Scène IV
NOADIA – TOBIJA – GUESCHEM
TOBIJA
Elle est là ! Samballat ne nous a pas menti.
Son visage voilé m’excite l’appétit.
Une jeune rebelle, ainsi qu’elles me plaisent.
Cette taille sublime et ce regard de braise !
Un merveilleux morceau de fille à conquérir ?
Je gagnerai son petit cœur sans coup férir.
GUESCHEM
Tu perds toute raison quand tu vois une femme.
Pour la moindre Rachel, tu maudirais ton âme.
C’est une juive, enfin, une juive ! Et crois-tu
Par des mots tout en miel érafler sa vertu ?
TOBIJA
Regarde ! Je prendrai d’assaut sa forteresse.
Qu’elle le veuille ou non, j’en ferai ma maîtresse.
(à Noadia)
Ô céleste beauté dont j’ignore le nom…
NOADIA
Encore un beau parleur ! Je lui répondrai « non » !
GUESCHEM
Souffrez qu’à vos attraits nous rendions nos hommages.
NOADIA
Assez de vains propos. Bridez votre langage !
GUESCHEM
Je m’appelle Gueschem.
TOBIJA
Et je suis Tobija
Pour servir ta beauté.
NOADIA
Je le savais déjà.
Un bizarre étranger m’en avait avertie,
Mais vous ne m’inspirez aucune sympathie.
GUESCHEM
Je suis votre servant, fidèle comme un chien.
NOADIA
D’un amoureux canin je me passerai bien.
Je ne suis, malgré moi, qu’une pauvre bergère,
Comme autrefois David, qui fut presque mon frère.
Tel que lui, je saurais, d’un seul coup de bâton,
Comme à l’ours, au lion, menaçant ses moutons,
Vous fracasser le crâne. Pour venger un affront,
D’une pierre en ma fronde vous éclater le front.
Ma beauté n’a que faire de votre valetaille.
TOBIJA
Vous m’offensez, madame. Mieux vaut que je m’en aille.
GUESCHEM
Moi aussi, je m’en vais. Nous nous retrouverons.
NOADIA
Je vous ai tant fait peur ? Vaniteux et poltrons !
(Sortent Tobija et Gueschem.)
Scène V
NOADIA
De gros bœufs sans esprit ! De vraies bêtes de somme !
Qu’ai-je donc fait à Dieu pour attirer les hommes ?
Je ne pourrai sortir par les rues, par les champs
Sans me faire aborder par ces galants méchants ?
J’ai beau les menacer de ma juste colère,
Leur montrer les gros yeux ? Ces gens n’en ont que faire.
À leurs désirs impurs il me faut résister,
J’ai beau montrer les dents et j’ai beau souffleter,
Ils reviennent encore, toujours ils en réclament.
Il faut toujours lutter pour mon corps et mon âme.
Je leur semble tranchante et rude comme fer
Mais je livre sans trêve un combat dans ma chair.
En ton cœur, Noadia, se querellent deux femmes ;
L’une toute en pudeur et l’autre qui s’enflamme.
Je m’épuise à lutter contre mes vains désirs,
Je voudrais être sainte, mais j’aime les plaisirs.
Pourquoi mon créateur m’a-t-il ainsi formée,
Aspirant à lui plaire, mais d’ardeur animée ?
Je crains le châtiment et les feux de l’enfer.
Je trouve des excuses à mes instincts pervers.
Ô, Seigneur, prends pitié, toi qui vois ma faiblesse !
Pour couronner le tout, me voilà prophétesse !
Pourquoi moi, mon grand Dieu ? Tu connais la raison.
Mais il est déjà tard ; rentrons à la maison.
Seule, comme toujours, le cœur gris, l’âme triste.
De la visite, encore ! Qui sont ces méharistes ?
(Un groupe de méharistes s’approche, ayant à leur tête Néhémie.)
© 2026 Lilianof
https://lilianof.fr
https://www.thebookedition.com/fr/765_lilianof
https://www.publier-un-livre.com/fr/recherche?q=lilianof
https://plumeschretiennes.com/author/lilianof
https://vk.com/lilianof
