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Burn-out…

Ah ! Il était beau le grand prophète Elie !
Couché sous un genêt dans le désert aride !
Couché sous un genêt dans le désert, à demander la mort !
Je n’avais plus goût à la vie !
Je voulais mourir…
J’ai dit à Dieu :
« C’en est trop ! Maintenant Eternel, prends-moi la vie, car je ne vaux pas mieux que mes ancêtres ! »

Si j’étais là dans ce triste état c’est que j’étais envahi par la peur et un profond sentiment d’injustice en voyant que, même après l’épisode du Carmel, Jézabel était toujours active et capable de me menacer.
Un grand moment de solitude !
J’étais dans un état de fatigue et de découragement extrêmes, même après cette formidable manifestation de la toute-puissance de Dieu là-bas sur la montagne du Carmel. 
Ce n’est que bien plus tard que j’ai pu repenser à cet épisode de ma vie et me poser les bonnes questions et analyser mes réactions et mes sentiments.

Je m’étais enfui en entendant Jézabel proférer :
« Que les dieux me punissent très sévèrement si demain, à la même heure, je ne t’ai pas fait subir le sort que tu as infligé à chacun de ces prophètes ! »
Les menaces et les imprécations de Jézabel ne reposaient pourtant que sur l’invocation de ses dieux dont l’Eternel Dieu venait de prouver l’impuissance …
Sans réfléchir j’ai fui devant sa menace. J’ai eu le réflexe de vouloir sauver moi-même ma vie et je ne me suis pas tourné vers ce Dieu tout-puissant qui avait manifesté sa force de manière si grandiose quelques jours auparavant !
Je m’étais déconnecté de ma dépendance à Dieu. Je n’étais plus capable de cohérence ! C’était comme si j’avais oublié tout ce que j’avais vécu précédemment avec Dieu, mon courage pour m’opposer à Achab qui entraînait le peuple dans l’idolâtrie, les miracles de Kérith et Sarepta, la manifestation de Dieu au Carmel.
Etait-ce dû au fait que pour la première fois depuis le début de mon ministère je me retrouvais dans un lieu où Dieu ne m’avait pas envoyé ?
Il n’y avait pas eu de « Va… » de Dieu dans cette situation.
Auparavant il m’avait ordonné :
« Quitte ce lieu, va vers l’est… »
« Mets-toi en route et va à Sarepta… »
« Va trouver Achab, et je ferai pleuvoir sur ce pays… »

Depuis ma course devant le char d’Achab vers Jizréel j’avais vécu de mes propres initiatives absolument pas mises en route par un « Va… » de Dieu.
J’avais travaillé en solitaire durant toutes ces années passées, malgré la présence de mon serviteur que j’avais d’ailleurs laissé la veille à Beer Schéba. J’avais beaucoup donné de ma personne depuis le début de mon ministère, souvent en butte à de très fortes oppositions et dans des situations extrêmes. Pourtant Dieu m’avait toujours donné les forces et les ressources nécessaires tant que j’étais dans les chemins qu’il me traçait. La menace actuelle de Jézabel n’était pas plus grande que celle qui planait sur moi pour avoir annoncé la sécheresse de trois ans à Achab.
A Kérith et à Sarepta en Phénicie, la patrie de Jézabel, Dieu avait miraculeusement pourvu à tous mes besoins. Sur le mont Carmel, au bord de la mer méditerranée, Dieu s’était manifesté puissamment en quelques secondes, alors que les prophètes de Baal avaient passé, sans succès, une journée entière à invoquer, danser, se scarifier, pour que Baal les entende.

Pourquoi cette menace-là de Jézabel m’avait-elle fait perdre les pédales ?
J’avais probablement relâché ma vigilance après ces moments de grande victoire, après ces événements exceptionnels durant lesquels j’avais été richement béni.
C’était comme si j’avais oublié les bénédictions passées.
C’était comme si je ne pouvais plus mettre ma confiance et mon assurance pour l’avenir en mon Dieu tout-puissant.
Je m’étais enfui pour sauver moi-même ma vie !

