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L’arbre qui soupire

Ce texte est une réponse au défi d’écriture de ce mois, Fais parler la vie !

Quand on est si lent, presqu’immobile, le monde n’est pas le même… Cela l’homme l’a oublié, mais s’il s’arrêtait de bouger pendant un long moment, fixant seulement ce qui est devant lui, ou fermant complètement les yeux, il s’en souviendrait. 

Il verrait ce que je vois…

 Au milieu des forêts, chaque feuille pousse d’une manière qui lui est propre, et chacune tombe aussi distinctement, mais l’homme ne le voit pas, du moins il ne prend pas le temps de l’observer. Il n’a plus le temps de le savoir, mais s’il s’arrêtait de gesticuler continuellement, il l’apprendrait tout à nouveau.

Il saurait ce que je sais…

Au bout du compte, la feuille éphémère, c’est lui. Sa vie jaunit, pâlit, puis chute inévitablement en tourbillonnant, il nourrit la terre de ce qu’il laisse derrière lui et personne n’a remarqué sa trajectoire, personne n’a pris garde au tracé de son chemin, son origine demeure un mystère, son destin reste une énigme. 

L’homme n’est plus intéressé que par le rythme des choses, pourvu que le rythme soit vif et soutenu…

Pourtant, alors qu’il n’était qu’une graine dans le ventre de sa mère, il était calme, serein, paisible autant que moi, bercé par les échos de sa toute première création, entouré par les mélodies lointaines d’un Eden oublié. Mais vient ensuite le chaos brutal de la naissance, le déferlement des insécurités et des ressentis, le vacarme des questions, le vertige des prises de conscience, le bruit, l’agitation, les anxiétés… en d’autres termes : l’Ennui.

 Moi je ne m’ennuie pas, je ne m’ennuie jamais… 

Pourtant je vis à une allure qui lui est insupportable, ma lenteur le lasse, ma langueur l’angoisse, mon rythme l’irrite et mon temps le tue. 

Parfois, alors qu’il passe calmement par la forêt pour tenter d’y retrouver quelque chose qu’il ne connait plus, il me toise quelques instants. Ses yeux glissent lentement sur mon feuillage et coule le long de mon écorce comme si sa substance cherchait quelque chose en particulier.

Pour lui je suis parfait… Mes saisons sont parfaites. Mon cycle est parfait. Mon utilité au cœur d’un organisme universel respirant et vibrant est tout simplement parfaite. Il m’envie visiblement. Il pense que lorsque je m’endors à la saison morte, je suis parfait, quand mon fruit renaît aux temps de la lumière, je suis parfait.

Parfait… Ce mot m’agace !.. Entre arbres d’une même forêt, de racine cachée à racine cachée, nous nous racontons l’histoire de cet arbre légendaire. Certains ont cessé d’y croire. Nous vivons des siècles, nous sommes immobiles, et pourtant, notre espoir n’est pas plus résilient que le vôtre. Depuis des millénaires nous attendons la vraie perfection, mais certains s’en sont détournés, ils se sont laissés flétrir par des raisonnements contrenatures, ils ont séché en exposant volontairement leur bois à tous les vents glacials des doctrines abîmées. 

Parfait !?… 

La perfection, si elle est figée par des saisons, si elle est asservie par des périodes sur lesquelles elle n’a aucun pouvoir, à quoi sert-elle ? Quand une chose est sclérosée par sa propre perfection, est-elle véritablement parfaite ? Si la perfection tue, est-elle digne d’être appelée perfection ?

Ô homme, as-tu perdu la raison !? Ne vois-tu pas que je souffre ? Ne vois-tu pas que ce n’est pas ce à quoi j’aspire ? Je ne suis pas parfait, un seul est parfait : l’Arbre de la Vie…Et je soupire après sa perfection, celle qui transcende toute saison…

J’aimerais, ô comme j’aimerais moi aussi donner un fruit dans chaque saison ! Que je désire tant ne plus jamais voir mon feuillage flétrir ! Et chaque printemps, je crois, chaque été, j’espère, chaque automne, je résiste de toutes mes forces, je gorge ma sève de toutes les promesses de délivrance qu’il nous a faites, je durcis mon bois dans l’espoir qu’il tienne chaque fois un peu plus longtemps…Mais je n’y parviens pas… et chaque hiver je me lasse, chaque hiver je m’éteins, chaque hiver je me meurs…

Homme, tu vois des cycles, mais ce sont des spasmes. Tu vois des renouvellements, des résurrections, mais ce ne sont que des contractions, violentes, déchirantes, inexorables. Homme, me délivreras-tu ? Te révèleras-tu, une fois pour toute, pour qui tu es vraiment ? 

Moi, je suis immobile, et c’est là toute ma sagesse. Mais c’est aussi ma limite. Toi tu peux parcourir le monde, tu peux établir aujourd’hui le royaume de notre Créateur, la cité de cet Arbre que j’attends d’être enfin.

Homme qu’attends-tu ?

Jake

3 réflexions au sujet de “L’arbre qui soupire”

    1. Merci David !
      J’ai pris beaucoup de plaisir à l’écrire ! Encore merci à Plumeschrétiennes pour ce blog réjouissant, et à la Plume messagère pour les défis proposés, c’est vraiment une opportunité, chaque fois, de méditer sur la nature de notre Seigneur commun, une bouffée d’air frais !

      Aimé par 1 personne

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