Rois, Soldats et Prophètes, Théâtre

Naaman (9)

ACTE IV

Samarie, une place publique.

Scène première

ÉLISÉE – GUÉHAZI – JORAM

ÉLISÉE

Que vois-tu, Guéhazi ?

GUÉHAZI

                                   Je vois, couvert de cendre
Et l’habit déchiré vers la ville descendre,
Un épais sac de chanvre en guise de cercueil,
La mort en lui Joram porte son propre deuil.

ÉLISÉE

Quel est donc le fardeau qui l’écrase et l’accable ?
Des idoles enfin s’est-il trouvé coupable ?

GUÉHAZI

Il vient à toi, mon maître, il veut te rencontrer.

ÉLISÉE

Pour quel écart encore me veut-il arbitrer ?

JORAM

Te voici, Élisée, diseur de prophéties.

ÉLISÉE

Pour te servir, Joram. Quel chagrin te soucie ?

JORAM

Tu es un grand prophète et ne peux deviner ?

ÉLISÉE

Laisse-moi simplement ton cas examiner.
Je sais, le Syrien encor te met en peine.

JORAM

Le Syrien me pousse au fond de la Géhenne.
Il m’envoie Naaman, le plus grand général
Armé d’une missive pour me pousser à mal…
Sais-tu que Ben-Hadad en cette infâme prose
– Pour la perversité, cet homme est virtuose… –

ÉLISÉE

Le fameux général est devenu lépreux.
En quête de salut vers le roi des Hébreux
Naaman s’est tourné, t’apportant sa requête.

JORAM

Comment sais-tu cela ?

ÉLISÉE

                                   Ne suis-je pas prophète ?

JORAM

Que ferai-je à cette heure ?

ÉLISÉE

                                         Guéris-le, mon bon roi.
Puisqu’on te fait l’honneur de l’envoyer chez toi.

JORAM

Voilà donc le conseil que tu trouves à dire
Quand l’ennemi s’apprête à dévaster l’empire,
Quand son bras se prépare à briser Israël.
Quel ordre pour ma part t’a donné l’Éternel ?
Déjà de Ben-Hadad nous sommes la risée.
Que ferons-nous alors ? Réponds-moi, Élisée.

ÉLISÉE

Devais-tu donc, rempli de rage et de dépit,
Te coiffer de poussière, déchirer ton habit ?
Les desseins du Seigneur tu ne veux pas comprendre
Et tu ne sais jamais le parti qu’il faut prendre.
As-tu laissé cet homme s’éloigner sans espoir ?
Naaman aurait dû me trouver et me voir.
Vers moi seul ton conseil aurait dû le conduire ;
Auprès de l’Éternel il fallait l’introduire ;
Sous mon toit je l’aurais accueilli volontiers,
Et je l’aurais guéri. À chacun son métier.
Va en paix maintenant jusqu’à ta chambre haute.
Je vais chercher ton homme et réparer ta faute.

Scène II

ÉLISÉE – GUÉHAZI

GUÉHAZI

Que faire maintenant pour sauver Naaman ?

ÉLISÉE

Le roi de son palais l’a chassé plaisamment.
Joram est un monarque à la triste figure,
Ne sait rien de l’Esprit ni des saintes augures.
Où trouver, selon toi, le lépreux général ?

GUÉHAZI

Il est rentré chez lui, et ça m’est bien égal.
Il retourne à Damas, et sans aucune pompe.
Nous classons son affaire.

ÉLISÉE

                                       Ghéhazi, tu te trompes,
Cette affaire est la tienne, ce défi, c’est le tien.

GUÉHAZI

Explique-moi, Seigneur, je ne comprends pas bien.

ÉLISÉE

Naaman, le lépreux, toujours à Samarie,
– Son mal et son échec vraiment le contrarient –
S’égare dans nos rues, d’une méchante humeur,
Abandonnant l’espoir de guérir sa tumeur.
Notre Dieu m’a donné cette nuit ce message :
Je ne lui rendrai, moi, ni honneur ni hommage.
Je n’irai pas vers lui, ne le recevrai pas,
De son rang élevé ne ferai point de cas,
Mais je t’envoie vers lui. Croise-le sur sa route.
Je lui donne cet ordre, il faudra qu’il t’écoute :
S’en retournant chez lui, franchissant le Jourdain,
S’il désire en Syrie paraître pur et sain,
Sept fois s’y plongera. C’est ce que Dieu réclame.
Il guérira son corps et sauvera son âme.
Adonaï a choisi d’en faire son enfant.
Il a de beaux projets pour notre Naaman.
Surtout ne tarde pas, trouve-le, va-t’en vite.
De ta célérité dépend la réussite.

GUÉHAZI

Je m’en vais sur-le-champ.

ÉLISÉE

                                        Oh ! J’allais oublier !
Il croit que le salut se peut négocier :
D’or, d’argent, de manteaux il a chargé ses mules,
Car c’est en talents d’or que notre ami calcule.
Il en offrira dix pour prix de sa santé.
Il nous est clairement défendu d’accepter
Quelque terrestre don pour le divin service.
Dieu seul nous rétribue pour notre saint office.
Cours donc vers ta mission et ne perds plus de temps.
Naaman est déjà près de toi, il t’attend.

Scène III

GUÉHAZI

Dix talents d’or ! voilà une fort belle somme !
Quel immense trésor doit posséder cet homme !
Quoi ? Dieu, dans sa sagesse aurait-il décidé
Que les princes et rois devraient tout posséder
Tandis que sans espoir, vagabonds sur la terre,
D’autres traînent leur vie de misère en misère ?
Combien j’aurais aimé vivre parmi les grands,
Avoir des domestiques, les traiter en tyran,
Incliner sous ma loi les puissants de ce monde.
Mais je ne suis, hélas, qu’un serviteur immonde.
Dieu m’a formé ainsi, et c’est bien affligeant,
Un cupide valet aimant l’or et l’argent.
Alors que mon saint maître en tout temps prophétise,
Guéhazi se complaît avec sa convoitise.
Pour accepter un don mon maître est trop pieux,
Son salaire et son pain lui descendent des cieux.
D’une miche rassise il sait se satisfaire.
Au luxe des palais, sa paillasse il préfère.
Je ne suis ni prophète, ni sacrificateur,
Et dans l’agent gagné je trouve du bonheur.
Élisée donc rechigne et refuse un salaire,
Mais l’or de Naaman ne saurait me déplaire.
Comment dans ma cassette un bienheureux transfert
Par ce riche étranger me pourrait être offert ?
Comment le dérober ? Tant de soldats l’entourent
Et pour les affronter me manque la bravoure.
Et que dirais-je au maître ? Non, il me faut ruser.
Par quel heureux mensonge pourrais-je l’abuser ?
Mais servons-lui d’abord du prophète Élisée
Le message divin en lettres bien pesées.
Où est ce Syrien ? Comment le rencontrer ?
Quelle est son apparence ? Qui peut me le montrer ?
Allons de par l es rues chercher cette personne.
La ville est étendue. Le maître en a de bonnes !

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© 2019 Lilianof

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