Avec le recul je me suis rendu compte que, même si moi je n’étais pas dans le lieu où Dieu me voulait, lui était là-bas avec moi !
Fuir en me rendant dans le désert !
Fuir en demandant à mourir !
Fuir dans le sommeil, là sous le genêt !
J’aurais voulu dormir là pour toujours !
Mais ce n’était pas dans les plans de Dieu !
Il m’a envoyé un messager… un ange qui m’a touché pour me réveiller.
Il m’a dit :
« Lève-toi et mange ! »
Manger ? Je veux bien ! Mais manger quoi dans ce coin reculé ?
Quand je fus bien réveillé j’ai regardé autour de moi et j’ai vu, tout près de l’endroit où ma tête reposait, un gâteau comme ceux que l’on cuit sur les pierres chauffées et une cruche pleine d’eau.
J’ai mangé et bu ce que le service traiteur de l’ange m’avait livré ! Je n’ai même pas repensé au service de livraison de repas assuré par les corbeaux à Kérith !
Je n’ai pas su apprécier à sa juste valeur ce cadeau de Dieu : un ange pour me servir alors que mon cœur était dans la peur, le doute et la révolte ! Une fois mon repas englouti, je me suis empressé de me recoucher et de me rendormir.
Fuir, toujours fuir !
Si j’avais de la suite dans mes idées, Dieu me battait à plate couture dans ce domaine ! Car l’ange est revenu pour me réveiller une nouvelle fois.
« Lève-toi, mange, car autrement le chemin serait trop long pour toi. »
Un chemin ? Quel chemin ?
Le mien ne s’arrêtait-il pas là sous ce genêt ?
Mais j’ai obéi.
Je me suis levé, j’ai mangé et bu.
Je me suis levé et j’ai marché sur le nouveau chemin que le Seigneur Dieu m’indiquait.
La nourriture extraordinaire qu’il m’avait envoyée m’a donné la force pour marcher pendant 40 jours et 40 nuits jusqu’à la montagne de Dieu, le mont Hore

J’ignorais encore que j’avais un rendez-vous important et décisif avec lui là-bas !
Je me suis abrité dans une grotte.
Et là, au Mont Horeb l’Eternel m’a adressé la parole :
« Que viens-tu faire ici, Elie ? »
Quelle question !
C’était lui qui m’avait guidé jusqu’ici et il me demandait ce que je faisais là !
Eh bien, j’allais lui dire ce que je faisais là, j’allais déverser tout ce que j’avais sur le cœur :
« J’ai ardemment défendu la cause de l’Eternel, le Dieu des armées célestes, car les Israélites ont abandonné ton alliance et ils ont renversé tes autels, ils ont massacré tes prophètes ; je suis le seul qui reste, et les voilà qui cherchent à me prendre la vie. »
Je répandais devant lui toute ma rancœur et mon incompréhension.
Tout ce que je pouvais dire n’était que plaintes et ressentiments !
Je n’avais plus que cela dans mon cœur !
Le Seigneur ne répondit pas à mes états d’âme amers…
Il me dit simplement :
« Sors et tiens-toi sur la montagne, devant l’Eternel. »

Un vent très fort commença à souffler.
Un vent si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers.
Mais je ne sentis pas la présence de l’Eternel dans cet ouragan.
Puis soudain il y eut un énorme tremblement de terre. La montagne vacilla, les pierres roulèrent le long de ses pentes avec grand fracas. Mais je n’ai pas rencontré Dieu dans ce tremblement de terre.
Puis il y eut un feu, un feu intense, éclatant, éblouissant, qui embrasa le mont Horeb et qui m’aveugla. Je me réfugiai à nouveau dans la grotte. Je n’avais toujours pas vu Dieu !

