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Les Noël se suivent et ne se ressemblent pas

Voilà plusieurs Noël que je m’installe au même endroit, dans cette ambiance chaleureuse, qui pourtant se refroidit au fil des ans. Cette année, particulièrement, me réserve une surprise. Mes « visiteurs de Noël » arrivent. Oui, je les appelle ainsi, ce sont ces personnes que je ne vois qu’à cette époque, mais qui sont fidèles et m’offrent ces instants précieux qui me requinquent pour passer l’hiver. Voici mes amis les policiers, ceux qui ont rattrapé les voleurs de ma guitare avec le gain de la journée, ceux qui viennent m’écouter régulièrement… mais non,  tiens, voilà des têtes que je ne connais pas. Ils s’avancent vers moi, avec un air moins amical que d’habitude. Que me veulent-ils ? Où sont passés mes anciens collègues ?

— Bonjour Monsieur, police municipale, vos papiers s’il vous plait !

— Hein, quoi ?

— Vous avez bien compris, vos papiers s’il vous plait !

— Mais ça fait des années que je travaille ici, jamais on ne m’a demandé mes papiers.

— Tout change Monsieur, vos papiers  ! insistent-t-ils.

— Mais je ne les emporte jamais, tout le monde me connait ici dans le quartier, allez vous renseigner !

— Justement, nous nous sommes renseignés, les commerçants se plaignent, vous les dérangez avec vos chants et votre guitare !

— Mais je fais ça toute l’année, je chante dans la rue, c’est mon métier.

— OK Monsieur, pour demain nous vous demandons de vous rendre au poste avec vos papiers et sans votre guitare, durant la période de Noël, vous ne pourrez plus chanter à la demande générale des commerçants, vous pouvez mendier si vous voulez.

— C’est la période de l’année où je gagne le plus ! Mendier ? il n’en est pas question, jamais je n’ai fait ça.

— Bon remballez vos affaires, Monsieur, rendez-vous demain au poste de police.

Me voilà jojo ! Les badauds s’arrêtent pensant que j’ai commis un délit, je remballe mes affaires et je suis obligé de rentrer chez moi. Non, non je ne rentrerai pas chez moi. Que faire ? J’arpente le marché de Noël et je croise le regard satisfait de quelques commerçants qui semblent avoir provoqué mon renvoi ! Je suis renvoyé, renvoyé de la rue ! Je n’ai pas d’employeur, mais je suis renvoyé ! Alors ça c’est trop fort, je rumine et je marmonne intérieurement. Les commerçants me renvoient ! Je vais aller les voir et leur dire de quel bois je me chauffe. Tiens, en voilà un qui sourit…les bras croisés dans sa petite cabane.

— Bonjour, oooh, je vois que vous vendez de belles lampes !

— …

— 150 euros le prix le plus bas, c’est sûr, ce n’est pas aujourd’hui que je vais en acheter une !

— Monsieur, s’il vous plait, partez.

— Non non, c’est vous qui m’interdisez de chanter ?

— Partez Monsieur, s’il vous plait, vous n’achetez rien, vous circulez s’il vous plait.

— Pourquoi m’interdisez-vous de chanter ?

— Vous faites trop de bruit avec vos chants.

— Ah oui ? L’atmosphère feutrée de Noël, achetez silencieusement, laissez les passants circuler tranquillement, où est passée la magie de Noël ? la charité, l’échange ? Je chante des chants chrétiens, c’est ça qui vous dérange ?

Je me rends compte que j’élève la voix et que je crée un attroupement, décidément, cette voix qui porte… Je n’aime pas me faire remarquer et je préfère donc de quitter cet endroit qui me devient hostile, sous la huée de quelques passants qui me lancent des insultes que je ne répéterai pas ici. Les pauvres, ils ne connaissent rien à l’histoire ! je les plains !

De retour chez moi, je passe une mauvaise nuit, j’ai très mal au dos, ces événements m’attaquent dans ma santé, impossible de fermer l’œil. Je prie et je demande à Dieu de m’aider et de m’éclairer.

Au matin, je me rends au poste de police en boitant, le nerf sciatique coincé. J’y retrouve mes anciens amis, qui eux, sont étonnés de me voir ! Je leur donne mes papiers…

— Mais Joe on te connait, pourquoi tu nous ramènes tes papiers ?

— Ce sont vos collègues qui m’ont demandé, d’ailleurs, je ne les ai jamais vus par ici !

