Enfants

Le premier prix (3/3)

Chapitre 3

Les enfants quittèrent le chalet et rentrèrent au village, racontant aux parents de Salomé et d’Hugo la triste histoire qu’ils venaient d’apprendre. Ils parlèrent de leur projet d’aller trouver le fils du berger et fourbirent leurs armes… ou plutôt étudièrent tous les scénarios qui leur passaient par la tête, réfléchissant comment s’y prendre au mieux à chaque fois. Enfin, ils prièrent tous ensemble pour cette entrevue.

Quelques heures plus tard, Hugo, Salomé, Patrice, Liliane et Monsieur Georges arpentaient les rues de la ville. Ils s’arrêtèrent devant le numéro 17 du chemin des Vendanges.

« C’est là, dit le berger la gorge nouée.

– Alors on y va ? » demanda Salomé.

Il hocha la tête.

« J’vous attends un peu plus loin…

– Je reste avec vous, si vous voulez, offrit Liliane.

– Volontiers, ma p’tite demoiselle. J’me sentirai moins seul. »

Hugo sonna. Bientôt la poignée s’abaissa et la porte tourna sur ses gonds. Un jeune homme d’allure sportive, les cheveux châtain, apparut dans l’encadrement. Il avait effectivement un léger air de ressemblance avec Patrice. Voilà donc Flavien, le fils du berger.

« Bonjour ! commença Hugo. Notre village organise une grande course de trottinherbe ce samedi et nous cherchons encore des sponsors !

– Sponsor ? Moi ? s’étonna le jeune homme.

– Pourquoi pas ? demanda Salomé. Vous avez l’air tellement sportif ! Je suis sûre qu’à notre âge, vous auriez participé à une telle course ! »

Le jeune homme sourit.

« T’as raison, j’en ratais pas une. Et combien ça coûte pour être sponsor ?

– Ça dépend l’option que vous choisissez » expliqua Patrice.

Flavien se tourna vers lui et regarda avec surprise ce garçon couvert de la tête aux pieds. Pas un centimètre carré de peau ne dépassait.

« Je ne sais pas si tu as remarqué, mais on est en été et il fait chaud…

– Je sais. J’ai joué avec la berce du Caucase, expliqua Patrice. Ça vous est jamais arrivé, à vous ? »

Ils savaient tous que oui, mais étaient tendus en attendant la réponse. C’était l’amorce convenue.

Le jeune homme hocha doucement la tête.

« Oui, j’ai aussi fait cette bêtise. J’avais à peu près ton âge, d’ailleurs…

– J’ai eu beaucoup de chance, poursuivit Patrice. Un berger m’a protégé du soleil. Si vous aviez vu l’allure que j’avais ! Mes chaussettes en guise de gants, une veste autour de chaque jambe et une autre par-dessus la tête. Rose, en plus ! La honte ! Mais c’était mieux que d’avoir des cloques… »

Le visage du jeune homme s’était refermé.

« Vous le connaissez bien, ce berger ?

– Un peu, répondit Hugo. On habite le même village. On l’aime bien.

– Même que je lui ai dit qu’il était monstrueux, enchaîna Salomé.

– Monstrueux ? »

Salomé rougit, baissa la tête et bafouilla :

« Je parle toujours un peu trop vite. C’est parce qu’il avait chassé son fils. Mais il aimerait bien le revoir. »

Le jeune homme les examina les uns après les autres.

« Je veux bien être sponsor de la course » lâcha-t-il pour changer de sujet.

Hugo prit une feuille.

« Il me faut vos coordonnées. Nom, prénom…

– Dites, Monsieur, l’interrompit Salomé, vous viendrez voir la course ?

– J’espère gagner le premier prix, précisa Patrice.

– Rien que ça ! s’esclaffa le jeune homme.

– Je parie que vous en avez gagné plein, vous !

– T’as raison, se dérida-t-il.

– Vous pouvez même en gagner un nouveau cette fois-ci, proposa Salomé avec sa spontanéité naturelle.

– Ah oui ? Et lequel ? »

Elle le regarda sérieusement.

