So Sorry, Saurin…

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D’un fameux orateur, vois ici la gravure.D’où vient son regard sombre et sa longue figure ?D’avoir googlé son nom, Saurin is so sorry :On ne lit en français, aucun de ses écrits.
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Le sermon peut-il être considéré comme un genre littéraire à part entière ? Lorsqu’une prédication est écrite, on ne voit pas ce qui empêcherait son analyse textuelle, la critique de son plan et de son style, l’évaluation de son fond et de ses idées. De fait, pendant très longtemps, jusqu’à l’invention des moyens audio-visuels, les prédicateurs écrivaient leurs sermons : c’était pour eux la seule manière d’en garder une trace, et de les transmettre aux générations suivantes.

On perçoit néanmoins assez bien les réticences qui peinent à inclure le sermon dans une anthologie de littérature. C’est que par essence, la prédication se veut éminemment sérieuse, tandis que les productions littéraires modernes ont évolué vers toujours plus de fiction et d’individualisme. Au milieu de la horde infinie des romans, des nouvelles, des fables, des pièces de théâtre, le sermon écrit fait figure de mouton noir. Edmond Scherer, un protestant libéral du XIXe siècle, est allé jusqu’à dire : « Le sermon est un genre faux, et il est faux surtout parce qu’il a vieilli. » Mais le fin mot de ce jugement à l’emporte-pièce s’explique facilement : le sermon le dérangeait ! comme il dérangerait aujourd’hui un tribunal laïque, chargé d’établir la liste des écrivains du programme de bac de français. A peine autoriserait-il une page ou deux de Bossuet, dont le nom ne peut pas être ignoré de l’histoire littéraire.

Le protestantisme français a pourtant lui aussi possédé des orateurs remarquables, qui ont écrit des sermons. Sur le plan littéraire, leurs œuvres sont aussi travaillées et abouties que toute autre production non religieuse de leur époque. Alexandre Vinet, Adolphe Monod, ont été parmi les plus grands. Ici, ce n’est plus le laïc, mais l’évangélique qui a peut-être une objection : le fait de peaufiner l’éloquence d’un texte devant être adressé à une congrégation, ne s’oppose-t-il pas à la spontanéité et à la liberté que l’on devrait attendre de l’inspiration du Saint Esprit ? Pour répondre rapidement : le travail de l’homme et l’action de l’Esprit de Dieu n’ont pas à être opposés. Lorsqu’un psalmiste composait un Psaume alphabétique, tels qu’on en trouve dans la Bible, il était nécessaire qu’il choisisse ses mots avec soin ; ce qui n’empêche pas que l’on considère de telles compositions réfléchies, comme appartenant au canon inspiré.

Jacques Saurin (1677-1730) est le plus célèbre des prédicateurs de l’exil huguenot, suite à la révocation de l’édit de Nantes. On l’a souvent comparé, et à son avantage, à Bossuet. Ses sermons imprimés s’étendent sur douze volumes ; ils ont été considérés jusqu’à la fin du XIXe s. comme des chefs d’œuvre, tous les pasteurs les avaient lus ; Adolphe Monod ne se déplaçait pas à l’étranger sans son Saurin.

Nous vous proposons ci-dessous un court extrait, à titre d’exemple de son style, du sermon Sur l’égalité des hommes.

*

« Où vas tu, riche qui te félicites de ce que tes champs ont foisonné, et qui dis à ton âme : Mon âme, tu as des biens amassés pour beaucoup d’années; repose-toi, mange et bois et fais bonne chère? A la mort ! Où vas-tu, pauvre, qui traînes une vie languissante, qui mendies ton pain de maison en maison, qui es dans de continuelles alarmes sur les moyens d’avoir des aliments pour te sustenter et des habits pour te couvrir, toujours l’objet de la charité des uns et de la dureté des autres ? A la mort ! Où vas-tu, noble, qui te pares d’une gloire empruntée, qui comptes comme tes vertus le nom de tes ancêtres et qui penses être formé d’une boue plus précieuse que celle du reste des humains ? A la mort ! Où vas-tu, roturier, qui te moques de la folie du noble et qui extravagues toi-même d’une autre manière ? A la mort ! Où vas-tu, guerrier, qui ne parles que de gloire et que d’héroïsme, et qui, au milieu de tant de voix qui retentissent à tes oreilles et qui crient sans cesse : Souviens-toi que tu es mortel, te berces de je ne sais quelle immortalité ? A la mort ! Où vas-tu, marchand, qui ne respires que l’augmentation de tes fonds et de tes revenus, qui juges du bonheur ou du malheur de tes journées, non selon les lumières que tu as acquises et selon les vertus quetu as pratiquées, mais selon le gain que tu as fait ou que tu as manqué de faire ? A la mort ! Où allons-nous tous, mes chers auditeurs ? A la mort !

