCIENCE
(D’une manière pressante) Non, ne te mets surtout pas en colère ! C’est un piège ! Il sait bien que tu évangélises dans tout le camp et rien ne lui ferait plus plaisir que de voir le petit Dapozzo, l’évangéliste, en colère…

VOIX DE LA TENTATION
Tu vois ça ? Lui, c’est un protestant (il désigne le chef de camp) et toi tu es un protestant. (Sur un ton tragi-comique) Deux protestants l’un en face de l’autre, c’est quand même tragique, tu ne trouves pas ? Un protestant du chemin large et un protestant du chemin étroit…

Dapozzo regarde à nouveau la voix de la tentation. Il peine à se contenir et tremble.

VOIX DE LA CONSCIENCE
Justement, vous n’êtes pas du même chemin ; n’en reste pas là !

LA VOIX DE LA TENTATION
Hais-le ! Tu as le droit de le haïr ! C’est un Allemand, c’est la guerre !

Dapozzo regarde la voix de la conscience.

LA VOIX DE LA CONSCIENCE
(Avec force ) Que nenni ! (Avec douceur et encouragement) La solution, Dapozzo, elle est dans la Bible ! (Avec fermeté) Il est marqué « aimez vos ennemis » sans AUCUNE exception ! (Avec de plus en plus de passion) Jésus-Christ est mort pour des hommes de toutes les nationalités, il n’en a exclue aucune. Il n’est pas dit : « aimez vos ennemis, excepté les chefs de camp allemands » dans ta Bible. « Aimez vos ennemis » point final !

Dapozzo regarde la voix de la tentation dès qu’elle recommence à parler.

VOIX DE LA TENTATION
(D’un ton sarcastique) Aimez vos ennemis ! (Avec dédain) Et où trouveras-tu la force pour pardonner à ce point-là ? Où est la limite de l’amour ?

Dapozzo regarde la voix de la conscience (et pendant tout ce temps, il est toujours au garde à vous).

VOIX DE LA CONSCIENCE
(Avec passion) Il n’y a pas de limite, à l’amour. La solution, c’est Christ en nous, l’espérance de la gloire ! Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ! Les choses anciennes sont passées, voici toutes choses sont devenues nouvelles ! Une vie nouvelle en Christ, la possibilité de pardonner. A n’importe qui !

LE CHEF DE CAMP
(Mielleux et provoquant) Ils sont bons, les gâteaux de votre femme, Dapozzo (il rit comme un tigre).

Dapozzo le regarde ahuri.

LE CHEF DE CAMP

(Avec un sourire provoquant) Votre femme vous envoie tous les mois depuis Paris un paquet de petits gâteaux. C’est la septième fois. (Avec un air gourmand) Je les ai tous mangés, ils sont excellents ! Comme votre femme est une bonne cuisinière, compliments !

Dapozzo regarde vers la gauche de la scène. Le paravent dévoile une table, Mme Dapozzo et ses enfants. Projecteur sur eux (si possible) et laisser le reste dans le sombre.

Insert – à Paris

Mme Dapozzo pose un sac de courses. Les enfants se pressent autour d’elle.

ENFANT 2
Qu’est-ce que tu nous rapporte, Maman ?

MME DAPOZZO
Hélas, ma petite Claire, pas grand-chose ! Je n’ai eu droit qu’à un peu de farine.

ENFANT 3
Rien que ça ? Mais nous avons fait des heures de queue !

MME DAPOZZO
Je sais mon chéri. C’est que la nourriture est rare. C’est pour cela qu’il y a ce rationnement.

ENFANT 1
Mais est-ce que nous avons réussi à économiser assez ?

ENFANT 3
Assez pour quoi ?

ENFANT 2
Mais pour faire les gâteaux pour Papa !

MME DAPOZZO
Un instant je regarde.

Elle se retourne et fait mine de fouiller une armoire. Elle met deux pots sur la table.

MME DAPOZZO
Un peu d’huile… un peu de sucre… Oui, nous en avons juste assez !

ENFANTS 1, 2 ET 3
Hourra !

MME DAPOZZO
Bravo les enfants ! Alors on y va ?

ENFANTS 1,2 ET 3

Oui !!!

Mme Dapozzo et les enfants font mine de confectionner des petits gâteaux.

ENFANT 1
Il sera content le Papa en Allemagne, hein ?

ENFANT 2
Oh oui ! Il doit avoir encore tellement plus faim que nous !

ENFANT 1
Celui-ci je le fais en forme de cœur, pour lui dire que je l’aime !

Ils continuent à confectionner des biscuits. Le paravent se referme.

Fin de l’insert

Le projecteur (s’il a été mis) se détourne pour éclairer à nouveau le baraquement du chef de camp.