« Celui du pardon et de la réconciliation. »

Flavien se tut un moment.

« Ne restons pas ici, lâcha-t-il enfin. Entrez un instant. Nous serons plus à l’aise pour parler. »

Liliane, qui guettait derrière l’angle d’une maison, les vit pénétrer dans l’appartement de Flavien.

« Aïe, aïe, aïe, soupira le berger.

– Que voulez-vous dire ? s’alarma Liliane. Votre fils pourrait être dangereux ?

– J’pensais seulement que j’vous ai promis d’lui demander pardon… C’est pas facile, tu sais.

– Oh, je sais, dit Liliane. Mais vous pourriez avoir de l’aide, si vous vouliez.

– Comment ?

– En priant Dieu.

– Dieu ? Oh, mais je le prie, ma p’tite demoiselle ! J’vais à la messe de temps en temps ! Je récite même le Notre Père et l’Ave Maria.

– Mais ce n’est pas comme ça qu’il faut le prier, Monsieur Georges.

– Ah non ? Et comment donc ?

– En le cherchant sincèrement. De tout votre cœur. Avec vos propres mots. Et puis, ce n’est pas Marie qu’il faut prier, mais Jésus. Et pour commencer… »

Liliane s’interrompit, gênée. Elle se sentait terriblement embarrassée de faire la morale à une grande personne !

« Pour commencer… répéta Monsieur Georges.

– Vous… vous devriez lui demander pardon.

– Quoi ?! s’offusqua le berger. A lui aussi ? Ah mais j’ai pas envie de faire toujours le premier pas, moi !

– C’est lui qui a fait le premier pas, le corrigea courageusement Liliane.

– Ah ouais ? s’étonna le berger. Raconte ? »

Liliane prit une grande inspiration :

« Vous savez, Jésus il est le Fils de Dieu, mais il a accepté de mourir pour nous ! Il a donné sa vie parfaite pour que nous puissions être sauvés. Vous ne trouvez pas que c’est un premier pas de géant ? »

Le berger hocha doucement la tête. Liliane reprit un peu d’assurance.

« Quand je fais quelque chose de mal, ça me rend triste, parce que j’ai fait de la peine à Dieu. Alors je lui demande pardon. Et il me pardonne toujours, vu que Jésus a déjà été puni à ma place. Et pour vous ça peut être pareil… Il faut seulement croire en Jésus et demander sincèrement pardon pour le mal que vous avez fait. »

Pendant ce temps, Salomé, Hugo et Patrice avaient suivi le jeune homme à l’intérieur. Au mur de son salon, il y avait un poster de l’équipe du FC Sion et un autre de l’OM, le club de Marseille. Des maillots et un ballon de foot, tous dédicacés, trônaient dans une vitrine. Patrice les regarda avec intérêt, puis s’assit à côté de ses cousins. Flavien leur offrit un jus de fruit et se tourna vers ses visiteurs.

« Inutile de continuer à tourner autour du pot. Le berger que vous avez rencontré est mon père et il vous a envoyés vers moi. Il n’osait donc pas venir lui-même ?

– Il avait peur que vous ne vouliez pas le recevoir, expliqua Hugo. Mais il est là, dans la rue, prêt à venir en personne.

– Il m’a chassé pour toujours ! lâcha-t-il froidement.

– Il veut vous demander pardon, si seulement vous acceptez de le revoir.

– Pardon ? explosa Flavien. Après ce qu’il m’a fait ?

– Je peux vous poser une question mal polie ? » demanda timidement Salomé. En même temps, elle priait que Dieu l’aide à garder la mesure de ses paroles.

« Vas-y, soupira-t-il.

– Et vous ? Vous n’avez rien à vous reprocher ? Vous avez été un bon fils pour lui ? »

Flavien la fusilla du regard, mais elle avait fait mouche. Il se leva brusquement et fit les cent pas. Les enfants se sentaient mal à l’aise. Finalement, Patrice s’approcha de lui.

