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Sans valeur…

Bonsoir….
Euh, je ne sais pas vraiment comment faire pour prier, je t’avoue… Enfin, je vous avoue… C’est la première fois de ma vie que je tente. Je dois même être le premier de ma famille à le faire. Avant Maxime, je n’avais jamais entendu personne encourager à vous parler comme ça.

En même temps faut dire que mon ancien proprio, il était pas du genre à parler de Dieu. Robin, qu’il s’appelait. J’ai détesté l’avoir. Il était toujours brusque avec moi, à s’énerver pour un rien…. un vrai sanguin. Il suffisait que je prenne un peu trop de temps ou que je n’aille pas assez vite et Monsieur me donnait des coups. J’étais pas tout neuf et il était pas patient. Quand il a conclu la vente, il a même dit que j’étais une « poubelle dont il était enfin heureux de se débarrasser. » C’est tout ce que j’étais pour lui. Alors quand j’ai entendu Maxime vous parler pour la première fois et dire merci parce que maintenant, j’étais sa voiture, ça m’a fait tout drôle. J’ai d’abord été très surpris parce que je pensais qu’il me parlait… Et quand il a dit « merci Dieu » ça m’a rappelé un lointain souvenir…

Celui d’une conversation que Miss Flora, ma première propriétaire, avait eu avec une amie en rentrant de la gym. Je l’aimais bien Miss Flora. Une institutrice retraitée, toujours à bouger à droite à gauche… On en a parcouru des kilomètres ensemble. Elle croquait la vie à pleines dents. Ce jour-là, elle raccompagnait son amie et discutait de tout et de rien. Puis son amie a commencé à lui parler d’un Dieu qui l’aimait au point de donner son propre fils, Jésus. Et là, ma Miss Flora, elle a arrêté de rigoler. Elle a dit qu’elle en voulait pas de ce Dieu. Qu’il n’avait jamais rien fait pour elle. Elle préférait penser que c’était mieux que chacun soit en paix avec soi-même et libre de faire ce qu’il lui plaît.

Je devais me concentrer sur la route, mais j’étais intrigué. C’était la première fois que j’entendais parler de Dieu. J’aurais bien voulu en savoir plus, mais Miss Flora n’avait pas souhaité prolonger plus la conversation… J’avais laissé tomber aussi. Ca ne devait pas être bien important.
Et puis un jour, Miss Flora est partie. Elle n’est pas venue me récupérer pour aller à son cours de lecture. J’ai attendu, attendu. Les jours ont passé et toujours aucun signe d’elle. Elle venait toujours me chercher pour sortir. Elle disait que je lui étais bien utile avec son âge. Mais là, il se passait quelque chose, c’est sûr. Je ne savais pas ce que j’allais devenir sans elle.

Deux hommes, des mécanos, je crois, sont venus me chercher plusieurs jours après pour m’emmener dans un endroit où on mettait ceux comme moi qui avaient plus de propriétaires… J’ai entendu parler “vente”, “héritage” et “mort”. C’était donc ça, elle n’avait plus de jus, ma miss Flora. Vu qu’elle ne croyait ni au paradis, ni en enfer, je ne savais pas du tout où elle était maintenant. Je lui souhaitais juste d’être heureuse et de continuer à vadrouiller comme elle l’aimait.
Avec son départ, je me suis posé des questions aussi sur ma fin. Bon, normalement, je ne devrais pas me soucier. Je suis un objet. Mais bon, je ne savais pas non plus ce qui m’attendait après… Qu’est-ce qui adviendrait de moi quand ma batterie s’arrêterait pour toujours ? Et qu’aucun réparateur n’arriverait à la relancer ? Rien que d’y penser cela me faisait frissonner.

Excuse-moi, je te fais perdre ton temps. Tu dois avoir beaucoup mieux à faire que d’écouter les plaintes d’un vieux machin comme moi. Et puis même si tu prends la peine d’écouter les non-humains, je ne peux pas dire que je suis un exemple de sagesse ! Ces dernières années avec Robin ne m’ont pas rendues sages. Je suis devenu nerveux et aigri… Il me brutalisait tellement que je n’hésitais pas à simuler les problèmes techniques pour le faire enrager. Je prenais plaisir à l’énerver quitte à prendre des coups.
Et en plus de ça, la manière d’agir de Robin, vulgaire et violente a fini par déteindre sur moi. Ses musiques tournaient quotidiennement dans ma tête. Il en écoutait tout le temps à chaque trajet. Plus c’était fort, plus il aimait. Je me surprenais à fredonner des paroles que je n’oserai même pas te répéter aujourd’hui. Et puis Robin et ses potes, ils aimaient crier et mettre la musique à fond. Tout le monde nous regardait. Je me disais que c’était peut-être ça être cool. Et j’avoue, j’étais fier quand il me lançait à vive allure. Je me sentais important et je méprisais les autres… 

Mais ce n’était qu’apparence. Je savais que j’emmenais pas toujours Robin faire de bonnes choses. Fallait voir dans quel état il revenait aussi… Toutes ces années, j’étais partagé. Je me disais : ben, c’est peut-être ça être heureux ? Et en même temps, une autre part de moi souhaitait que ça s’arrête. Mais je ne savais pas comment.
Aujourd’hui, je sais ce que c’est que le vrai bonheur et je veux pareil. Maxime m’a montré ce que c’était. Il te fait confiance pour absolument chaque chose. Je l’ai déjà entendu monter et commencer à pleurer parce qu’il avait eu tel ou tel souci et qu’il ne savait pas quoi faire. Je n’avais jamais vu personne être aussi transparent sur ses sentiments. Il écoutait aussi des chansons qui parlaient de Dieu, et même des versets de la Bible. Je crois que ça se dit comme ça. C’est un genre de mode d’emploi si j’ai bien compris. Et je sentais que ça allait mieux après. Je le sentais apaisé. Je l’ai souvent entendu dire à ses passagers : il t’avait donné sa vie, il te faisait entièrement confiance.
Bref, Dieu, je ne suis qu’une petite voiture. Je n’ai pas beaucoup de valeur. Mais je crois que tu m’aimes et que tu veux me sauver. Viens dans ma batterie s’il te plaît. Que des roues au toit, je sois plein de toi. Je veux être une bonne voiture et faire ce que tu veux maintenant. Je ne veux plus avoir peur. Et je crois qu’un jour et bien quand ma batterie sera définitivement éteinte, dans ton ciel, tu me permettras d’y rouler. Maintenant, comme Maxime, je veux partager ton beau message. S’il peut changer une voiture dure comme moi, tout lui est possible. Ce qui me touche, c’est d’entendre Maxime dire combien Dieu l’a béni en me donnant comme voiture. Comme il était dans l’impasse et que Dieu a fait un miracle. S’il savait comme c’est moi qui suis béni maintenant. J’ai un nouveau propriétaire maintenant, en plus de Maxime. Et celui-là, je sais qu’il ne me laissera jamais.

Mélanie Colonnette

Ce texte est une réponse au défi d’écriture #10 : Fais parler un objet

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