Puis s’éleva un bruissement doux et léger. Dès que je l’entendis je sus que c’était lui qui se manifestait. Je me suis couvert le visage avec mon manteau et je suis sorti me placer à l’entrée de la grotte.
Et là, j’entendis Dieu qui me demandait à nouveau :
« Que fais-tu ici, Elie ? »
Je repris mes lamentations :
« J’ai ardemment défendu la cause de l’Eternel, le Dieu des armées célestes, car les Israélites ont abandonné ton alliance, ils ont renversé tes autels, ils ont massacré tes prophètes ; je suis le seul qui reste et les voilà qui cherchent à me prendre la vie. »
Je n’ai pas immédiatement compris que Dieu me rejoignait dans mon accumulation de problèmes et de questionnements. Il ne s’approchait pas de moi de manière tonitruante et violente comme un vent fort, un tremblement de terre ou un feu ardent pour me montrer sa force et sa toute-puissance. Il me l’avait révélée sur le Mont Carmel face aux prophètes de Jézabel.
Non, le Seigneur voulait me montrer sa tendresse et son amour et me faire comprendre petit à petit que ma vie valait encore le coup d’être vécue.
Il voulait me montrer qu’il prenait soin de moi comme un père de son enfant !
Il avait commencé là-bas, sous le genêt…
Il m’avait donné à manger et m’avait laissé dormir et me reposer.
Puis il m’avait donné la force extraordinaire de me rendre là où il voulait me rencontrer.
Il aurait pu me parler, me raisonner sans me faire venir jusqu’ici… mais je n’étais pas encore prêt à l’écouter. J’avais besoin de le rencontrer. J’avais besoin qu’il comble d’abord mes besoins les plus basiques, les plus élémentaires, pour que je puisse l’écouter dans la sécurité d’un face à face !

Eh oui, moi, le prophète fort et courageux, le porte-parole du Dieu qui venait de juger l’idolâtrie et les idolâtres, mais aussi le prophète solitaire qui, pendant toutes ces années, n’a pas connu de « communion fraternelle », ce prophète avait besoin de la sécurité d’un face à face, d’un cœur à cœur, même si je n’étais pas encore capable de l’apprécier totalement.
Dieu s’intéressait à moi, Dieu voulait s’occuper de moi.
Dieu m’avait isolé dans cette grotte pour se révéler à moi.
Dieu voulait me parler et m’écouter.
Et quand il m’a demandé « Que viens-tu faire ici, Elie ? », j’ai déversé devant lui tout ce que j’avais au fond de mon cœur, c’est-à-dire des pensées qui tournaient autour de moi seul.
Moi, moi, moi…
Je, je, je…

Pourtant il m’a écouté quand j’ai exprimé mon sentiment de solitude, quand je lui ai dit que je me sentais seul dans ce combat pour la justice et contre l’idolâtrie.
Il m’a laissé déverser ma lassitude et mon découragement face à la difficulté du combat.
Il ne m’a pas reproché de regarder vers moi, vers les hommes et non pas vers lui
Il m’a manifesté sa patience quand j’ai répété les mêmes plaintes, même après qu’il s’était révélé à moi !
En répétant deux fois : « J’ai ardemment défendu la cause de l’Eternel, le Dieu des armées célestes, car les Israélites ont abandonné ton alliance et ils ont renversé tes autels, ils ont massacré tes prophètes ; je suis le seul qui reste, et les voilà qui cherchent à me prendre la vie. »
… j’exprimais aussi mon sentiment de déconnexion avec mon peuple après trois ans d’exil à Sarepta,
… j’exprimais le fait que je ne me sentais plus en phase avec ce peuple qui a abandonné Dieu au profit du culte à Baal,
… j’exprimais mon besoin d’appartenance à un groupe qui vivait les mêmes choses que moi.
… j’exprimais ma souffrance de me sentir seul contre tous !
Et dans ce questionnement Dieu me répondit aussi ! Il me dit :
« Toutefois, j’épargnerai en Israël les sept mille hommes qui ne se sont jamais agenouillés devant Baal et qui ne l’ont jamais baisé de leurs lèvres. »
Dieu m’annonçait que je n’avais jamais été seul, que d’autres lui étaient restés fidèles. Sans oublier les cent prophètes qu’Abdias, l’intendant du palais d’Achab, avait mis à l’abri dans deux grottes et qu’il avait nourri durant toutes ces années.
Dieu, dans sa bienveillance et sa grâce m’a appris que j’avais encore une famille spirituelle et qu’il allait me donner un compagnon et un successeur en la personne d’Elisée.