« Monsieur… Votre père aussi a du mal à vous pardonner. Vous vous êtes blessés mutuellement. Cet accident que j’ai eu avec la berce lui a fait penser à vous. Il paraît aussi que nous nous ressemblons un peu. »

Pour appuyer ses dires, il ôta son foulard et ses lunettes. Flavien le dévisagea et repensa à lui-même, quand il avait douze ans. Il était encore heureux, à cet âge-là…

« Comme vous, j’aime le sport et j’aime gagner. Je veux toujours le premier prix et à cause de cela, j’ai été… très désagréable avec ma sœur et mes cousins. Mais hier, j’ai compris que je poursuivais le mauvais prix. »

Flavien observait son interlocuteur. Ils avaient environ dix ans de différence, mais ce grand garçon était à peine plus petit que lui. Patrice prit son courage à deux mains et se lança dans l’un des discours qu’il avait préparé avec son oncle et sa tante.

« La course que je veux gagner, continua Patrice, c’est celle de la foi. Le prix que je veux recevoir, c’est celui que Dieu me donnera. »

Flavien fit une grimace.

« C’est facile pour toi, cracha-t-il.

– Non, Monsieur. Je suis très orgueilleux. C’est une course difficile. Et c’est très difficile pour moi de demander pardon. Pourtant, c’est ce que Dieu veut. Et c’est ce que j’ai fini par faire hier soir. »

Maladroitement, Patrice tenta de lui parler de Dieu, de sa parfaite sainteté, de sa justice, de son amour. Il parla de Jésus, le Fils de Dieu :

« Jésus, il est mon Dieu, mais aussi mon héros, précisa-t-il. Il a gagné tous les meilleurs premiers prix : celui de la persévérance, celui de la justice, celui de la franchise, de l’amour, de l’humilité… et plein d’autres encore… J’aimerais bien lui ressembler… »

Flavien ne put empêcher un sourire sceptique devant la tirade de Patrice.

« T’es pas un peu fanatique ?

– Euh… oui, je suis fan… Vous trouvez que c’est mieux d’être fan de foot ? »

Flavien eut un petit rire franc.

« Bien, bien… va dire à mon père que j’accepte de le revoir. »

Hugo courut chercher le berger, puis les enfants s’éclipsèrent discrètement. Pour la première fois, Monsieur Georges entra dans l’appartement de son fils. Celui-ci se tenait droit et raide au milieu du salon, les poings crispés. Le berger baissa un moment la tête, se racla la gorge et regarda son fils.

« Flavien… je… j’te demande pardon, balbutia-t-il la voix rauque. Je… j’aurais pas dû t’chasser. C’est… c’était… monstrueux » lâcha-t-il enfin en repensant à l’expression de Salomé.

En face, Flavien relâchait doucement ses muscles. Ses mains se mirent à trembler.

« Tu m’as manqué » ajouta encore doucement le berger en faisant un pas de plus dans le séjour.

« Papa ! »

Flavien courut se jeter dans les bras de son père. Devant ses yeux défilaient les images de cette sombre période qui avait suivi la mort de sa maman. Il en était devenu fou de douleur. Dans l’excès de sa souffrance, il s’en était violemment pris à son père.

« Moi aussi j’ai été monstrueux avec toi, avoua-t-il enfin. Je te demande pardon, papa. »

Les deux hommes s’assirent côte à côte dans le canapé et se turent assez longuement.

« Elle a été très malade… » soupira le berger en repensant à sa chère épouse. Ses yeux s’embrumèrent.

« C’était pas de ta faute, confessa Flavien. Tu l’aimais beaucoup.

– Toi aussi, tu l’aimais beaucoup. »

Il opina silencieusement.

« J’ai promis de sponsoriser la course de trottinherbe, expliqua-t-il à son père. J’irai la voir. Tu viendras avec moi ? »

Le berger prit ses mains entre les siennes et les serra fortement.

« J’viendrai avec toi. Et ces gamins-là, ils auront toujours une place dans mon cœur. C’est grâce à eux que j’t’ai r’trouvé. »

Flavien lui sourit. Il n’allait pas les oublier non plus !

