Roman, Sylduria

Sylduria V – Le BeauDanube noir (24)

Chapitre XXIV – Annonce la Parole

Lynda sombrait, vaincue par le découragement. Julien la consolait.

La reine pleurait.

« J’ai échoué sur cette affaire. J’ai risqué inutilement la vie de Sigur et celle de Félixérie. Tout cela pour rien ! Nous ne trouverons jamais la cachette de cet O’Marmatway et sa bande. Nous ne parviendrons pas à délivrer Zoé, à moins de céder au chantage. Autant leur livrer la Syldurie dans un papier cadeau… La grande Judith est encore pire que sa mère, et elle tient son pied sur ma nuque…

– Allons, ma chérie ! Si toi, l’indomptable reine de Syldurie, tu t’avoues vaincue, qu’allons-nous devenir ? Et que deviendra le peuple qui s’appuie sur toi ?

– C’est ça le malheur ! Je n’ai que deux épaules.

– Avec moi cela en fait déjà quatre. Et puis si tu ajoutes tous nos amis…

– En plus, je suis une traîtresse : j’ai promis à Helmut de le protéger, et tout ce que je trouve à faire c’est de le lâcher entre les griffes de cette tigresse. Je suis sûre qu’elle l’a tué dès qu’elle a récupéré l’enveloppe. Je suis coupable de sa mort.

– La vie de Zoé vaut plus que celle d’un voyou.

– La belle raison !

– Tu veux que je te dise : même Bayard, de temps en temps, il remettait son épée au fourreau. Toi, tu te bats toute la journée, et tu commences à avoir mal aux bras. Il faut que tu te reposes un peu.

– Et pendant que je me repose, la guerre continue. Ce n’est pas en nous croisant les bras que nous allons la gagner.

– Et ton Sauveur, tu crois qu’il se croise les bras ? »

Lynda dut reconnaître son manque de foi. Les deux époux se prirent la main et prièrent ensemble. Puis ils demeurèrent silencieux. Lynda reniflait, Julien lui caressait la joue.

Elle dit enfin :

« Qu’est-ce que je fais ? Je téléphone à Judith ? Non, j’attends qu’elle m’appelle. »

Elle n’eut pas longtemps à hésiter. Les premiers accords du deuxième concerto de Rachmaninov retentirent dans sa poche.

Lynda se moucha bruyamment, puis répondit :

« Lynda, j’écoute.

– Lynda de Syldurie ? C’est Judith.

– Tu m’appelles Lynda, maintenant ? Je ne suis plus une grosse dinde mal farcie ?

– Mais non, ma chérie ? Pour une fois tu as été gentille, alors je vais être mignonne avec toi. Quoique pour la décapotable, je m’attendais à mieux. Enfin, je comprends : tu fais des économies pour acheter Zoé.

– Qu’as-tu fait de Helmut ? Tu l’as laissé se noyer.

– Pourquoi j’aurais fait ça ? Je l’aime bien, Helmut. Il est en bonne santé. Il est fin content avec son râtelier tout neuf. »

« Tu vois bien ! » lui murmurait Julien.

Judith reprit la parole :

« Je m’étonne que tu t’inquiètes tant pour ce bon à rien. Tu ne me demandes pas de nouvelles de Zoé ?

– Maintenant que tu tiens Koursaski, j’espère que tu vas la libérer.

– Et puis quoi encore ? Parce que tu y as mis un peu de bonne volonté, ta protégée sera mieux traitée. Maintenant, elle n’habite plus dans la cave. Elle a sa propre chambre, et crois-moi, elle prend ses aises ! Nous lui rendrons sa liberté quand tu auras payé la totalité : il reste encore vingt-deux milliards, alors ne tarde pas trop. Je te donne un mois, pas un jour de plus. Une chose encore : je l’autorise à te parler, mais pas plus de trente secondes. »

Zoé parla :

« Lynda, je te remercie. Je te fais confiance : tu vaincras. J’ai un message pour Sigur et pour Félixérie : “Retournez à Paris. Annoncez la Parole, insistez en toute occasion, qu’elle soit favorable ou non, réfutez, reprenez et encouragez.”[1]

– Qu’est-ce que c’est que ce charabia ? » s’exclama Judith en lui arrachant le combiné des mains. Puis elle coupa la communication.

Lynda, Sigur et Félixérie s’étaient de nouveau réunis.

« Pourquoi Zoé nous a-t-elle cité ce texte ? C’est évident, nous devons annoncer la parole, c’est notre devoir en tant que chrétiens. Mais dans le contexte qui nous préoccupe… quel rapport avec sa libération ?

– Je me souviens des dernières paroles de Zoé avant que nous quittions la Ligérie. Tu t’en souviens, Sigur ?

– Bien sûr que je m’en souviens, elle nous a dit : “Ce qui est arrivé en Ligérie arrivera dans notre monde. La lumière fait place aux ténèbres. L’impie, que le Seigneur détruira par le souffle de sa bouche paraîtra bientôt”. Ensuite, elle nous a parlé de la Syldurie, qui a décidé de résister au pouvoir des ténèbres, et de l’alliée précieuse que nous trouverions dans ce pays. Cette alliée qui combat à nos côtés, c’est toi, Lynda. »

La jeune reine poursuivit.

« Je crois que j’ai compris son message : qu’est-ce qui chasse les ténèbres ?

– La lumière.

– Et où la trouver, cette lumière ?

– La lumière ? répondit Félixérie, Elle est en nous. N’est-il pas écrit : “Vous êtes la lumière du monde” ?[2]

– Et encore : “Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre père qui est dans les cieux.”[3]

– Vous avez une bonne culture biblique et une bonne mémoire, félicitations ! » dit Lynda.

« Mais sur le plan pratique, à quoi est-ce que cela nous avance ?

– Eh bien ! Je vous envoie en mission. Vous partez avec votre Bible sous le bras, et, au milieu de la nuit, vous lâchez la lumière. Allez ! Ne perdez pas de temps : la reine de Syldurie n’est pas pressée, mais le Roi des rois n’attend pas. »


[1] 2 Timothée 4.2

[2] Matthieu 5.14

[3] Matthieu 5.16

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