Roman, Sylduria

Sylduria (IV) – Ligérie (18)

Chapitre XVIII
Nicole Niclou

 

 

Félixérie poursuivait à plein régime son entraînement au combat, ce qui ne l’empêchait pas de fréquenter régulièrement le culte des gitans. Elle s’était finalement accoutumée à l’exubérance de leurs rassemblements et trouvait auprès d’eux une paix qui contrastait avec l’ambiance belliqueuse du camp de la Salamandre. Elle y remarqua une jeune femme qui, elle non plus, ne faisait pas partie du peuple du voyage, mais qui semblait bien intégrée au groupe. Elle alla la saluer.

« Je suis Félixérie.

– Mon nom est Niclou, Nicole Niclou, Service de Sa Maj… Enfin non… »

Félixérie ouvrit des yeux de lémurien et poussa un cri de stupeur. Nicole Niclou ! Cette fille dont elle avait découvert le cadavre surnageant dans le Cosson. Ce n’est pas possible ! Cette Nicole est bel et bien morte ! Ou alors elle a un homonyme. Ou alors c’est une autre femme qui a été assassinée à sa place…

« Nicole Niclou ? Mais vous… tu… je croyais…

– Tu me croyais morte. Et me voilà bien en vie.

– Mais pourtant, ce corps déchiqueté que j’ai vu dans l’eau ?

– C’était le mien.

– Je n’y comprends rien.

– J’ai passé un très très mauvais quart d’heure. Je ne sais pas ce qui s’est passé entre le moment où Sandra m’a achevée en me tranchant la gorge et celui où je me suis réveillée. Toujours est-il que je me suis trouvée allongée sur l’herbe, la tête entre les genoux de Zoé qui promenait ses mains sur mon visage. Le contact de ses doigts m’apportait chaleur et réconfort. J’ai compris que mes horribles plaies avaient été refermées et mes os broyés reconstruits.

– Zoé est donc une guérisseuse.

– Une guérisseuse ne ressuscite pas les morts.

– Alors c’est une déesse.

– Zoé n’a pas créé l’univers. »

Félixérie se souvint de la parole de Zoé : « Je suis prophétesse du Dieu de lumière ».

« Ensuite, poursuivit Nicole, elle m’a transpercé de son regard, et elle m’a dit ceci, elle m’a dit : “Regarde-moi dans les yeux, si tu en as le courage. Tu es mon ennemie, tu es venue ici pour inspecter nos défenses et en informer le tyran Thanatos. Tu as bien mérité la mort, et pourtant, je t’ai fait le plus beau cadeau qu’on puisse offrir, je t’ai donné la vie, et ce don ne se renouvellera pas. Alors, écoute-moi bien, Nicole. Maintenant tu vas choisir ton camp. Soit tu choisis la vie : Zoé, et c’est le choix que je te conseille, soit tu choisis la mort : Thanatos, auquel cas je te laisse t’expliquer avec Sandra.’’

– La vache ! s’exclama Félixérie.

– Le seul nom de Sandra suffisait à me glacer le sang de terreur. Je n’ai pas hésité une seconde : je ne suis plus au service de Thanatos. Je sers le Dieu de Zoé, celui que les gitans appellent Baro Dével et que les Saintes Écritures appellent Yaveh, Adonaï, Éloïm… celui qui a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle[1]. »

Félixérie siffla d’admiration.

« Tu es donc convertie à la religion chrétienne.

– En effet, mais ma foi n’est pas une religion. La religion, c’est l’homme qui monte sur un tabouret pour essayer d’atteindre Dieu, l’Évangile, c’est Dieu qui descend du ciel pour sauver l’homme.

– Voilà qui est bien parlé. Mais il y a tout de même quelque chose qui m’échappe. Est-ce parce que tu aimes Zoé que tu t’es ainsi convertie, ou parce que tu as peur de Sandra ?

– J’ai d’abord fait cette démarche par peur, je l’avoue à ma grande confusion. Mais il m’est devenu aisé de comprendre que Thanatos est un imposteur qui se fait appeler dieu. Le Dieu unique est celui que sert Zoé.

– Est-ce que Sandra, Frédo, et les rebelles de la Salamandre servent aussi Baro Dével ?

– Eux ? Ce sont des brutes qui ne pensent qu’à occire. Leur guerre est terrestre, la nôtre est céleste. Ils combattent Thanatos parce que c’est un tyran ; nous, nous le combattons parce qu’il veut usurper la place de Dieu. Ils espèrent une victoire humaine, mais nous, nous espérons une victoire dont nous jouirons dans l’éternité. »

Félixérie s’était vite fait une amie de Nicole, dont le charme apaisant et mystique offrait un saisissant contraste avec le monde belliqueux de la Salamandre.

Nicole, elle aussi, s’était très bien intégrée dans le petit monde de Chambord. Quelquefois, elle croisait Sandra qu’elle saluait d’un sourire moqueur. Celle-ci s’en plaignait régulièrement à son petit ami Frédo Rhino. Petit ami, c’est d’ailleurs une façon de parler.

« Depuis que Zoé l’a ressuscitée, cette chipie n’arrête pas de me narguer. C’est décourageant, à la fin ! Tout le mal qu’on se donne à massacrer les gens, et voilà le résultat ! C’est qu’elle commence vraiment à m’agacer, cette gamine ! »

[1] Jean 3.16

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