*

Le samedi arriva enfin. Les quatre cousins montèrent dans le funiculaire au milieu d’une cohue d’enfants surexcités. Malgré le brouhaha, ils essayaient de parcourir le libretto de la course. Là, dans la rubrique des sponsors, se trouvait le nom de Flavien Georges. Ils se sourirent. Ce dernier avait promis de les attendre à l’arrivée en compagnie de son père. Quelle merveilleuse réponse à leurs prières.

Ils étaient à nouveau à l’air libre et Salomé secoua ses boucles rousses avec un rire léger. Elle se réjouissait de cette journée. A cet instant, Hugo s’entendit interpellé :

« Hé ! Le Rouillé ! T’es là aussi ? »

Hugo se retourna et sourit à Xavier, le fils du boulanger, qui accourait vers lui.

« Alors, tu fais aussi la course ? demanda Xavier.

– Oui, répondit Hugo. Nous participons tous les quatre. Et figure-toi que Patrice espère aller plus vite que toi !

– Ah ouais ?! »

Xavier dévisagea Patrice comme s’ils ne s’étaient jamais vus, essayant de le jauger.

« Je ne peux pas participer à une course sans vouloir la gagner, dit Patrice comme pour s’excuser.

– Je suis comme toi, approuva Xavier. Mais dans les courses, il n’y a qu’un gagnant.

– Ça reste à voir… » murmura Salomé à l’oreille de sa cousine. Toutes deux échangèrent un regard complice. Elles n’avaient pas oublié que l’affiche promettait de nombreux prix.

Ils arrivèrent au point de départ et enfilèrent leurs dossards. Liliane regarda avec appréhension la pente. Il y avait bien deux pistes ; l’une plus difficile et l’autre plus aisée. Mais même celle-ci lui paraissait raide et dangereuse. Qu’est-ce qui lui avait pris d’accepter de concourir ? Elle allait être la risée de tout le monde ! Surtout que des spectateurs se tenaient le long des parcours. Devant elle, Xavier s’élança à tombeau ouvert. Elle se retourna et jeta un œil à son frère. Il était terriblement concentré et essayait de se remémorer le chemin qu’il était venu reconnaître la veille. A côté d’elle, Hugo cachait ses cheveux roux sous son casque. Liliane soupira et mit aussi le sien. Bientôt, elle allait s’élancer sur la piste de gauche, la plus facile et son cousin sur celle de droite.

« Prêts ? Partez… Feu !

Hugo sauta sur sa trottinette et s’élança. Il disparut bientôt à sa vue. Liliane déglutit difficilement. Soudain, quelqu’un lui toucha l’épaule. Elle sursauta et tourna la tête. Le starter se penchait gentiment vers elle :

« J’ai donné le départ, tu peux y aller maintenant. »

Liliane ne répondit pas. L’homme considéra son visage livide.

« Si tu as peur, tu n’es pas obligée de partir…

– Non, murmura-t-elle, j’ai promis de participer…

– Alors vas-y ! Plus tu attendras, plus tu auras peur ! »

Liliane serra les dents et partit, appuyant de tout son poids sur le frein.

Salomé et Patrice s’avancèrent. Quelques instants plus tard, leur départ sonna aussi :

« Prêts ? Partez… Feu ! »

