Scène III
NOADIA – NÉHÉMIE
NOADIA (à part)
Revoilà ce démon qui me retient captive !
Ma pauvre Noadia, ennassée comme un rat.
L’ardent Moloch te tient. Qui t’en délivrera ?
Ariel ! Au secours ! J’appelle ta présence.
Fais pénétrer en moi du grand Dieu la puissance.
Il ne me répond pas. Je l’aurais offensé.
Entre le bien, le mal, mon cœur est oppressé.
Que faire ? Ô Dieu, que faire ? La réponse est concise.
Oui, j’entends une voix qui me dit : prophétise,
N’es-tu pas prophétesse ? Est-ce la voix de Dieu
Ou celle du malin ? Quel message odieux !
Soit, j’obéirai donc !
NÉHÉMIE
Eh bien ! La belle, on rêve ?
Voici nos porte-épée qui prendront ta relève
Pour garder la muraille. Il est temps, va dormir,
La fatigue te prend. Je vois ta peau blêmir.
Ma chère Noadia n’est pas dans son assiette.
NOADIA
J’ai deux mots à te dire, à graver dans ta tête :
Ainsi parle la voix de ton Dieu créateur,
Ainsi m’a révélé l’Esprit consolateur :
Qui t’a mis sur le cœur de fuir loin de ton maître,
De l’impérial palais t’échapper comme un traître,
Affrontant le courroux d’Assuérus, ton roi ?
Tu as abandonné ton poste et ton emploi.
L’Esprit Saint te le dit et le redit encore :
Ta place est assignée auprès de tes amphores.
Poussé par son orgueil, Néhémie s’est levé
Mais le Dieu tout-puissant ne t’a pas appelé.
Est-ce à toi que j’ai dit : « Rebâtis cette enceinte. » ?
Mais du Roi des Armées tu as perdu la crainte.
Que fais-tu sur ce mont qu’Adonaï a banni ?
Il n’a point pardonné, Israël est puni.
Pose encore une pierre au pied de la muraille
Et le feu sortira du fond de tes entrailles.
Retourne auprès du roi, implore son pardon.
Il te rétablira car il est juste et bon.
NÉHÉMIE
Eh bien ! Décidément, c’est le jour des prophètes !
Il pleut des prophéties à me rompre la tête.
Prophètes de malheur et découragement :
Les mêmes visions, les mêmes arguments.
Ils veulent m’effrayer, me prédisant le pire,
Mais l’Éternel ne parle pas pour ne rien dire.
Enfin, j’ai toujours cru qu’il n’était qu’un seul Dieu,
Celui qu’en tous les temps vénéraient nos aïeux
Mais j’aimerais savoir si nous parlons du même.
NOADIA
Tu ne me crois donc pas ? Néhémie, tu blasphèmes !
NÉHÉMIE
Je ne blasphème point. Dieu m’avait averti.
Il parle à ses enfants en rêve dans leur lit.
Je t’avais accordé ma pleine confiance
Et ne m’attendais pas à cette performance.
Je t’ai vu dans le noir parler à Samballat.
Que manigançais-tu avec cet oiseau-là ?
Quel sinistre complot ? Noadia, parle vite.
N’as-tu point de réponse ? Faux oracle ! hypocrite !
Laisse-nous ton épée et reprends ton bâton.
Tu redeviens bergère. Retourne à tes moutons.
© 2026 Lilianof
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