Poésie, Réécritures

Rencontre avec le Qôhèlet (chapitres 1 à 6)

Merci à Lise G.

Ce n’est pas l’Ecclésiaste reproduit avec soin, mais les faits justifiant l’écriture du livre : quête d’un homme qui cherche un sens à sa vie, multiplie les plaisirs et les désillusions.
Il cherchait à connaître, il cherchait à comprendre les rouages des temps, du cœur, des sentiments, les secrets de l’esprit, des désirs, des envies.
Il voyagea longtemps et rencontra le Maître dont il apprit beaucoup. Il transmet ses paroles (qu’il cite librement, pas toujours au mot près, sans bien le préciser), les commente parfois : c’est un texte à deux voix, souvent mal distinguées. Il s’adresse au lecteur (au-delà de son fils), l’encourage au labeur dans un esprit joyeux, à jouir du bonheur, des précieux dons de Dieu,  car Lui seul est un bien éternel, immuable, car le sens de la vie se trouve auprès de Lui.


Chapitre I – Un sens à ma vie

J’avais le cœur en peine
Et l’esprit abattu,
Je croyais la vie vaine
Et je n’en voulais plus.
Que passent les années,
Tout reste vanité.

De ce que nous faisons
Jamais rien ne subsiste,
Des champs et des maisons,
Jamais rien ne persiste.
Quels avantages alors
Tirer de tant d’efforts ?

Les siècles se répètent
En cycles infinis,
Et la nature s’entête
Sur les mêmes circuits ;
Panta rhei* et pourtant
Tout demeure constant.

J’ai cru que par l’esprit
Je pourrais m’élever
Et laisser des écrits
Qu’on ne peut m’enlever ;
J’ai voulu être grand
Voulu marquer mon temps.

Je me suis appliqué
À savoir, à comprendre,
À tout examiner
De ce qu’on peut apprendre
Mais être un érudit
Est dérisoire aussi.

Ma trop grande sagesse
Augmenta mes tourments,
Me combla de tristesses
Plus que d’être ignorant.
Je résolus aussi
D’essayer la folie.

* Formule du philosophe Héraclite qui, s’opposant à Parménide, pensait que tout est un perpétuel présent. Observant l’eau, il constate que « tout coule » en un mouvement perpétuel.


Chapitre II – Une vie réussie ?

M’enivrant de plaisirs,
De rires et de joie,
Je comblais mes désirs
Mais n’eût que désarroi :
Le cœur semblant comblé
Ne dit jamais « assez ».

J’ai bâti des palais,
J’ai planté des jardins,
Goûté les meilleurs mets
Et bu les meilleurs vins,
Roulé dans des bolides
Mais ma vie était vide.

J’avais des sociétés,
Des titres, des tableaux,
De nombreux employés,
Oui, j’étais au plus haut.
Je croyais tout avoir
Mais tout est dérisoire.

J’amassais de l’argent,
Collectionnais les femmes ;
J’étais l’homme important
Mais je perdais mon âme.
Sagesse vaut folie ;
Que valait donc ma vie ?

On oubliera le sage,
On oubliera le fou ;
La vie n’est qu’un passage,
Que reste-t-il de nous ?
L’œuvre de tant d’années
Déjà part en fumées.

J’ai perdu le sommeil
En choses inutiles
Car tout sous le soleil
Appartient au futile.
Jouissons du bonheur
Au milieu du labeur !

N’attendons pas demain
Et n’espérons pas mieux
Car rien n’est dans nos mains
Qui ne vienne de Dieu.
Il est un temps pour tout,
Lui, le sait mieux que nous.


Chapitre III – Un temps pour tout

Il est un temps pour naître
Et un temps pour planter,
Un temps pour disparaître,
Un temps pour arracher,
Un temps pour démolir
Et un temps pour construire.

Il est un temps pour rire
Et un temps pour pleurer,
Un moment où souffrir,
Et un autre où danser,
Un temps pour le bonheur
Et un pour le malheur,

Un temps pour s’embrasser
Et un pour s’abstenir,
Un temps pour se blesser
Et un temps pour guérir,
Un temps pour la colère,
Un temps pour la prière,

Un moment pour haïr,
Un autre pour aimer,
Un moment pour partir,
Un autre pour rester,
Un moment pour les cris,
Un pour fêter la vie,

Un moment pour choisir,
Un temps pour rejeter,
Un autre pour quérir,
Un temps pour égarer,
Un temps pour la couture,
Un pour les déchirures.

Il est un temps pour soi
Et un temps pour autrui,
Un moment pour la joie,
Un autre pour l’ennui,
Un temps pour le silence,
Un pour les confidences,

Un moment pour parler,
Un autre pour se taire,
Un moment pour la paix,
Un autre pour la guerre.
À chacun son moment,
Dieu fait tout en son temps.

Il a mis dans nos êtres
L’idée d’éternité,
Or nul ne peut connaître
Ce qu’Il a dessiné.
Il n’est rien sous les cieux
Qui ne vienne de Dieu.

Jouissons du bonheur
Qu’Il nous a accordé
Au milieu du labeur ;
Arrêtons de chercher…
Faisons-Lui confiance,
Avec reconnaissance.

J’ai constaté pourtant
Qu’il n’y a pas de droit,
Le mal est triomphant,
Et les méchants des rois,
Alors j’ai supposé
Que tous seraient jugés.

Puisque tout est poussière,
Puisque tout est néant,
Face à tant d’arbitraire,
Il faut un jugement
Mais la fin est la même :
Quitter ce(ux) que l’on aime.


Chapitre IV – Une vie dérisoire

Pourquoi tant de malheurs
Et de rivalités ?
Pourquoi les oppresseurs
Toujours semblent gagner ?
Tout semble concurrence,
Déboires et violence.

La vie est déception ;
Mieux vaudrait ne pas naître
Que voir ces exactions,
Les subir en son être.
Je ne peux que pleurer
Cette vie comme elle est.

Un ami est un bien
Mais l’égoïsme tue ;
Travailler ne vaut rien,
La paresse non plus ;
Mieux vaut un grand savoir
Pour avoir du pouvoir.

Dans mon indignation
J’avais désespéré ;
J’ai tiré des leçons
Devant les vanités :
Si tout est dérisoire,
La vie est sans espoir.


Chapitres V et VI – Du bon usage des mots

Quand passe le soleil,
La richesse est un poids
Qui prive du sommeil,
Et tous bafouent le droit.
Veiller sur ses propos
Evite bien des maux.

Ne parle pas trop vite ;
Tes promesses, tiens-les ;
Que jamais tu n’irrites
Dieu de vœux insensés,
Mais prends soin de Son nom
Et jouis de ses dons

Car le plus grand malheur
Est bien d’être privé
Des bontés et honneurs
Dont Dieu veut nous gâter.
Pour tous la vie prend fin,
Qu’aucun temps ne soit vain !

Savoir se satisfaire
De ce qu’on a en main,
Et apprendre à se taire
Lorsqu’on est incertain
Sont de bien beaux défis
Mais ils apportent vie.


Lire la suite : chapitres 7 à 12

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