— Ah oui les nouveaux, ils doivent surveiller le marché de Noël.

— Je n’ai plus le droit de chanter dans la rue, y-a-t-il un texte à ce sujet ?

— C’est quoi cette histoire… Mais non, rien du tout, attends je vais vérifier pour être certain.

L’agent recherche les derniers textes et me confirme qu’aucun arrêté municipal n’interdit de chanter dans la rue, durant la période de Noël, dans le quartier du marché de Noël ou ailleurs.

— Je me suis fait avoir comme un bleu !

— Non tu t’es fait avoir « par des bleus » !

— Oh, mais ils semblaient sérieux !

— Oui oui, ne leur en veux pas, ils font leur boulot et je pense que les commerçants leur ont mis la pression, ils avaient bien tenté l’année dernière avec nous, mais on a passé outre en leur disant que Noël c’est pour tout le monde et que tu ne faisais rien de mal en chantant, tu mettais tout au plus un peu de gaieté dans la rue.

— Ah, merci !

— Allez Joe, tiens voilà un papier pour qu’on te laisse tranquille, et tu le présenteras si on t’embête encore. On t’attend pour de nouveaux chants lors de notre prochaine tournée ! à bientôt et bon Noël !

— Merci à vous les gars, bon Noël à vous aussi !

Voilà une bonne chose de faite, je rentre chez moi, récupère ma guitare, ma chaise pliante, car mon dos me fait trop mal pour rester debout, me revoilà plus fort que jamais à chanter, près des chalets du marché de Noël sous l’œil étonné du marchand de lampes… Les jeunes policiers sont bien là aussi, campés sur leurs pieds, leurs regards sévères me lancent des éclairs, mais ils ne m’abordent pas. Le message est, semble-t-il, passé !

Belle journée aujourd’hui,  je fais le plein ! Petits gâteaux à gogo, des étrennes, qui pourtant, je l’ai remarqué, ont diminué de moitié depuis l’année dernière. Le marché de Noël est moins fréquenté, ces policiers qui circulent sont un peu rébarbatifs. Mes habitués défilent, Madame Rachin, Sylvie, Mimi…

— Alors quoi comme chant Mimi aujourd’hui ?

— Ne chante rien, j’ai besoin de parler… ou bien oui, chante, mais écoute-moi aussi.

— Quoi comme chant ?

— Peu importe, écoute-moi, j’ai quitté mon mari !

J’en reste sans voix !

— Mais c’est courageux ça !  lui dis-je.

— Non ! en fait, je l’ai chassé de la maison, il était ivre, il s’est fait embarquer par les flics !

— Excellent !

— Hé stop ! je m’en veux, je suis triste, je l’aime encore…

— Vous êtes triste de ne plus être battue, triste de ne plus être plumée ?

Voilà autre chose, je ne gère pas, vite un chant, tiens celui des prostituées, euh non, sur l’homme en jupe euh je ne sais pas lequel… elle continue :

— Il me manque je suis pleine de remords, je pense avoir mal agi.

— La lala…

— Je ne dors plus…

— Lalala…

— Je vais arrêter la procédure que j’ai entamée.

Je chante, je chante et j’écoute aussi.

— IL ME MANQUE !

— Il est où ?

— Justement je ne sais pas, il a passé une nuit au poste, après je ne sais plus. J’ai peur qu’il soit mort… il a disparu !

— Signalez-le comme disparu !

— C’est fait, mais je vais passer mon Noël seule, sans personne !

— Alors là je ne comprends plus rien, avant Noël c’était un calvaire avec lui et maintenant il vous manque ?

— Ne cherche pas à comprendre !

— Venez passez Noël chez moi !

— Sérieux ?

— Oui !

— Remballe tes affaires, je t’accompagne.

— Comme ça tout de suite ?

— Oui tout de suite ! Allons faire les courses de Noël ensemble.

Me voilà pris au dépourvu, j’ai parlé trop vite à cette femme en détresse, mais qui semble vraiment désespérée et apeurée. J’espère que son histoire n’est pas une sombre excuse pour fuir encore son mari durant cette inéluctable nuit de Noël !

— Non je préfère continuer à chanter encore un peu, faites vos courses si vous voulez, on se rejoint plus tard.

— J’y vais ! ne me laisse pas tomber.