Outré-je la matière, mes frères ? La mort respectera t-elle les titres, les dignités, les richesses ? Où est Alexandre ? Où est César ? Où sont les hommes dont le nom faisait trembler l’univers ? Ils ont été, mais ils ne sont plus. Ils sont tombés à cette voix : Fils des hommes, retournez ! Vous êtes des dieux ! toutefois vous mourrez. J’ai dit !

Grands du monde, vous êtes des dieux ! voilà vos titres, voilà l’arrêt qui nous soumet à vos ordres et qui nous fait révérer votre caractère ; toutefois vous mourrez ! voilà la sentence qui vous fait descendre de ce grade qui vous élevait au-dessus de nous. Vous êtes des dieux ! je respecterai donc votre puissance, je vous regarderai comme l’image de Celui par qui règnent les rois ; toutefois vous mourrez ! je ne serai donc pas ébloui de votre grandeur, et, quelque respect que je porte au roi, je me souviendrai qu’il est homme…

Les avant-coureurs de la mort sont les mêmes chez le riche que chez le pauvre ; chez l’un et chez l’autre, angoisses mortelles, maladies violentes, remèdes dégoûtants, douleurs insupportables, incertitudes cruelles. Traversez ces vastes appartements dans lesquels un riche semblait braver cette ennemie qui le menace et qui s’apprête à le saisir ; percez cette foule de domestiques qui l’entourent ; jetez les yeux sur ce lit où l’art et la nature contribuèrent également à sa mollesse. Dans cette maison superbe, au milieu de cette foule de courtisans, dirai-je ? ou de vils esclaves, vous apercevrez l’objet le plus triste et le plus humiliant ; vous verrez un visage pâle, livide, décharné ; vous entendrez les cris d’un malheureux tourmenté de la goutte ou de la gravelle ; vous découvrirez une âme atterrée par la crainte de ces livres éternels qui vont être ouverts, de ces trônes redoutables qui vont être dressés, de ces sentences formidables qui vont être prononcées…

Les ravages de la mort sont les mêmes chez le riche que chez le pauvre ; elle condamne également leurs yeux à une nuit impénétrable, leur langue à un éternel silence, toute l’économie de leur corps à une destruction totale. Je vois un superbe mausolée ; j’approche de ce grand objet ; je vois des inscriptions magnifiques ; je lis les titres fastueux de Noble, de Puissant, de Héros, de Potentat, de Monarque, d’Arbitre de la paix, d’Arbitre de la guerre. Je m’enfonce plus avant dans l’intérieur de cet édifice; je lève la pierre qui couvre celui auquel on a consacré toute cette pompe. J’y trouve, quoi? un cadavre, des vers, de la pourriture. O vanité des grandeurs humaines ! Vanité des vanités, tout est vanité ! Les jours de l’homme mortel sont comme le foin ; il fleurit comme la fleur d’un champ ; le vent étant passé par-dessus, elle n’est plus et son lieu ne la reconnaît plus. »

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Albert Dindonot Il écrit bien, mais je suis pas sûr rapport au niveau qu’il soit vraiment calviniste 5 points ; en tous cas John Piper n’en parle pas, ni Wayne Grudem, s’est louche…
 
beky-bekacyn Bof ! moi je trouve ça nul.🤢
 
Apotre Leon Dupaon MmattuVu Surin, il é bon! je solicite de votre tré manifik imence grasse et mansuitude que tu m’envoi ce livre s’il vou plais pour que je létudy . soyé béni ! 😁
 
Michelle Rossignol Ce monsieur n’a pas l’Esprit ; je l’ai senti dès la première ligne. « Ce qui est élevé aux yeux des hommes est une abomination devant l’Éternel. »
 
Pasteur Lejar Franchement j’ai pas eu le courage de lire jusqu’au bout ! Vous imaginez si je parlais comme ça à mon assemblée ? Je sais pas où vous voulez en venir avec votre article, mais il faut savoir se mettre à la portée des gens, et ne pas prêcher pour se faire plaisir.
 
*

A La Haye, où il demeura jusqu’à sa mort, la réputation de Saurin devint telle qu’il fut rapidement traduit en hollandais et en anglais, et lu abondamment dans toute l’Europe protestante. Le prédicateur Charles Spurgeon le cite plusieurs fois. Ci-dessous un extrait de la traduction en anglais de son sermon On the Equality of Mankind.