Salomé ne traîna pas pour partir, mais quand elle leva les yeux, Patrice était déjà loin devant. Ses muscles étaient souples, mais sa concentration maximale. Un virage à gauche, un virage à droite. Une courte montée, une descente abrupte entre les arbres. Sur l’autre piste, Salomé avançait à bonne allure, sans traîner, mais sans prendre de risque non plus. Elle avait juste envie de se faire plaisir. Patrice, quant à lui, fonçait. Son parcours était plus long, plus sinueux, semé d’embûches et cela lui plaisait. Un virage en épingle de cheveux, un saut, un étroit goulot. L’adrénaline tenait tous ses sens en éveil. Attention ! A nouveau un passage en forêt ! Des racines hérissaient le chemin, les cailloux giclaient. Il quitta les bois et jeta sa « monture » en bas du pâturage. Salomé, légèrement en amont, traversait justement le même herbage. Son parcours à elle avait été nettement moins accidenté. Elle jeta un œil dans la direction de son cousin. Il allait à une vitesse folle. Peut-être allait-il battre Xavier ? Mais soudain, sa trottinette dérapa. Patrice parvint à peu près à la redresser, mais déjà devant lui, un arbre solitaire dressait ses racines sur le chemin. Il fit une embardée et quitta la piste. Patrice freina de toutes ses forces, mais sa trottinette heurta un amas de rochers. Salomé s’était arrêtée, pétrifiée. Non loin d’elle, Patrice fut projeté par-dessus son guidon. Il retomba à terre, fit plusieurs roulades et termina sa course dans un fourré. Salomé grimaça, puis bascula son poids vers la droite et roula aussi vite qu’elle l’osa à travers l’herbe courte. Des spectateurs accouraient aussi de tous côtés. Patrice se relevait déjà. Il était tout écorché et du sang coulait, tachant ses vêtements. Il vérifia rapidement si son casque avait bien tenu. Ouf ! Il était reconnaissant de l’avoir mis ! Un témoin s’approcha de lui, inquiet.

« Eh ! ça va ? »

Patrice regarda vers le chemin. Quelqu’un y arrivait en trottinette et lui faisait des grands signes.

« Eh ! ça va ? reprit la voix.

– Ouais, super ! »

Aussitôt, le garçon escalada au pas de course les quelques mètres qui le séparaient de la piste.

« Salomé ! 

– Dépêche-toi, Patrice ! » Elle lui mit son guidon dans les mains.

« Mais…

– Non, vas-y ! »

Patrice la remercia du regard et partit à fond de train, tentant de rattraper le temps perdu. Quelle brave cousine il avait, quand même !

Pendant ce temps, Salomé attendait. Un jeune homme remontait la pente avec la trottinette de Patrice.

« Merci ! lui dit Salomé quand il arriva à sa hauteur.

– Attends, je te la monte jusqu’à ton parcours.

– Merci beaucoup ! Je n’avais vraiment pas envie de la pousser sur cette montée ! »

Elle reprit bientôt elle aussi la course. Elle avait perdu beaucoup de temps, mais qu’importe ! Elle était contente d’avoir pu aider Patrice. Pour elle, gagner n’était pas important. Une minute après, elle franchissait la ligne d’arrivée.

« Salomé ! »

Elle sauta au bas de sa trottinette et vit Patrice accourir au-devant d’elle.

« Patrice ! Oh ! Comme tu t’es fait mal ! »

Il avait le visage et les mains rabotés, les vêtements sales et déchirés.

« Salomé ! T’as été vachement chique !

– Tu ne souffres pas trop ? Ça va ?

– J’ai fait une fameuse gamelle !

– J’ai presque eu peur pour toi !

– Presque ? s’esclaffa-t-il.

– J’étais sûre que tu savais tomber comme un champion ! »

Patrice ne put s’empêcher de rire. Il avait quand même eu un peu peur.

« Je vais vite me laver.

– Va te faire soigner plutôt ! »

Il partit, un peu plus raide que d’habitude, mais n’eut pas à aller bien loin. On s’inquiétait pour lui et une infirmière s’empressa de panser ses plaies.

Bientôt le micro grésilla et tous tendirent l’oreille. Les quatre cousins se tenaient près des parents d’Hugo et de Salomé. Flavien et son père les avaient aussi rejoints.

« Mesdames et Messieurs, nous allons passer à la remise des prix. Pour commencer, le premier prix de la prudence, avec un temps de 20 minutes et 47 secondes : je vous demande d’applaudir Dominique ! »

Des exclamations fusèrent et les applaudissements crépitèrent. Ce prix avait amené le sourire sur bien des visages.

« Oh ! je n’ai même pas été la plus lente ! » s’étonna Liliane, émerveillée.

Le micro grésilla à nouveau :

« Le premier prix du courage : Liliane ! »

La jeune fille rougit jusqu’à la racine des cheveux et s’avança. Elle ne se trouvait pas tellement courageuse.

