Victor Hugo devant la Création

Nous avons constaté dans l’article précédent que Victor Hugo attribue au poète le rôle d’un prophète visionnaire, intermédiaire entre l’homme et Dieu. Cet orgueil, qui ne facilite pas le repentir, l’éloigne de la connaissance de Dieu.
Nous interrogeons aujourd’hui son rapport à la Création. La nature est, pour les poètes romantiques comme Hugo et Lamartine, le langage de Dieu par excellence. C’est par elle que le divin manifeste le mieux sa grandeur et révèle à l’homme sa faiblesse :

« J’étais seul près des flots, par une nuit d’étoiles.
Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles.
Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel.
Et les bois, et les monts, et toute la nature,
Semblaient interroger dans un confus murmure
Les flots des mers, les feux du ciel.

Et les étoiles d’or, légions infinies,
À voix haute, à voix basse, avec mille harmonies,
Disaient, en inclinant leurs couronnes de feu ;
Et les flots bleus, que rien ne gouverne et n’arrête,
Disaient, en recourbant l’écume de leur crête :

― C’est le Seigneur, le Seigneur Dieu ! »
Extase, Les Orientales, 1828 (Lire sur Wikisource)

Les mots s’écoulent tel un fleuve formidable et tranquille, aussi naturellement que la nature elle-même ; et nous éblouissent. Nous ne pouvons pas nous empêcher d’admirer le talent de Victor Hugo et de partager son « extase » devant les « flots des mers » et les « feux du ciel ». D’où nous vient cette fascination pour la nature ? Est-ce l’amour qui s’en dégage ? Est-ce l’horizon infini qui fait écho à la pensée de l’éternité que Dieu a mise dans nos cœurs (Ecc 3.11) ?  Il est évident que la Création nous parle du Créateur. La mer inspirait déjà le psalmiste bien avant Victor Hugo :

« Seigneur, qu’elle est vaste, ton activité ! Avec quel art tu as tout fait ! La terre est remplie de ce que tu as créé. Voici la mer, immense, à perte de vue. Tant d’êtres s’y meuvent, petits et grands, qu’on ne peut les compter. »
Psaume 104 :24-25

L’étendue céleste aussi nous raconte la grandeur et la puissance de notre Dieu :

« Les cieux racontent la gloire de Dieu et l’étendue manifeste l’œuvre de ses mains. Le jour en instruit un autre jour, La nuit en donne connaissance à une autre nuit. Ce n’est pas un langage, ce ne sont pas des paroles dont le son ne soit point entendu. Leur retentissement parcourt toute la terre, leurs accents vont aux extrémités du monde, où il a dressé une tente pour le soleil. »
Psaume 19:1-4

Cette sensibilité à la Nature est saine lorsqu’elle nous pousse à l’adoration du Dieu créateur. Mais est-ce vraiment le cas pour Hugo ? Pour le poète, Dieu est tout ce qui est beau, tout ce qui est bon.

« La justice, c’est vous, humanité ; mais Dieu
Est la bonté. Dieu, branche où tout oiseau se pose !
Dieu, c’est la flamme aimante au fond de toute chose.
Oh ! tous sont appelés et tous seront élus.
Père, il songe au méchant pour l’aimer un peu plus.
Vivants, Dieu, pénétrant en vous, chasse le vice.
L’infini qui dans l’homme entre, devient justice,
La justice n’étant que le rapport secret
De ce que l’homme fait à ce que Dieu ferait. »
L’océan d’en haut, Dieu, Victor Hugo, posthume (Lire sur Wikisource)

C’est presque mieux que la théologie de la prospérité : tous sont appelés et tous seront élus ! J’imagine bien vos poils de théologiens qui se hérissent ! Il faut dire que la Bible dit tout à fait le contraire :

« Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. »
Matthieu 22.14

« Préoccupez-vous d’abord du Royaume de Dieu et de la vie juste qu’il demande, et Dieu vous accordera aussi tout le reste. »
Matthieu 6.33

Pour l’académicien Alain Decaux, c’est évident : « Comment en douter ? Le Dieu hugolien est panthéiste. » (Victor Hugo et Dieu, célébration du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo, discours prononcé le jeudi 28 février 2002). Le panthéisme est une doctrine philosophique selon laquelle Dieu n’est pas un être personnel distinct du monde, mais qu’il est l’intégralité du monde. Même si Victor Hugo parle à Dieu comme à une entité distincte, sa recherche esthétique le pousse à des formules désastreuses, que l’on peut assimiler au panthéisme . Le Dieu de Victor Hugo est de toute façon… très personnel. Souvenez-vous, dans son testament :

« Vérité, lumière, justice, conscience, c’est Dieu. »

Des valeurs, des sentiments, de la poésie : voila à quoi ressemble son Dieu. Ce n’est pas le nôtre (comment le résumer en 4 mots !?). Mais ce n’est pas vraiment une bonne raison de rejeter en bloc l’oeuvre du poète. Sa recherche de Dieu, si elle échoue, semble en tout cas sincère :

« Qui donc êtes-vous, Dieu superbe ?
D’où vient votre souffle terrible ?
Et quelle est la main invisible
Qui garde les clefs du tombeau ? »
Odes et ballades, 1824 (Lire sur Wikisource)

A suivre…
L’orgueil et le panthéisme du poète sont comme autant d’obstacles, autant d’idoles qui l’éloignent de l’Évangile. Mais au fait, d’où lui vient sa foi ? C’est le sujet de la semaine prochaine : restez avec nous :-).

2 commentaires sur “Victor Hugo devant la Création

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