Bonjour ! Moi c’est Ruben !
J’habite à Capernaüm, dont le joli nom signifie « village de la compassion ».
Comme tous les hommes de là-bas je suis pêcheur.
Si on vous dit que Capernaüm est un petit village de pêcheurs bien tranquille où il ne se passe jamais rien de passionnant et d’excitant ne le croyez surtout pas !
Pendant trois ans nous avons vécu des semaines d’effervescence à répétition !
Tout a commencé avec la disparition de quatre pêcheurs ; Simon et son frère André et deux autres frères, Jacques et Jean.
C’est Zébédée, le père de ces derniers, qui m’a tout raconté quand je suis arrivé au bord du lac pour la pêche de nuit ! Il était effondré… Il me raconta : « Un certain Jésus est passé par là et leur a simplement dit : Suivez-moi et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Ben tu me crois ou pas… ils ont abandonné leur travail et ils l’ont suivi ! Pêcheurs d’hommes, pêcheurs d’hommes ! Que voulait-il dire par là ? Je ne sais pas ! Je ne sais plus ! Deux paires de bras en moins, et pas n’importe lesquels ! Je reste seul avec juste quelques ouvriers pour faire tourner ma grosse entreprise. Et tout ce poisson pêché ce matin même ! Je ne plus où donner de la tête ! Ça va faire jaser tout Capernaüm ! »
Pauvre Zébédée…il me faisait de la peine…
Quelques temps plus tard… je ne pourrai pas dire exactement combien de temps après, Jésus est revenu un jour de sabbat avec sa grosse troupe de suiveurs. Ils se sont rendus à la synagogue où Jésus a lu un passage des Ecritures et a fortement impressionné tout son auditoire par son enseignement. Il parlait avec bien plus d’autorité que tous nos spécialistes de la loi.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là !
Il y avait dans l’assistance un homme possédé par un esprit mauvais qui criait à qui voulait l’entendre que Jésus était envoyé par Dieu. Pour le faire taire Jésus l’a chassé et l’homme a été délivré de son mal… Vous imaginez ? Une guérison le jour du sabbat !!! C’était inimaginable ! Un vrai scandale pour les religieux !
Mais Jésus et ses disciples ont quitté la synagogue comme si de rien n’était et se sont rendus dans la maison de Simon et André. Jusque tard dans la nuit il y a eu un défilé de malades qu’il a tous guéris. La ville entière se pressait devant la porte…
Le lendemain ils avaient tous disparus.
Il paraît que Jésus avait à faire ailleurs en Galilée !
Nous étions très déçus, car nous avions projeté d’amener, le jour d’après, notre ami Joseph auprès de Jésus pour qu’il le guérise… quand il y aurait moins de monde…
Je dis « nous », car je faisais partie depuis l’enfance d’un groupe d’amis que les gens de Capernaüm appelaient « le club des cinq » !
Ah, vous connaissez ? V
Oh! Mais vous devez confondre avec un autre club des cinq !
On nous avait surnommé ainsi à cause de nos prénoms : Siméon, Aser, Juda, Joseph et moi Ruben !
Vous comprenez maintenant pourquoi on nous appelait ainsi ?
Non?
Ben voyons, nous portions tous les cinq le prénom d’un des fils de notre ancêtre Jacob !
Notre ami Joseph était paralysé des jambes depuis sa naissance. Mais cela ne nous empêchait de faire les quatre cents coups ensemble. Nous l’emmenions partout avec nous et nous le portions sur notre dos à tour de rôle.
Mais l’enfance passa vite et il devint trop lourd… et nous, les quatre autres, devions travailler chacun dans l’entreprise familiale.
Oh, nous n’avons pas abandonné Joseph pour autant ! Avec deux grosses branches bien droites et une couverture en poils de chèvre tissée par sa mère nous avons fabriqué un solide brancard pour le déplacer.
Joseph était très reconnaissant pour tout ce que nous faisions pour lui. En effet, chez nous les personnes handicapées étaient souvent abandonnées à leur triste sort. C’est tout juste si on les nourrissait… elles devaient mendier pour être utiles à leur famille.
Joseph mendiait donc au coin de la rue où il habitait avec sa mère. De temps en temps, de retour de la pêche, nous le cherchions pour le transporter au bord du lac et nous discutions avec lui de choses et d’autres tout en raccommodant nos filets. De choses et d’autres, oui, mais surtout de notre déception e ne pas avoir rencontré Jésus pour qu’il guérisse Joseph !
Et voilà qu’un jour le bruit courut que Jésus était de retour !
C’était l’occasion ou jamais de lui amener notre Joseph !
Nous avons lâché nos filets et, ni une ni deux, nous voilà en train de courir chez notre ami, de l’étendre sur son brancard et de partir le plus vite possible vers la maison de Simon.
Oh non ! Ce n’était pas possible ! La foule était aussi immense et dense que la dernière fois ! Si nous voulions approcher Jésus il fallait faire preuve d’audace et de culot !
– Pardon, pardon, vous pouvez nous laisser passer ?
– Eh ! Ne poussez pas votre brancard dans mes jambes !
