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Gouille et météo

Il pleuvait, cet après-midi de mai… Il pleuvait, mais qu’importe ? Elles avaient envie de prendre l’air. Les filles enfilèrent les pantalons de pluie, les bottes de pluie et les vestes de pluie. Maman aussi. Ainsi équipées, elles sortirent de l’immeuble, prirent le petit chemin derrière chez elles et se dirigèrent vers le Bois Cornard. La route qui y menait était certainement peu fréquentée en ce moment. Par beau temps, c’était un chemin privilégié pour les promeneurs et les cyclistes, mais là, elles l’auraient pour elles toutes seules, maman en était presque certaine.

Plus que quelques pas et au détour d’une haie, le chemin de campagne apparut enfin. Oui ! Il était bien à moitié inondé, comme espéré. Une gouille de trente mètres de long s’étendait devant elles ! Waouh ! Trop beau ! Oui, oui, les filles, vous avez le droit de sauter dedans ! Et splatch ! Qui éclaboussera le plus loin ? Le plus haut ? Maman les regardait d’un œil attendri et amusé à l’abri de son parapluie.

Au-dessus de leurs têtes, le ciel charriait de gros nuages. Maman les observa un instant et bientôt se perdit dans un souvenir lointain. C’était du temps où elle travaillait encore dans un bureau d’une entreprise de maçonnerie. Par la fenêtre, elle voyait la forêt toute proche et devant, le dépôt avec sa grue démontée, les contre-poids, les immenses tuyaux de béton et tant et tant de matériaux de construction. Il ne pleuvait pas ce jour-là, mais le ciel était chargé de lourds nuages. Tout était terne, gris, plat et sans vie, jusqu’au moment où le soleil était passé sous les nuages. En un instant, tout avait changé. Les rayons du soleil avaient habillé d’or le paysage tout entier et semblait lui donner une quatrième dimension. Les troncs des arbres, auparavant mornes et morts étaient devenus vibrants de vie. Même les gros tuyaux de béton, la grue et les contre-poids semblaient devenus beaux et vivants.

Maman émergea du passé et regarda autour d’elle. Elle repensa à ce passage de l’Apocalypse qui dit que sur la nouvelle terre, Dieu éclairerait lui-même sa création. Si le soleil passant sous les nuages était capable de telles merveilles, la lumière de Dieu ne serait-t-elle pas encore plus magnifique ? Et puisque Dieu est omniprésent, aucun nuage ne pourrait jamais le cacher. Et lorsque le temps serait nuageux, il éclairerait par en-dessous ce plafond cotonneux et tout serait si féériquement beau ! Et il ne pourrait jamais pleuvoir sans qu’il y ait de la lumière pour éclairer les gouttes de pluie ! Vous vous rendez-compte ? s’exclama maman. Sur la nouvelle terre, quand il pleuvra, il y aura peut-être des arcs-en-ciel partout ? Et quand vous sauterez dans les gouilles, elles ne seront pas grises, mais pleines de reflets multicolores !

Les filles rentrèrent trempées de leur promenade. Les affaires de pluie n’avaient pas résisté à un tel traitement. Maman prépara du thé chaud et les filles se changèrent. Quand elles se couchèrent, ce soir-là, elles s’imaginèrent sauter dans des gouilles multicolores entourées d’une danse d’arcs-en-ciel. Et depuis ce jour-là, maman avait l’occasion de penser aux promesses de Dieu chaque fois qu’elle voyait le soleil, des nuages ou de la pluie. Alors, elle aimait rêver à cette lumière chaude, vibrante et infiniment glorieuse émanant de Dieu lui-même. A quoi ressemblerait-elle ? Elle n’en savait rien, mais elle serait plus magnifique que tout ce qu’elle pouvait imaginer, c’était certain. Les tracasseries de la vie s’estompaient et les contrariétés pâlissaient devant les promesses de la vie éternelle. Ah ! si seulement maman n’oubliait jamais de voir la météo comme un petit bonheur envoyé par Dieu lui-même !

Ce texte est une réponse au défi 8 : écris un petit bonheur.

7 réflexions au sujet de “Gouille et météo”

    1. Merci Evealpi pour ton gentil commentaire qui me fait bien plaisir ! J’avais oublié que les flaques ne s’appellent pas des gouilles partout… Ou plutôt, je viens de l’apprendre. J’ai vite été vérifier dans le dictionnaire : c’est en effet un mot typiquement suisse 😊 Sois aussi bénie !

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  1. Je ne connaissais pas non plus les gouilles, mais je suis ravi de découvrir ce mot à travers ton texte, si bien écrit, et qui nous éclabousse de joie ! Ah, le plaisir des flaques d’eau et de la pluie, autant de petits bonheurs à cueillir, que l’on soit enfant ou adulte ! Merci pour ce partage très personnel et très touchant.

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    1. Merci David pour ton commentaire qui me touche. C’est vrai que c’est un très bon souvenir ! C’est dommage que depuis ils ont refait la route. La flaque (gouille) n’y est plus…

      Aimé par 1 personne

  2. Alors chez moi dans le fin fond du Poitou, on disait les « cagouilles » pour parler des escargots 🙂 Y aurait-il un rapport avec le fait que les escargots sortent et se ramassent lorsqu’il a plu ?

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