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Ville : sous les lumières

Par Alain Rousseau, en réponse au défi d’écriture 27 « Écris la ville »

            Où m’avez-vous mené
            Vous les Parques et les Moires ?
            A ma vingtième année
            De sinistre mémoire
            Vous m’avez enlevé
De mon bourg du Poitou, petit hameau tranquille
En m’éloignant des miens et me jetant en ville.

            Adieu bêtes au repos
            Dans leurs vertes pâtures,
            Bonjour à vous motos
            Camions, cars et voitures
            Et maintenant vélos.
Et moi qui méditais heureux en solitude
Je me heurte aujourd’hui à une multitude.

Mes pieds, sans le savoir, cherchaient la terre meuble
Contente de porter mon corps appesanti.
Je trouvai un asphalte, des trous emplis de pluie,
Les arbres remplacés par de vilains immeubles.

Et puis je découvris un jardin merveilleux,
Des enfants endiablés jouaient, couraient, riaient,
Quelques fleurs embaumaient et le soleil brillait.
Je vois depuis ce jour avec de nouveaux yeux.

Je découvris comment l’Humanité progresse
Par ces liens incessants qui enserrent les vies
Tels neurones dressés par le goût et l’envie
D’obtenir pour chacun du grand bonheur l’ivresse.

Ville, tu es fusion de la science et des jeux,
Arènes impitoyables et temples offerts aux dieux,
Tours de fer s’élançant pour atteindre le ciel,
Opéras extrayant de toutes notes le miel.

Ville, tu es miracle envers l’homme souffrant,
Ville, tu es justice envers l’homme confiant,
Ville, tu es Lumière attirant les orgueils,
Ville, tu es Puissance avant d’être le Deuil.

Tu es magnificence et je suis ébloui,
Mais es indifférence pour les pauvres et petits.
Tu veux être festive et régner sur les cœurs
Mais tu fermes les yeux sur les troubles et malheurs.

Alors, signe du ciel, Atropos viens me voir,
Coupe de tes ciseaux mon long fil citadin.
Que Lachésis répare mon tissu poitevin
Et à la grande ville je dirai le bonsoir.

Alain Rousseau

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