– Pouvez-vous vous écarter un peu ? Nous amenons un ami à Jésus !
– Premier arrivé, premier servi ! Attendez votre tour comme tout le monde !
– Ayez pitié de notre ami ! Son seul espoir d’être guéri c’est d’approcher Jésus !
– Eh, écartez-vous ne me touchez pas ! C’est homme est impur !
– S’il vous plait, nous aimerions passer !
– Mais arrêtez de resquiller ! J’étais là avant vous !
Nous n’avancions pas vraiment… c’était la bousculade !!! Beaucoup de gens étaient venus des autres villages. Nous commencions à nous décourager et tout semblait bloqué. Une telle indifférence des gens envers notre ami nous révoltait !
C’est Aser qui, le premier, a pensé à l’escalier sur le côté de la maison dont l’accès était un peu moins encombré. Les gens s’agglutinaient face à la porte d’entrée, mais le toit semblait assez accessible. J’ai suivi son regard…
– Ruben, tu penses à la même chose que moi ?
Il a vu à mon sourire et mon clin d’œil que j’avais compris ce qu’il voulait tenter… monter sur le toit et faire une ouverture au-dessus de l’endroit où se tenait Jésus.
Au lieu de continuer à avancer, nous nous sommes peu à peu déplacés vers le côté. Il y avait beaucoup de monde par là aussi, mais la foule était moins dense, nous avions plus de marge de manoeuvre.
Au bout de beaucoup de « Pardon ! », de « S’il vous plait ! » et de « Merci ! » nous sommes arrivés au pied de l’escalier.
– Accroche-toi, Joseph ! ça va pencher sec !
Heureusement Joseph avait exercé ses bras à garder toute leur mobilité et leurs forces pour remplacer ses jambes inertes. Il s’est agrippé aux branches du brancard, et en poussant, en nous excusant, en suppliant les gens de s’écarter nous sommes enfin arrivés sur le toit.
Jésus enseignait à voix haute et il nous a suffi de coller une oreille sur le sol à divers endroits pour repérer où il se tenait exactement.
Restait la dernière difficulté à surmonter ! J’espérais bien trouver un outil quelconque… Non, pas quelconque justement… un outil qui nous permettrait de pratiquer une ouverture dans le toit en entamant la terre séchée qui le constituait !
On était dans un village de pêcheurs, sur une maison de pêcheurs dont le toit était encombré d’ustensiles pour la pêche ! J’ai retourné des filets, des nasses et j’ai fini par trouver un harpon dont la pointe allait nous permettre de pratiquer un trou et le manche nous servir de levier pour l’élargir.
Nous nous sommes mis au travail !
Nous étions de solides gaillards et, en nous relayant, un rectangle de toit, de la taille du brancard, a fini par céder sous nos efforts. Nous avons essayé au maximum de ne pas faire tomber les gros morceaux que nous détachions, mais nous ne pouvions pas empêcher la poussière et de petits gravats de tomber sur Jésus et ceux qui l’entouraient.
Vous pouvez imaginer les grognements et les exclamations de colère de certains… beaucoup auraient aimé s’écarter, mais personne ne pouvait vraiment bouger tellement la foule était compacte !
Au premier rang nous avons pu reconnaître, à leurs habits, de nombreux pharisiens et enseignants de la loi qui s’époussetaient consciencieusement et avec dégoût. Jouissant de leur position, ils n’avaient certainement pas eu à jouer des coudes, eux, pour s’approcher de Jésus. La foule a certainement dû s’écarter spontanément pour leur faire une haie d’honneur !
Siméon avait trouvé des cordages que nous avons fixés aux extrémités du brancard.
Par l’ouverture, chacun de nous tenant une extrémité des cordes, nous avons fait descendre tout doucement Joseph jusqu’aux pieds de Jésus. Les chefs religieux avaient trouvé le moyen de faire reculer la foule car ils ne voulaient absolument pas toucher le brancard de ce handicapé impur. Ils seraient devenus impurs à leur tour…
Un grand silence régnait ; la poussière dansait dans la lumière et Jésus a levé la tête vers nous et nous regardait tous les quatre, couchés à plat ventre sur le toit, la tête dans le trou que nous avions creusé ! Je fus transpercé par son regard… Pouvait-il voir en nous toute la détermination dont nous avions dû faire preuve pour déposer Joseph à ses pieds ? Avait-il compris que nous avions dû surmonter beaucoup d’obstacles, d’indifférence et d’opposition pour venir jusqu’à lui ?
Puis il a regardé Joseph et lui a dit :
– « Mon ami, tes péchés sont pardonnés. »
Alors là c’était le pompon !
J’étais stupéfait !
Tout ça pour ça ?
Je n’en croyais pas mes oreilles !
Nous n’avions pas fait tous ces efforts pour ça !
Dans la salle le silence assourdissant s’est peu à peu chargé de murmures d’indignation.
J’ai regardé vers le bas et j’ai vu les pharisiens, les maîtres de la loi et tous les religieux présents prêts à exploser ! Ils ne disaient rien, mais étaient rouges de colère et se regardaient les uns les autres. Leurs attitudes et postures montraient combien cette seule phrase les avait choqués. Je sentais que quelque chose d’essentiel allait se passer !