Je me rendais compte, dans ce face à face avec Dieu, que mon attitude sous le genêt dénotait non seulement mon découragement mais également un manque d’estime de moi.
Demander à mourir c’était comme si, à mes yeux, ma vie n’avait aucune valeur, comme si tout ce que j’avais vécu pouvait être balayé. C’était comme si j’avais dit à Dieu : « Je ne suis rien ! ». C’était comme si j’avais oublié mon rôle de porte-parole de l’Eternel, comme si j’avais oublié que durant tout mon ministère j’avais été le bras vengeur de Dieu. Maintenant que je n’avais plus de mission spéciale à remplir, que je n’étais plus sans cesse en mouvement, je me sentais inutile !
A Horeb, Dieu m’a aussi rejoint sur ce terrain, dans cette dimension de ma vie.
Il voulait m’apprendre que j’avais besoin de le connaître différemment. Qu’il n’était pas seulement le Dieu des manifestations miraculeuses et de jugement, mais que dans ma situation actuelle il voulait être pour moi un murmure doux et léger, « un souffle de silence ».

Il voulait me manifester sa bonté, sa douceur pour mettre un baume sur mon cœur et apaiser mes craintes.
Il voulait m’apprendre qu’il ne fallait pas chercher à m’accomplir dans mon service de prophète uniquement, mais que c’était l’heure pour moi de privilégier ma communion avec lui, que ce qui comptait ce n’est pas ce que je fais pour Dieu, mais ce que Dieu est pour moi. J’avais connu la tempête, le tremblement de terre et le feu dans mon ministère, mais Dieu désirait me révéler qu’il voulait être pour moi aussi le Dieu de la douceur, de la bonté, de l’amour et surtout le Dieu de la GRÂCE !!!!
J’en ai appris des choses sur moi-même à Horeb !

Et ce n’était pas fini !
Dieu voulait encore me faire comprendre que mon besoin de m’accomplir pouvait être vécu dans le calme et la douceur !
Il ne m’a reproché d’avoir eu des sentiments de découragement et des attitudes de fuite qui ne l’honoraient pas. Au contraire, il m’a confié de nouvelles missions qui étaient des missions de sacrificateur.
L’Eternel prononça un nouveau « Va… » :
« Va, retourne sur tes pas, à travers le désert, jusqu’à Damas ; quand tu seras arrivé, tu oindras Hazaël comme roi de Syrie. Puis tu iras oindre Jéhu, fils de Nimchi, comme roi d’Israël ; tu oindras aussi Elisée, fils de Chaphath, d’Abel-Mehola, comme prophète pour te remplacer.. »
Dieu, malgré mon gros coup de déprime, mon découragement, ma fuite, mes plaintes, me disait qu’il avait encore besoin de moi, qu’il voulait encore m’utiliser à son service. Il m’a confié une nouvelle mission et me donna même un collaborateur et successeur qui continuera mon œuvre et mon combat.
En même temps, dans sa grâce, il m’a fait part de ses projets de jugement sur son peuple désobéissant, et que d’autres continueraient mon ministère de bras vengeur de Dieu.

Et je quittai le mont Horeb, la montagne de la rencontre et je repartis à son service. En sa présence j’avais fait le plein de dons magnifiques car j’avais reçu de sa part sa consolation, son pardon, ses encouragements, ainsi qu’une nouvelle vision et de nouvelles instructions qui me « remettaient en selle ».
Ce fut pour moi un nouveau départ et une nouvelle consécration au service de mon Dieu, même si la majorité de cette nouvelle mission sera accomplie par Elisée, qu’il avait appelé pour servir avec moi et pour me succéder.

Cet épisode de déprime, de passage à vide, me prouva que j’étais un homme tout à fait semblable à tous les hommes, même si j’avais accompli de grandes choses, des choses extraordinaires !
Dieu a eu besoin de me rappeler que j’étais fort de sa force, que j’étais riche de ses richesses, que sans lui, j’étais un être faible et fragile.
Comme David dans ses psaumes j’ai répandu devant Dieu mes angoisses, mon mal-être, mes frustrations, mon sentiment d’injustice, mes révoltes même.
Et Dieu a pris soin de moi, il m’a relevé comme un père aimant et attentif à la souffrance de son enfant le fait. Le grand Dieu, le seul vrai Dieu qui commande à toutes les forces de la nature, est venu à ma rencontre pour me bichonner, m’encourager, me relever, me redonner confiance en moi et m’envoyer vivre de nouvelles aventures avec lui.
Je me réjouis et je le loue parce qu’il m’a écouté, m’a rejoint là où je m’étais arrêté, bloqué par un manque de confiance et de vision.
Dieu m’a arrêté, m’a mis à l’écart pour que je le rencontre et le connaisse dans le murmure doux et léger de son amour et sa grâce !

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