Je vois passer Madame Rachin au bras de sa fille, elles me saluent de loin ! Elles semblent  pressées, le rush des derniers achats… puis elles reviennent me voir avec un chocolat chaud et une crêpe, un billet. Tant de profusion me submerge parfois ! A l’époque de Noël mes placards sont pleins, j’en ai pour tout un mois ! Heureusement, cela me permet de moins travailler en janvier, mois le plus froid de l’année où je reste souvent au chaud, pour cause d’intempéries. Je décide de ranger mes affaires, pour avoir le temps faire des petites emplettes. Un cadeau pour la voisine et ma participation au repas. Sauf que… je n’ai pas d’idée. C’est une vieille dame, qui n’aime pas les plantes, me dit tout avoir. Vite un petit tour au marché de Noël… chapeaux noooon, écharpes, gants noon, lampes… trop chèèères, savons, parfums, trop chers… santons de Noël gadgets…pantoufles… tiens des pantoufles, mais je ne connais pas sa pointure, zut. Je repasse devant le marchand de lampes, qui me hèle.

— Hé vous !

— Quoi !

Décidément il me cherche !

— Venez voir !

— Pourquoi ? vous voulez encore m’interdire de chanter ? raté ! et je lui brandis mon papier.

— Non ! non, venez, d’autres commerçants sont venus me voir après notre altercation, ils ne tarissaient pas d’éloge sur vous, votre gentillesse, politesse enfin tout, je m’excuse, voilà pour vous.

Et il me tend cette lampe à 150 euros !

— Non c’est trop ! et vous ne me devez rien, vous êtes excusé.

Et je m’apprête à partir…

— Prenez cette lampe vous dis-je, elle a un petit défaut regardez, je ne la vendrai jamais.

En y regardant de plus près, je vois en effet qu’elle est un peu abimée…

— Ah oui je vois, mais c’est discret, l’aurais-je ébréchée avec ma voix ? (clin d’œil) je vais l’offrir à ma voisine.

— Je vous fais un paquet cadeau ?

— Euh oui !

— Voilà pour vous et joyeux Noël !

— Mais MERCI ! Que Dieu vous bénisse !

Un petit miracle vient de se produire ! Voilà un monsieur qui aura la conscience tranquille ce soir et qui passera un bon Noël, le NOËL tel que je me l’imaginais ! Je me dépêche pour terminer mes achats avant que les magasins ne ferment , mais voilà Mimi, qui revient les bras chargés de paquets. Elle m’emmène au parking, m’embarque dans sa voiture…

— Où allons-nous ?

— Direction la gare… mais je n’ai pas fini mes courses !

— Peu importe, j’ai de quoi ! Tu voulais te défiler hein ?

— Ben oui j’avoue !

— Tu me déçois Joe !

— Pardon Mimi, mais…

— Je ne voudrais vraiment pas être seule ce soir.

— Et que dire à ma voisine ? elle va se poser des questions.

— Eh bien qu’elle s’en pose !!!! mais ne lui dis rien de mon histoire s’il te plait !

— Promis, mais tu me…oh pardon j’ai dit tu…me mets dans une situation embarrassante.

Nous voilà arrivés.

— Ah c’est là que tu habites ? ça a l’air tranquille, bien sûr tu peux me tutoyer !

— Pourquoi vous…tu t’imaginais que j’habite dans un quartier « haut les mains » ? non c’est un quartier tranquille, fait pour un homme tranquille…qui veut garder sa paix !

Elle stationne, nous sortons de voiture, moi avec tout mon équipement, et ma lampe (oh ciel, je n’ai pas de cadeau pour Mimi…), elle,  les bras chargés de paquets.  Nous montons chez moi…et ça ne loupe pas, Berthe m’attend sur le palier, mais j’avais bien vu le rideau bouger lorsque nous descendions de la voiture. Elle a quitté son tablier et a mis une tenue de fête, un joli haut bariolé scintillant,  une longue jupe noire qui tombe élégamment sur ses chevilles. C’est nettement mieux que ces horribles tabliers ! Dommage elle a gardé ses charentaises !

— Ah ha Joe, je vois que tu es accompagné !

— Bonjour Berthe, voici Mimi qui ne souhaite pas passer Noël seule, je l’ai invitée.

— Bonjour Madame, j’avais prévu de passer Noël avec Joe, je n’aurai pas assez pour trois personnes…

Je vois bien que Berthe est contrariée et prise au dépourvu par cette visite inattendue.

