Le Forgeron d'Audresselles, Théâtre

Le Forgeron d’Audresselles (14)

Dixième tableau

La forge.

Scène première

CLAIRE

(Claire entre, essoufflée avec sa Bible. Elle pleure.)

Enfin, livre divin, ma perle de grand prix,
Dans mes si faibles bras je te tiens à l’abri.
Sur mon sein palpitant ta rude couverture
Me sert de bouclier, de cuirasse et d’armure.
Tu es mon compagnon de combat
Et dans mes épreuves d’ici-bas
C’est toi seul qui éclaires ma route
Dans les ténèbres et dans le doute.
Hélas ! Pourquoi faut-il qu’on me prive de toi ?
Le seul refuge de ma foi ?
Pourquoi le prêtre du village,
M’accusant de blasphème et d’outrage,
– De Dieu pourtant tu es l’ouvrage,
Insufflé par le Saint-Esprit
À ses prophètes incompris, –
Me refuse ce pain de vie
Et prétend que je le renie.

****

(Entre Michel.)

Scène II

CLAIRE – MICHEL

MICHEL

Eh bien, ma sœur ! comme je te trouve émue !

CLAIRE

J’ai lieu d’être agitée. Messire Bocquillon, notre cher curé, a tenté de confisquer notre bible. Il a fallu que je la lui arrache à la force de mes mains. Il va tenter de me la reprendre. Le plus grave, c’est que c’est notre père, sans résistance, qui le lui a remise.

MICHEL

Voilà qui est bien fâcheux.

CLAIRE

Et ce Monsieur de Cassagnac qui s’est introduit chez nous. J’ai l’impression d’être un vieil os que deux chiens se disputent. Que va-t-il advenir de moi ?

MICHEL

Ah ! Cassagnac ! À moi aussi, il me donne bien du souci.

****

Oserai-je avouer mon tourment ?
Ai-je choisi le bon moment 
Pour lui dire à quel point je l’aime ?
Hélas ! Quel douloureux dilemme !

CLAIRE

Michel, le prêtre reviendra
Et mon trésor il reprendra ;
Que faire ?

MICHEL

                                               Que dire ?
Et Cassagnac, ce triste sire…
À ma tant aimée parlera.
Et quand elle saura
La vérité, mon Dieu, que dira-t-elle ?
Loin de nous s’enfuira la belle.

CLAIRE

Pour protéger ma bible il faut partir
Et loin de la forge m’enfuir.
Je crains du prêtre la furie.

MICHEL

Ô pardonne ma jalousie.
Tu vas suivre ce huguenot
Qui nous viens te ravir tantôt.

****

CLAIRE

Qui t’a dit que j’allais suivre Cassagnac ? Évidemment, me réfugier dans une famille protestante est une solution bien tentante. Mon cousin est bien aimable et capable de me protéger.

MICHEL

Et moi ? Je ne suis pas capable de te protéger ? Je suis trop chétif sans doute !

CLAIRE

Mais mon grand frère, te voilà réellement jaloux ! Tout cela pour un cousin qui débarque à la maison !

MICHEL

Il veut t’épouser, ton cousin.

CLAIRE

Et alors ? Qu’il m’épouse ! D’ailleurs, je ne lui ai pas encore dit oui. Tu t’affoles pour peu de choses. Moi, j’ai un autre sujet d’inquiétude. Il faut que je te le confie.

****

Sais-tu que pour notre misère,
Sais-tu que notre pauvre père
À ses vices d’autrefois
De nouveau s’adonne ?
Que notre Seigneur lui pardonne.
Et dans son geste, et dans sa voix,
Dans sa démarche et son haleine,
J’ai reconnu sans peine
La tyrannie de la boisson
Dont il avait fait l’abandon.

MICHEL

Le pauvre forgeron !

CLAIRE

Je n’aurai sur lui plus d’emprise.
C’est la liqueur qui le maîtrise.
Son nouveau maître il servira.

(Entre Bocquillon.)

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