Prose, Roman, Sylduria

Sylduria (IV) – Ligérie (27)

Chapitre XXVII
Mieux que David

 

 

Sitôt remis de sa colique harmonique, Thanatos convoqua son état-major.

« Vous avez vu comme elle me parle à moi, cette petite teigne ? À moi, Thanatos, l’empereur divin ? Je vais lui régler son compte une bonne fois pour toutes. Ce n’est pas une collégienne dévergondée qui va me faire peur. J’y serai, demain à Orléans. Inutile de déranger toute l’armée. Nous allons employer notre arme secrète. Elle va faire des dégâts. Général Anjade, c’est vous qui la piloterez.

– À vos ordres, mon gros lap… Votre canard… Votre Majesté. »

Zoé aussi avait convoqué son état-major. Elle se montra discrète sur son plan de bataille, donnant pour seule consigne à Sigur de se munir de sa fronde.

Nous voici à Orléans.

Les cours prohibitifs de l’immobilier dans le centre historique, limité par la ligne des boulevards, avaient amené les habitants à se retrancher dans les faubourgs et la banlieue. La belle cathédrale aux tours en forme de couronne avait été abattue. Les boutiques de luxe, abritées derrière les arcades de la rue Royale avaient toutes été pillées depuis longtemps. Tous les immeubles de la rue de la République et de la rue Bannier étaient privés de portes et de fenêtres, occupés à titre gratuit et illégal par toutes sortes de vagabonds pour lesquels même les loyers du quartier de l’Argonne étaient inaccessibles.

Quant à la place du Martroi, cette délicieuse esplanade où l’on aimait, aux beaux jours, s’affairer oisivement à la terrasse, les yeux dans la bière blanche, à l’ombre protectrice de l’épée de la jeune Lorraine, elle était devenue un terrain vague, envahie par la mauvaise herbe entre ses pavés descellés.

Un cortège inhabituel remontait à grand bruit la rue Notre-Dame de la Recouvrance. C’étaient les guerriers indisciplinés de la Salamandre, conduits par Frédo, Sandra, Sigur et Félixérie.

« Comment se fait-il que la prophétesse ne soit pas parmi nous ? s’inquiétait l’un d’eux.

– Pas de quoi t’affoler, répondit Frédo. Elle nous a devancés. Elle se trouve à la Renaissance pour se préparer au combat final. En attendant, elle a confié le commandement à Sigur.

– Quoi ? Sigur Leuret, ce traître ?

– Un traître repenti. Si Zoé lui fait confiance, moi aussi, je lui fais confiance. Et le premier qui refuse de lui obéir, je lui mets une grosse baffe dans la tronche. »

La Salamandre avait à présent investi la place du Martroi. Une heure s’écoule, l’armée s’impatiente.

« Alors ? Où se cache-t-il cet empereur de San Marino ? ironise Sigur.

– Il est resté chez lui, répond Frédo. Il a trop peur que Zoé lui colle une raclée. »

À peine eut-il dit ces mots qu’un bruit inquiétant de moteur diesel et de chenilles se fit entendre, de plus en plus fort. Frédo n’avait déjà plus envie de persifler. Une monstrueuse machine jaillit de la rue du Colombier et s’engagea dans la rue Bannier, avançant sur le groupe de belligérants : l’arme secrète de Thanatos.

« Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

– Ce truc, ça s’appelle un char d’assaut, répondit Sigur. Une méchante boîte de petits pois qui va nous cracher le feu et l’acier en pleine figure.

– Sauvons-nous ! »

L’armée en panique commence à se disperser.

« Vous n’allez pas me laisser tomber ! crie Sigur. Revenez ! Revenez ! C’est un ordre.

– Vous avez entendu ce qu’il a dit ? hurle Frédo à son tour. Revenez, bande de pleutres ! Sinon ça pourrait cogner ! »

Les guerriers apeurés se rassemblent à nouveau derrière leurs chefs. À croire que les poings de Frédo sont plus dévas-tateurs que les obus.

« Ne craignez rien, et faites-moi confiance, leur dit Sigur. Je vais vous démolir cette boîte de fer-blanc. »

La terrible machine, ayant remonté toute la rue Bannier, s’est immobilisée. La tourelle se déverrouille. La tête de Laure apparaît, les cinq étoiles à son calot.

« Où est ta grande luciole ?

– Tu la verras bien assez tôt. Elle se prépare à t’arranger le portrait, général Bibichoupette.

– À ta place, je ferais moins le mariolle, Sigur Leuret. Si tu te rends, avec toute ta troupe, l’empereur fera peut-être preuve de clémence.

– Si tu te traînes à ses pieds, la prophétesse t’accordera son pardon.

– Tu es vraiment un sacré comique ! Je te donne une minute pour te rendre, après quoi je vous anéantis, toi et ta bande de farceurs. »

Sigur tire la fronde de sa ceinture et une boule de pétanque de son sac. Laure n’en revient pas. Elle éclate de rire.

« C’est avec ça que tu comptes détruire un char de combat ? »

La fronde tournoie, fendant l’air avec un bruit lancinant. La sphère vole, elle percute le métal.

« Raté, mon pauvre ami. Tu aurais mieux fait d’apprendre à viser. » Et la voilà qui se secoue à en perdre le souffle !

« Bon, assez ri, dit-elle enfin. La minute de récréation est largement terminée. Je vais faire feu.

– Je ne te le conseille pas, mon gros canard. »

Mais à présent, tous les guerriers ont pris la fuite, y compris Frédo Rhino et Sandra la Teigne. Sigur se retrouve seul face à ce canon pointé vers lui. La place est déserte. Seule Félixérie est demeurée à ses côtés.

« Je veux mourir dans tes bras.

– Nous ne mourrons pas, mon amour. »

Sigur embrasse la jeune fille plus tendrement que pendant la bataille de la veille. L’autre s’excite dans sa tourelle.

« Ce n’est pas bientôt fini, les amoureux ? Arrêtez vos singeries. Je vais faire feu.

– Fais feu si ça t’amuse, ma cocotte.

– Feu ! »

Laure abaisse le levier. Une énorme boule de feu, accompagnée d’un fracas de tonnerre, surgit de la base du canon. Le souffle de l’explosion projette le corps de Laure au-dessus des toits. Il ne reste plus du char qu’un amas de métal broyé.

« Peux-tu m’expliquer ce qui s’est passé ? demanda Félixérie.

– C’est très simple : j’ai envoyé le projectile à l’intérieur du canon. Il a bloqué l’obus, ce qui a provoqué l’explosion.

– Génial !

– Tu lis Edmond Rostand, moi je lis Lucky Luke. »

 

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