Par Martin Alcione
Note : Ce conte a gagné notre concours de contes sur le thème « Grâce infinie » (catégorie adultes). Vous pouvez le retrouver dans le livre numérique gratuit ou dans l’édition papier des Contes de la Grâce (BLF Store).
Il y avait une fois vingt-cinq soldats de plomb, tous frères, car ils étaient nés d’une vieille batterie recyclée. Quelle fière allure ils avaient tous ! On aurait dit la petite armée du conte d’Andersen. L’Intrépide Soldat de plomb trônait d’ailleurs fièrement juste à côté de notre régiment. La couverture montrait un soldat de plomb unijambiste, les yeux dans le vague, embarqué sur un bateau de papier au milieu des flots déchaînés.
Nos soldats se tenaient tous sur leurs deux jambes, car la batterie contenait assez de plomb pour tous. Ils portaient fièrement un plastron blanc rehaussé par une veste bleue, de larges épaulettes et des bonnets en fourrure d’ours noirs, ornés de plumeaux rouges. C’était l’unité d’élite de la Garde impériale de la Grande Armée de Napoléon. Chaque grenadier était armé d’une épée et d’un long fusil à baïonnette sur l’épaule droite, dont la crosse reposait sur le sol. Ce point d’appui supplémentaire les rendait particulièrement difficiles à faire basculer dans la bataille.
L’un d’entre eux, cependant, ne portait pas d’armes. C’était le tambour de la troupe. Il était plus instable, mais pas moins utile que les autres.