« Toutes nos félicitations, Liliane, d’avoir osé participer à la course malgré ta grande frayeur ! »

Le juge lui passa un ruban par-dessus la tête et Liliane contempla la petite médaille d’acier qui se balançait sur sa poitrine. Mais déjà le speaker continuait :

« Poursuivons avec le premier prix du style… »

Il y eut le premier prix de la bonne humeur, celui de l’encouragement, celui de la patience, celui de la persévérance et beaucoup d’autres encore.

« Maintenant, le prix que vous attendez tous ! Le premier prix de la vitesse avec un temps de 3 minutes et 21 secondes : Xavier ! »

Un tonnerre d’applaudissement s’éleva et le fils du boulanger, rayonnant et fier, alla chercher sa médaille.

« Oh ! fit Patrice. Je n’ai fait que 8 secondes de plus que lui. Si je n’étais pas tombé… »

« Et puis, nasilla la voix, la plus haute distinction entre toutes : le premier prix du fair-play : Salomé ! »

Non, elle ne s’y attendait pas, mais déjà Patrice, Hugo et Liliane la poussaient en avant.

« Tu as sacrifié ta course pour aider ton concurrent : tu as un grand cœur, bravo Salomé ! J’ai l’honneur de te remettre cette médaille en cuivre véritable ! Elle vaut de l’or ! »

Tous les spectateurs l’applaudirent chaleureusement ; et tout particulièrement ceux qui avaient assisté à la chute de Patrice.

« Et pour terminer, un prix inédit : le premier prix de la plus belle gamelle ! J’appelle Patrice ! »

Patrice pouffa et alla chercher son prix. Le juge lui remit sa médaille, lui tapa sur l’épaule et lui dit : « On ne t’aurait jamais remis ce prix si tu t’étais vraiment fait mal. Mais tu as su tomber et te relever comme un champion : bravo ! »

Patrice rejoignit sa famille dans le brouhaha des gens qui s’interpellaient, se félicitaient et commentaient le déroulement de la course.

« Alors, le taquina Flavien, tu l’as eu ton premier prix !

– Ouais, et tu sais quoi ? répliqua Patrice en oubliant de le vouvoyer, j’en suis très content !

– Ah ouais ? s’exclama-t-il un peu moqueur.

– Ben, c’est vachement important de savoir se relever quand on est tombé ! Tu ne trouves pas ?

– T’as raison, gamin, sourit le berger. J’suis même fier de toi !

– Vraiment ? s’étonna Patrice. Pourquoi ?

– T’as laissé tomber ta fierté !

– Et nous, on a aussi des prix à remettre ! » s’écria Hugo avec un air énigmatique. Il plongea sa main dans sa poche et en ressortit deux médailles en carton.

« C’est Liliane qui les a décorées, précisa Salomé.

– Qu’est-ce que c’est ? demanda Flavien.

– Le prix qu’on vous avait promis : celui du pardon et de la réconciliation. »

Solennellement, Hugo et Salomé remirent les médailles au berger et à son fils. Emus, les deux hommes se serrèrent dans les bras. Quand l’instant d’émotion fut passé, ils examinèrent plus attentivement le rond de carton.

« Dis-voir, remarqua Flavien, c’est marqué « deuxième prix du pardon et de la réconciliation» pourtant, vous, vous avez tous reçu un premier prix !

– C’est parce que ce premier prix-là, expliqua très sérieusement Salomé, c’est Dieu seul qui peut le donner.

– On le reçoit quand on croit en Jésus, qu’on demande pardon à Dieu et qu’on se réconcilie avec lui, enchaîna Hugo.

– Même que Dieu le donne toujours avec plaisir si on le lui demande, assura Liliane.

– Et c’est le premier prix le plus important de tous » conclut Patrice.

FIN

5 réflexions au sujet de “Le premier prix (3/3)”

  1. Merci Marina de publier des histoires remplies de sens, de paysages de chez nous et de complicités. Merci de tourner nos regards vers Celui qui nous réconcilie avec le Père. Bonne suite et QLSTB 😉

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