Je repris espoir. Si moi j’arrivais à lire sur eux leur mécontentement, alors Jésus devait être capable de lire en eux toute leur colère ! Il devait voir tous les raisonnements qui tournaient dans leurs têtes ! Du genre :
– Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ?
– Qui est donc cet homme qui blasphème et insulte Dieu ?
– Il n’y a que Dieu qui peut pardonner les péchés.
– Se prend-il pour Dieu ?
Jésus les a regardés et très calmement leur a dit :
« Pourquoi raisonnez-vous ainsi dans vos cœurs ? Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire au paralysé : Tes péchés te sont pardonnés, ou dire : Lève-toi, prends ton brancard et marche. » ?
Un lourd silence était retombé sur la salle et sur la foule à l’extérieur de la maison. Personne ne répondit à la question de Jésus ! Les pharisiens et les responsables religieux regardaient le bout de leurs pieds.
Jésus scruta tout le monde puis il dit :
« Je veux que vous le sachiez : le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés. »
Puis il se détourna d’eux et abaissa son regard sur notre ami Joseph et lui dit :
« Je te l’ordonne : lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi ! »
Tout le monde retint son souffle !
Joseph ne se le fit pas dire deux fois ! Il bondit sur ses pieds, se saisit de son brancard et traversa la foule qui n’en croyait pas ses yeux, stupéfaits qu’ils étaient tous ! Mais très vite tout le monde éclata en cris de joie. Ils disaient les uns aux autres :
« Nous n’avons jamais rien vu de pareil ! Nous avons vu aujourd’hui des choses extraordinaires ! »
Nous avons dégringolé les escaliers aussi vite que nous avons pu et nous avons rejoint Joseph qui sautait de joie sur ses nouvelles jambes. Ceux qui le connaissaient faisaient des rondes autour de lui en chantant des chants d’allégresse ! Nous avons chanté et dansé à la gloire de Dieu ; nous l’avons loué pour le remercier pour cette extraordinaire guérison. La mère de Joseph nous a rejoints et très longtemps nous nous sommes adonnés à la joie et la louange !
Puis Jésus a quitté à nouveau Capernaüm.
Il a fallu reprendre une vie normale. Nous nous sommes remis à notre travail de pêcheur. Joseph s’est fait embaucher par Zébédée et a ainsi pu être d’un grand soutien matériel pour sa mère après de nombreuses années de maladie et de mendicité.
Mais régulièrement nous entendions parler de Jésus et de tout ce qu’il accomplissait ! Il continuait à guérir : les paralysés retrouvaient leur mobilité, les aveugles voyaient, les sourds entendaient et les muets parlaient. Il chassait des démons. Il avait même ressuscité des morts…comme ce jour où il était revenu au village et que dans la foulée il avait guéri une femme malade depuis 12 ans qui avait simplement touché sa tunique et rendu la vie à la fille de Jaïrus, le responsable de la synagogue. Nous en avons tous été tourneboulés !
Il enseignait des foules entières en racontant des histoires très imagées qu’on appelait des paraboles. Ses discours et sermons allaient à contre-courant de tout ce qui se prêchait dans les synagogues. Il paraît qu’il a même donné à manger à une foule de milliers de personnes alors qu’il n’avait que 5 pains et deux poissons !
Vous imaginez bien que tout cela déplaisait fort aux responsables religieux et aux pharisiens qui ne supportaient pas que les agissements de Jésus leur fassent de l’ombre. Ils se sont mis à le détester et à comploter contre lui pour trouver le meilleur moyen pour le faire disparaître !
Les foules étaient de plus en plus enthousiastes et subjuguées par lui, au point que certains attendaient de lui qu’il chasse l’occupant romain !
Il faut avoir vu et entendu l’accueil qu’elles lui ont réservé une semaine avant les fêtes de Pâques. Il était arrivé assis sur un ânon, les gens étendirent leurs manteaux sur le chemin ou encore des branches coupées dans les champs.
Et tout le cortège chantait :
« Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna à Dieu au plus haut des cieux ! »
Un accueil royal !
Il semblerait que cela ait mis l’ensemble des chefs politiques et religieux dans une telle rage qu’ils n’ont même plus caché leur volonté de le faire mourir.
Quelques jours plus tard ils l’ont traîné devant le sanhédrin et devant Pilate et ont manœuvré pour que la foule qui chantait « Hosanna » hurle « Crucifie-le ! » !
Mais Jésus est sorti vivant de son tombeau !
Et, le jour de la Pentecôte, quand j’ai entendu Simon, qu’on appelait Pierre maintenant, quand je l’ai entendu faire son discours devant les gens de Jérusalem et ceux venus de contrées les plus diverses ; quand je l’ai entendu les appeler à se repentir et à reconnaître Jésus comme le Fils de Dieu et leur Sauveur, quand j’ai vu ces milliers de personnes qui ont répondu à cette invitation au salut, alors j’ai compris ce que Jésus avait voulu dire par ces paroles :
« Suivez-moi et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ! ».
