J.R.R. Tolkien : son principal fait biographique

Nous avons publié la semaine dernière un extrait du livre « Dieu dans mon travail » de Timothy Keller qui évoquait la nouvelle de J.R.R. Tolkien : « Feuille, de Niggle. »  L’idée de cette petite histoire vint à Tolkien vers 1939, alors qu’il était en pleine élaboration du Seigneur des Anneaux. Elle fut achevée en seulement quelques heures. Voici ce qu’il en dit lui-même, dans une lettre en réponse à une demande de renseignements biographiques (pour une thèse le concernant) :

« Je n’ai pas publié d’autres histoire courtes que Feuille, de Niggle. Elles ne surgissent pas dans mon esprit. Feuille, de Niggle est venu soudainement, presque terminée. Elle a été écrite quasiment en une fois, à peu près comme elle est maintenant. »
J.R.R. Tolkien, Lettre à Caroline Everett, 24 Juin 1957.

Selon Tim Keller, Tolkien aurait écrit cette petite histoire pour illustrer sa propre vie et sa vocation d’écrivain, car il était effrayé par l’idée de ne pas terminer son ouvrage avant sa mort. Pourtant, Tolkien s’est toujours défendu avec virulence d’être allégorique :

« Mais j’ai nourri ab initio une passion tout aussi fondamentale pour les mythes (non l’allégorie !), pour les contes de fées, et surtout pour les légendes héroïques à la lisière du conte de fées et de l’Histoire – qui sont bien trop peu nombreuses dans le monde (à m’être accessibles) à mon goût. »
J.R.R Tolkien, Lettre à Milton Waldman publiée par Deslettres.fr.

Feuille, de Niggle semble pourtant constituer l’exception. Toujours dans la lettre à Caroline Everett, il admet avoir été allégorique :

« En le regardant moi-même maintenant avec de la distance, je dois dire que Feuille, de Niggle est le fruit de ma préoccupation autour du Seigneur des Anneaux : celle de savoir s’il serait fini dans les moindres détails ou pas du tout, et la peur (presque la certitude) que ce ne serait pas du tout. La guerre avait surgi pour assombrir tous les horizons. Mais aucune de ces analyses ne sont une explication complète même d’une histoire courte … »
J.R.R. Tolkien, Lettre à Caroline Everett, 24 Juin 1957.

J.R.R Tolkien était compulsif dans son écriture, sa relecture, son désir de perfection ultime dans la forme et dans la « réalité » de son monde inventé, de ses langages, de ses chronologies, de son existence et de son histoire. Comme le peintre Niggle, Tolkien étaient tout entier absorbé par son « Arbre » ​​personnel, la Terre du Milieu. Et comme Niggle, Tolkien avait de nombreuses distractions qui l’empêchaient de travailler. Tant et si bien, que lorsqu’il eu terminé le dernier tome de son oeuvre, il fut profondément surpris :

« Le principal fait biographique, pour moi, est d’avoir terminé Le Seigneur des Anneaux, et c’est quelque chose qui me surprend encore. Etant connu pour entamer des projets que je ne finis jamais, en partie par manque de temps, en partie parce que j’ai tendance à me disperser, je me demande toujours comment et pourquoi j’ai réussi à accumuler les efforts nécessaires, année après année, souvent malgré de réelles difficultés, jusqu’à en voir l’accomplissement final. »
J.R.R. Tolkien, Lettre à Caroline Everett, 24 Juin 1957.

Comment Tolkien a t’il réussi à achever son oeuvre, malgré son caractère dispersé et assez peu organisé ? Voici l’hypothèse de l’auteur lui-même :

« Je suppose que c’est parce que dès le départ, ce projet a entremêlé dans ses récits la plupart des choses que j’ai le plus aime ou détesté. »
J.R.R. Tolkien, Lettre à Caroline Everett, 24 Juin 1957.

Cette hypothèse rejoint une des principale thèse de Tolkien que nous avons déjà abordée ici. Puisque l’Homme est à la ressemblance du Créateur, il est donc capable de création également, mais de la création d’un « sous-monde » comme une sorte de rappel imparfait de la Vérité originelle. Cette Vérité se trouverait entremêlée dans le mythe de façon presque indistincte. Ce n’est qu’une fois dans la citée céleste que l’arbre parfait dans son entier nous sera dévoilé…

Auteurs chrétiens, que pouvons nous retenir de l’histoire de Niggle et de Tolkien ? N’ayons pas peur d’écrire des feuilles imparfaites, avec les pinceaux de nos passions. Ne cherchons pas à peindre un arbre, mais essayons plutôt de rendre la complexité d’une feuille, avec son faisceau de nervures et sa sève bienfaitrice… Hâtons-nous de créer, mais n’oublions jamais de le faire pour la gloire de notre Créateur !

J. R. R. Tolkien fut l’auteur de l’une des correspondances les plus prolifiques du XXe siècle. Pendant soixante ans, il écrivit à ses éditeurs, à sa femme et à ses enfants, à ses amis (C. S. Lewis, W. H. Auden, pour les plus célèbres) ainsi qu’aux admirateurs de ses livres. Ces Lettres constituent un portrait fascinant et plein de nuances de l’homme sous toutes ses facettes…

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