VOIX DE LA TENTATION
Ils ont faim chez toi… Et lui (il désigne le chef de camp) il mange devant toi les petits gâteaux qu’ils t’ont préparés… Le septième paquet déjà ? Tu n’en n’as reçu aucun !! Tes camarades, ceux qui sont prisonniers français, eux ils reçoivent des paquets de leur famille ! Et toi pas ?! C’est quand même injuste !

Dapozzo regarde tour à tour la voix de la tentation, puis celle de la conscience.

VOIX DE LA CONSCIENCE
C’est que tu es prisonnier italien. Et les Italiens se sont alliés aux Allemands. Pour eux, tu es un traître… Mais l’essentiel, c’est que tu n’as pas trahi Jésus-Christ ton Seigneur !

VOIX DE LA TENTATION
(Chaleureux) Oui, Dapozzo, tu peux être fier de toi ! Tu as travaillé pour la justice ! (Déçu) Et qu’est-ce que ça te rapporte, hein ? (De plus en plus rancunier) Toi un traître ? Jamais ! Bien au contraire, c’est toi qui a été trahi et dénoncé aux Allemands par un…

VOIX DE LA CONSCIENCE
(Avec tristesse) Par un triste sire…

VOIX DE LA TENTATION
(Avec fougue) Hais-le !

VOIX DE LA CONSCIENCE
(Avec assurance) Aimez vos ennemis !

VOIX DE LA TENTATION
(Avec fougue) Tu ne l’aimes pas. Hais-le ! Hais-le ! Tu as le droit de le haïr ! C’est la guerre !

VOIX DE LA CONSCIENCE
(Avec assurance) Tu ne l’aimes pas, c’est vrai, mais aimez vos ennemis ! Montre-lui que l’amour et le pardon que Jésus enseigne valent mieux que la haine et la vengeance auxquelles il croit !

VOIX DE LA TENTATION
(Avec apitoiement) Et comment l’aimeras-tu ? Tu ne l’aimes pas. Tu n’en as pas la force. Oui, il faudrait sans doute lui pardonner. Mais comment le feras-tu ? Tu n’es qu’un pauvre pécheur, sans force, pas un méchant pécheur, non, un gentil pécheur… Tu n’as pas la force de pardonner, tu es trop faible. Tu n’y peux rien ! Ce sont quand même tes petits gâteaux.

VOIX DE LA CONSCIENCE
Et qu’espères-tu recevoir ainsi ? La victoire ? Rien du tout ! Tu es ce que tu crois. La victoire qui triomphe du monde, ce ne sont pas les sentiments, mais la foi ! Et l’amour consiste à garder les commandements de Dieu. Et le commandement de Dieu, c’est d’aimer ses ennemis. (Pause) Et ce qui est merveilleux, c’est que tu peux t’adresser à lui, ici-même, dans ton esprit, au garde à vous. (Avec force et confiance) Seigneur, je te remercie que ton amour est dans mon cœur par le Saint-Esprit. Amen.

La voix de la tentation quitte la scène en manifestant son dépit.

VOIX DE LA CONSCIENCE
(Avec émerveillement) Tu vois ? Il commence déjà à te devenir cher ! Quel pauvre homme quand même ! Quel pauvre homme ! Et toi tu pourrais être à sa place, car tu en as toute l’étoffe ! Quelle chance tu as ! Il est pauvre, tu es riche ! Il est lié, tu es libre ! Il est à plaindre, ce pauvre homme !

DAPOZZO
(Toujours au garde à vous, très aimablement) Chef de camp, vous êtes un pauvre homme. Je suis chrétien, vous le savez. Je vous pardonne et je prierai chaque jour pour vous. Vous permettez que je rentre dans ma baraque ?

VOIX DE LA CONSCIENCE
(Avec réjouissance) Ça c’est de la résistance ! La meilleure !

LE CHEF DE CAMP
(Furieux) Vas-y ! Retourne dans ta baraque ! Avec tes divisions de puces, de punaises et de petits poux !

Dapozzo quitte le chef de camp, puis esquisse un pas de danse avec la voix de la conscience.

DAPOZZO
Ah ! J’ai tant de joie dans mon cœur ! C’est finalement un très beau Noël !

VOIX DE LA CONSCIENCE
Oui, Jésus-Christ est venu donner sa vie pour triompher du péché et de la haine !

DAPOZZO
(Lève les yeux au ciel) Seigneur Jésus, je t’en prie, manifeste ta grâce dans la vie du chef de camp. Ouvre-lui les yeux, accorde-lui la repentance, la foi en toi et la vie éternelle. Amen.

2 réflexions au sujet de “Les petits gâteaux de Noël (3/4)”

    1. Merci Julie ! Cela vaut vraiment la peine de l’écouter le raconter lui-même .-) Je crois que j’ai mis le lien pour le site au début du premier acte. C’était quelqu’un de pas commun qui raconte ses expériences, même dramatiques, comme ici, avec beaucoup d’humour.

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