— Ne vous inquiétez pas, moi j’ai fait des achats pour trois !

— Bon, je vais rajouter un couvert alors… venez, c’est chez moi que se passe la soirée, vous dormirez où ?

— Mais je rentrerai chez moi dans la soirée.

— Très bien !

Je vois que je n’ai plus grand-chose à dire, les femmes organisent la soirée et je n’ai qu’à suivre, finalement ça m’arrange. Je dépose mes affaires et me rend directement chez Berthe. Une odeur agréable de petits gâteaux se dégage de la cuisine. Elle a décoré simplement : quelques guirlande, des petites lumières, une jolie crèche illuminée et une couronne de l’avent,  l’ambiance de Noël est là,  je la sens chaleureuse ce soir, l’effet de surprise étant passé. Nous passons à table et dégustons un bon pâté en croûte fait maison, Mimi s’empresse de sortir un pain surprise. Nous échangeons des banalités, autour d’un bon verre de crémant d’Alsace, mais Berthe est trop curieuse pour se taire.

— Alors Mimi, qu’est-ce qui vous amène ici ?

— Berthe, je te demanderai d’être discrète, c’est mon invitée, elle est avec moi.

— Aaaah, vous êtes ensemble, mais tu m’avais caché ça hein, c’est ta surprise de Noël ?

— Mais non, oooh toi, elle est avec moi pour cette veillée de Noël qu’elle n’avait pas envie de passer seule !

— Oui Joe, m’a gentiment invitée et j’ai accepté !

— D’où vous connaissez vous ?

— Mais dans la rue bien sûr, Joe a son fan club, et j’en fais partie !

— Moi je ne l’ai jamais entendu dans la rue, ça me suffit dans l’appartement d’à côté !

— Une belle voix n’est-ce pas ?

— Une voix qui porte, heureusement je dors avec des bouchons, car durant ma sieste ces vocalises m’agacent un peu. Mais ce soir c’est Noël, Joe tu nous entonnes un petit chant ?

— OK je cherche ma guitare.

— Non, j’ai mieux, je t’accompagne au piano !

— Ah !

— Guitare ou piano ?

— Je cherche ma guitare et tu nous joueras un morceau de piano après.

Je reviens sans tarder avec ma guitare et j’entonne quelques chants connus de tous, douce nuit, minuit chrétien,  il est né le divin enfant, que nous chantons tous en chœur, et je dois reconnaître que Berthe a une très jolie voix.

— A ton tour Berthe, mets-toi au piano.

Elle ajuste sa chaise, cherche quelques partitions et puis voilà que sortent sous ses doigts des notes magnifiques d’une pianiste virtuose, des morceaux classiques de Mozart ou Chopin que je reconnais bien. J’en reste coi, les larmes montent, Mimi se met à pleurer pour de bon. Berthe s’arrête de jouer et prend Mimi dans ses bras, sans rien dire, elle la prend dans ses bras comme une mère, des flots de larmes coulent sur la poitrine généreuse de Berthe, mais elle pleure aussi, elle pleure comme si elle tenait sa propre fille dans ses bras. Ces moments sont trop émouvants, je me mouche bruyamment ! Berthe ne peut contenir un petit gloussement sur cet intermède un peu surprenant, Mimi me regarde comme un enfant pris en flagrant délit, mes yeux ahuris, surgissant derrière ce grand mouchoir à carreaux, je voulais rester discret, mais ma figure doit faire l’objet d’un tableau comique qui font partir Berthe et Mimi dans un fou rire nerveux. Après les pleurs le rire, après la pluie le beau temps.

— Si on passait au dessert ? dis-je pour stopper ce fou rire gênant.

— Bonne idée passons au dessert et… distribution de cadeaux !

— Euh, Mimi je n’ai pas de cadeau pour toi.

— Mais si ! le cadeau c’est toi, c’est Berthe, j’ai deux gros cadeaux ce soir, votre amitié ! dit-elle les yeux encore rougis.

— Berthe tu m’avais caché que tu jouais si bien au piano !

— Je ne joue plus depuis que je ne vois plus ma fille.

Je n’insiste pas et Mimi sort un assortiment de pâtisseries qu’elle avait déposées sur le balcon, tandis que Berthe nous apporte une bûche de Noël glacée.

— Je l’ai achetée celle-là !

On change de conversations pour ne pas déraper dans des sujets douloureux, les larmes auront été le meilleur moyen d’expression et nous aurons soulagé tous les trois.