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Whither art thou going, rich man thou, who congratulateth thyself because thy fields bring forth plentifully, and who says to thy soul, Soul! thou hast much goods laid up for many years; take thine ease, eat, drink, and be merry? To death. Whither art thou going, poor man thou, who art toiling through a languishing life, who beggeth thy bread from door to door, who art continually perplexed in finding out means of procuring bread to eat, and raiment to put on, always an object of the charity of some, and of the hard-heartedness of others? To death. Whither goest thou, nobleman! thou, who deckest thyself with borrowed plumes, who puttest the renown of thine ancestors into the list of thy virtues, and who thinkest thyself formed of an earth more refined than that of the rest of mankind? To death. Whither goest thou, peasant! thou, who deridest the folly of a peer, and at the same time valueth thyself on something equally absurd? To death. Whither soldier! art thou marching, thou, who talkest of nothing but glory and heroism, and who amid many voices sounding in thine ears, and incessantly crying, Remember, thou art mortal, art dreaming of, I know not what, immortality? To death. Whither art thou going, merchant! thou, who breathest nothing but the increase of thy fortune, and whojudgest of the happiness or misery of thy days, not by thine acquisition of knowledge, and thy practice of virtue: but by the gain or the loss of thy wealth? To death. Whither are we all going, my dear hearers? To death. Do I exceed the truth, my brethren? Does death regard titles, dignities, and riches? Where is Alexander? Where is Caesar? Where are all they, whose names struck terror through the whole world? They were: but they are no more.

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Albert Dindonot Je suis entièrement d’accord avec Spurgeon : il s’agit d’un prédicateur exceptionnel que tous les pasteurs devraient avoir lu. Rien à voir avec la prédication à l’eau de rose d’aujourd’hui. The best French reformed divine ever ! ❤️❤️❤️
 
beky-bekacyn Awsome ! Terrific ! Fabulous ! c’est très beau… quelqu’un sait comment traduire « thou who art toiling » c’est du slang ? j’ai d’ailleurs un peu de mal avec le reste…
 
Apotre Leon Dupaon MmattuVu Si vou plé ! ousque je peu prendre des cours d’anglé gratis pour pouvoir lire Surin, Mono, Kalvin et la mère dO’Bigné ? aide-moi mon frère !
 
Michelle Rossignol Saurin était un grand homme de Dieu et un warrior puissant dans la prière, qui a été l’instrument d’un grand revival au pays de Galles. Que le Seigneur fasse lever une armée de Saurins sur la France !!
 
Pasteur Lejar Moi qui ai eu le privilège d’étudier deux ans à l’Université d’Aberdeen pour ma licence, je peux vous le dire : Saurin en anglais, c’est du sublime ! on atteint rarement un tel niveau d’éloquence spirituelle ; mais c’est pas tout le monde qui peut l’apprécier…😍 😇
 
 
 
 choucroute
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Albert Dindonot TROP BON AVEC DE LA VALSTAR !!! ❤️❤️❤️
 
Pasteur Lejar sans vouloir passer pour snob, je préfère la déguster avec une GUINNESS.😋 😋
 
 
 
So sorry, Saurin… 😢
 

Qu’on ne s’y trompe pas, écrire un article, puis le faire commenter par des personnages caricaturaux, n’est pas autre chose qu’une forme de théâtre ; théâtre dont la vocation fut toujours de peindre les travers du temps, pour qu’il s’y reconnaisse et éventuellement s’en corrige. Nous l’avons dit en commençant, le sermon ne saurait se confondre avec le théâtre : le sermon se présente sans masque, et les accents de sa voix ont la rudesse de la vérité.

Aussi, Jacques, pour racheter quelque peu la barbarie numérique de notre siècle, nous mettons ici, en mp3, un de tes plus beaux sermons : Les Profondeurs Divines. Qu’on t’écoute ou non, considère qu’être sur internet est un privilège dont peu de prédicateurs peuvent se targuer, 300 ans après leur départ.

2 commentaires sur “So Sorry, Saurin…

  1. Tellement excellent ! Je me retrouve souvent dans les caricatures que tu proposes, mais je me soigne, par la grâce de Dieu… La mise en page est magnifique, et le sermon de Saurin en audio, c’est la cerise sur le gâteau, la saucisse sur la choucroute garnie…

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  2. Cher David, je t’assure que parmi tous ces noms d’oiseaux, je n’ai visé aucun porte-plumes (comme aurait dit Prévert) de ce blog ! Mais il est vrai que nous respirons tous, moi compris, l’atmosphère de notre époque…

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