« Les cadeaux, les cadeaux, fais-je.

— Non d’abord le dessert, puis les cadeaux, tu fais l’enfant ce soir ! »

Mais je suis resté un enfant au fond de moi je suis impatient de donner mon cadeau à Mimi, et surtout de raconter la belle histoire qui l’accompagne. J’engloutis mon dessert, car ces mignardises sont délicieuses, je n’aime pas trop la glace, mais alors ces mignardises, je les prendrais toutes et j’ai du mal à me retenir, d’ailleurs Mimi me fait la remarque.

— Tu sais Joe j’ai pris 5 mignardises pour chacun, mais fais toi plaisir je vois que tu aimes ça !

— Et ma glace alors ? rajoute Berthe.

— Je préfère les gâteaux !

— Ça se voit ! Eh bien j’en ai fait tout plein des petits gâteaux de Noël !

— Et moi j’ai encore apporté des macarons, rajoute Mimi.

— Moi je n’ai rien rapporté du tout…

— Mais si tu as apporté ton sourire et tu nous as fait bien rire ce soir !

Cette histoire avec la police a chamboulé tout mon programme, au lieu d’aller faire mes courses j’ai dû faire mes démarches, heureusement j’ai cette lampe.

— Allez va chercher les cadeaux Joe.

Je reviens avec un paquet ! Un seul. Mimi revient avec quatre paquets !

— Tiens voilà pour toi Joe, voici pour vous Berthe !

Je déchire mes paquets comme un enfant impatient et j’y découvre une paire de mitaines, car Mimi a bien vu que les miennes étaient usées, un bonnet et un immense paquet que je n’ose ouvrir.

— Tiens Berthe, voici de ma part !

— Je suis curieuse !

— Ben ouvre, attention c’est fragile !

Elle découvre la lampe de verre, et en est béate d’admiration.

— Mais Joe, tu as dû te ruiner pour cette lampe, elle est magnifique !

— Non, non cette lampe a une belle histoire à te raconter.

— Ah bon ? il y a un fakir qui va en sortir si je l’astique ?

— Ne dis pas de bêtises, c’est une bien jolie histoire !

Berthe frotte la lampe, faisant semblant de l’astiquer avec sa manche, mais caresse aussi la forme arrondie de son abat-jour en pâte de verre.

— Attends je vais l’allumer, ça mettra de l’ambiance à ton histoire !

Elle se précipite pour la brancher et une belle lumière orangée s’en dégage rendant la pièce plus chaleureuse, son abat-jour nuancé de couleurs bleues et oranges tamisent l’atmosphère, de cet intérieur coquet, meublé à l’ancienne : des meubles antiques dont je devine néanmoins la valeur,  un style datant du début du siècle dernier, probable héritage de famille. Berthe y a rajouté sa touche personnelle avec une décoration faite avec goût. Des rideaux, des napperons et des bibelots agrémentent ce côté vieillot et accueillant, surprenant chez cette personne que j’avais déterminément cataloguée de revêche, inabordable. Berthe et Mimi attendent l’histoire de cette lampe comme un conte de Noël…Je relate les faits, me délectant de détails touchants, ponctués de oooh et de aahh avec une chute dont l’effet recherché aboutit à une petite larme qui perle sur la joue de Berthe.

— Ah non tu ne vas pas recommencer à pleurer !

— Non, non merci Joe, pour ce beau cadeau, je la tourne dans ce sens et on ne verra pas cette petite brèche. Regarde comme ça fait joli !

— Ah oui cette lampe près du piano enlumine la pièce !

Mimi semble songeuse et ne dit rien. Serait-elle jalouse de n’avoir aucun cadeau de ma part ?

— Alors Joe tu n’ouvres pas l’autre paquet ?

C’était donc ça ? A vrai dire il me semble énorme, trop gros pour moi.

— Mais bien sûr je vais l’ouvrir !

Je prends ce paquet, il n’est pas lourd mais volumineux…je l’ouvre et j’y découvre une très belle doudoune à capuche qui me sied à merveille.

— Je peux l’échanger si elle ne te plait pas et pour la taille aussi je ne suis pas certaine…

— Mais Mimi c’est trop beau pour moi, merci !

— Non pas trop beau, et elle te va bien, je suis contente !

— Je voulais m’en acheter une pour les soldes, comment tu as deviné ?

— J’ai vu que la tienne était fatiguée. Hé Berthe ouvrez votre paquet !

A son tour de découvrir de bonnes pantoufles chaudes, un peu trop grandes certes, mais « avec mes pieds qui gonflent tout le temps… je vais les garder» dit-elle.

Pour terminer, Berthe, me tend un paquet contenant un pull qu’elle a tricoté elle-même, ce geste me touche particulièrement, elle me chouchoute. Me voilà paré pour l’hiver.

Et la soirée se poursuit ainsi rythmée de moments de joies et de nostalgie, chacun ravalant ses souvenirs et oubliant les absents, si présents dans les cœurs, et l’on aurait tant voulu qu’ils soient là. Noël, la fête la plus triste de l’année, celle où l’on se souvient qu’un pauvre passera sa nuit dehors, celle où l’on pense à la famille. On y pense toute l’année, mais c’est à Noël que tout est organisé pour remuer le couteau dans la plaie. Des papiers-cadeaux déchirés trainent dans le salon, Berthe se charge de plier ceux qu’elle peut récupérer « pour l’année prochaine » dit-elle ! Mimi range la vaisselle que nous avons faite ensemble.

— Voilà c’est fini, dit-elle comme si elle était soulagée, Noël est passé, je vais rentrer.

— Déjà ? demande Berthe.

— Bien sûr, après il sera trop tard et il y aura des gens ivres sur la route.

— Restez dormir chez moi, il y a de quoi pour demain, nous passerons la journée ensemble.

— Ah oui je veux bien !

Berthe prépare un bon canapé lit pour Mimi, je rentre chez moi.

— A moins que vous ne vouliez dormir chez Joe ???

— Mais Berthe, je vais me fâcher ! non elle dort chez toi.

— C’était pour rire !

— Bonne nuit !

— Ne te fâche pas Joe, bonne nuit à demain.

Berthe et Mimi échangent encore de longues heures avant de s’endormir. L’une parlant de sa fille, l’autre de son mari… Quel beau Noël ! L’année dernière c’était à l’armée du salut, seul au milieu de plein d’inconnus pour lesquels j’ai chanté, cette année je pourrai dire Noël en famille, car oui je considère Berthe et Mimi comme faisant partie de ma famille. Berthe comme une maman, cette maman que je n’ai plus,  Mimi comme une sœur, ma sœur que je ne vois plus, manquait plus qu’un « père » ce père que je n’ai jamais connu. Cette nuit je dors comme un bébé, remerciant Dieu pour ces fenêtres de justice qui se sont ouvertes : une lampe tombée du ciel, un marchand repentant, des policiers cléments, une femme qui a osé quitter son mari violent, une amitié naissante entre Berthe et Mimi et tous ces cadeaux destinés à me couvrir, me réchauffent aussi le cœur. Je m’endors en louant Dieu pour ses bienfaits et je me souviens du plus beau cadeau :  ce jour où Son Fils est descendu et s’est fait chair pour nous, sous la forme d’un bébé, quelle humilité ! Nous l’avons fêté ce soir, Il était au milieu de nous.

Que les cieux répandent d’en haut Et que les nuées laissent couler la justice! Que la terre s’ouvre, que le salut y fructifie, Et qu’il en sorte à la fois la délivrance! Moi, l’Éternel, je crée ces choses. » Ésaïe 45 : 8

Grâce aux entrailles de la miséricorde de notre Dieu, En vertu de laquelle le soleil levant nous a visités d’en haut, Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, Pour diriger nos pas dans le chemin de la paix. » Luc 1 : 78-79

Cette histoire en partie vraie, est l’extrait de mon livre paru en édition à compte d’auteur sous le titre « Un soleil dans la rue » dont vous trouverez la couverture et le résumé ci-dessous. Le livre est illustré et agrémenté de poèmes.

Ce texte est une réponse au défi d’écriture #13 : une fenêtre de justice

2 réflexions au sujet de “Les Noël se suivent et ne se ressemblent pas”

  1. BRAVO ! FORMIDABLE ! Un véritable régal avant Noël. Que de talent, j’aimerai pouvoir écrire comme vous, avoir votre don. Merci Seigneur Jésus – Christ, merci cher Saint – Esprit. Que notre Père céleste vous bénisse abondamment et richement avec toute sa Grâce et son Amour tous les jours de votre vie et pour l’éternité !
    Roland Jean Martin Bessey et Marie France

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