Poésie, Réécritures

Rencontre avec le Qôhèlet (chapitres 7 à 12)

Présentation et première partie ici.

Note : deux sizains ont un aspect bancal : le douze verset six et le dix verset un*. J’ai tenté plusieurs fois de les reformuler mais il advient parfois qu’il faille renoncer.

Le centième sizain, c’est à nous de l’écrire : est-ce Dieu en lui-même, est-ce le Paradis, ou même Jésus-Christ que ce trésor suprême ?

*Référence des versets bibliques, et non des sizains (89 et 59) concernés.


Chapitre VII – Quête de la Sagesse

Mieux vaut un bon renom
Qu’un parfum apprécié,
Des pleurs dans la maison
Que de quoi festoyer,
Car la mort nous apprend
Ce qui est important.

Mieux vaut être repris
Et un esprit patient
Que mille flatteries
Et autant de présents.
Ressasser le passé
Empêche d’avancer.

La sagesse vaut mieux
Que tout autre héritage.
Observe ce que Dieu
Fit à travers les âges ;
Profite du bonheur
Instruis-toi du malheur.

Toujours sois modéré :
Ni trop sage, ni fou,
En actes, en pensées ;
Modère ton courroux,
Sois sourd aux médisances,
Prend garde aux imprudences.

Dieu a fait l’homme droit,
Pourtant tous ont péché ;
La sagesse est pour moi,
Un bien hors de portée
Et je cède à mes sens
Plus qu’à l’intelligence.


Chapitre VIII – Une sagesse vaine

Qui se compare au sage ?
Qui sait analyser ?
Qui, sur son doux visage,
Illuminant ses traits,
Porterait ces stigmates
Dont la sagesse éclate ?

Obéis à ton roi,
Il est maître après Dieu ;
C’est lui qui fait le droit,
Respecte-le au mieux
Et pour le contester,
Veille à bien procéder.

Car toujours il y a
Un temps, une manière
Opportuns, adéquats
Pour agir, pour bien faire
Mais c’est un grand malheur :
Que nul ne sait son heure.

Oui, personne n’est maître
De son souffle de vie,
Et nul ne peut connaître
Quand tout sera fini,
Quand les choses adviendront,
Comment elles se feront.

Dans la lutte pour vivre,
Il n’y a pas d’arrêt,
Et celui qui se livre
À la méchanceté
N’a pas plus ce pouvoir.
Cela est dérisoire.

Et dérisoire aussi
Le mal qu’il fait aux gens,
Les louanges qu’on dit
Aux tombeaux des méchants.
Rien ne les sauvera
Des affres du trépas.

Peut-être les pécheurs
Vivront-ils bien des ans
Mais c’est dans le malheur
Que seront les méchants ;
Le bonheur est pour ceux
Qui révèrent mon Dieu.

Certains justes reçoivent
Le salaire des impies,
Aussi qu’on mange et boive
Durant nos jours de vie ;
Puisque Dieu fit la joie,
Œuvre et réjouis-toi !

J’ai passé trop de nuits
Veillant pour étudier,
Et tant de jours aussi
À tout examiner ;
La sagesse n’est point
Dans l’œuvre des humains.

Le sage croit savoir,
Il en vient à prétendre
Qu’il maîtrise l’histoire,
Mais il ne peut comprendre.
J’ai beaucoup réfléchi,
Songé à tout ceci


Chapitre IX- Vivre au mieux

Les justes et les sages,
Chacun de leurs labeurs
– Disons-le sans ambages –
Sont l’œuvre du Seigneur,
Comme au creux de Sa main ;
Lui seul sait nos demains.

L’homme, bon ou mauvais,
N’a qu’une certitude :
La mort va le frapper
Qu’importe l’attitude
Menée de son vivant,
D’où les nombreux méchants.

Est-ce l’amour, la haine
Que l’on rencontrera ?
Une des grandes peines
Est d’ignorer cela ;
Tout est envisageable
Qu’on soit juste ou coupable !

Qui jure ou se retient,
Le bon qui sacrifie,
Celui qui n’en fait rien,
Le fidèle et l’impie,
Auront un même sort :
Tous connaîtront la mort.

Mais pour tous les vivants,
Il y a de l’espoir :
Ils sont encore conscients ;
Les morts sont dans le noir,
Ils sombrent dans l’oubli,
D’eux, tout s’évanouit.

Mange avec joie ton pain,
Sors tes habits de fête,
Bois de bon cœur ton vin,
Parfume donc ta tête,
Car Dieu y prend plaisir ;
Il voudrait tant t’offrir.

Goûte aux joies du mariage
Et jouis de la vie
Pendant ton bref passage,
Car c’est ta part, ton prix,
Car c’est pourquoi tu peines,
Dans l’existence vaine.

Avec ce que tu as,
Fais ce que tu peux faire,
Ce que tu trouveras
Avant d’être aux Enfers,
Avant d’être privé
D’agir et de pensées.

J’ai encore observé
Que chacun, tour à tour,
A des difficultés,
Que ce n’est pas toujours
Les meilleurs qui l’emportent,
Les sages qui s’en sortent.

Le malheur nous surprend,
Survient à l’improviste
Et face aux temps changeants
Qu’importe qu’on résiste,
On se laisse attraper
Comme pris au filet.

La sagesse est salut
Si tant est qu’on l’écoute,
Mais si le sage est tu
Vient ce que l’on redoute ;
Il suffit d’une erreur
Pour gâcher le bonheur.


Chapitre X – Vivre avec sagesse

Les mouches mortes gâtent
Une huile parfumée,
Et la folie se hâte
De faire qu’on oublie
La sage renommée
Qu’on croyait affermie.

Il marche sans écart,
Le sage, et se rapproche ;
Insensé, l’on s’égare
Au point que l’on reproche
Aux autres d’être fous
Quand il s’agit de nous.

Sois calme et sans riposte
À la mauvaise humeur,
Ne quitte pas ton poste
Quand ce n’est pas ton heure ;
Et tu éviteras
Mille ennuis et tracas.

Les chefs perdent leurs places,
Les petits s’en emparent
Mais parfois cette audace
N’est guère plus qu’un fard :
N’étant plus vigilant,
On se blesse aisément.

Réussir est possible
Même pour qui est sot
Mais il est bien terrible
De s’infliger des maux
Quand la sagesse assure
Un succès qui perdure.

Empreintes de bonté,
Les paroles du sage
Sont sans insanité ;
Insensés, les messages
Du sot lui causent tort,
Et il discourt encore.

Nul ne peut révéler
Et aucun ne peut dire
Ce qui va arriver,
Nul ne sait l’avenir.
L’insensé s’exténue
À errer dans les rues.

Les ministres festoient
Et le pays se perd
Faute d’avoir un roi
Qui ait quelques repères
Dans l’art de gouverner,
Qui sache s’entourer.

Quand on est paresseux,
Rien n’est jamais pressé :
Dans la maison, il pleut ;
La charpente est cassée
Et l’on est aux abois
Mais l’on mange et l’on boit.

« L’argent est panacée »,
Croit celui qui est sot.
Ne dénigre jamais,
Même devant l’oiseau,
Le roi et les puissants,
Ce serait inconscient.


Chapitre XII – Agir sans attendre

« Lance sur l’eau ton pain,
Tu le retrouveras »,
Et partage ton bien
Avec ceux qui sont là :
Avec sept, voire huit ;
Quelle phrase érudite !

S’agit-il de vaisseaux,
Voguant pour commercer
Ou d’éviter les maux
En trouvant des alliés ?
S’agit-il de finances
Ou d’autres connaissances ?

Est-ce parler de Dieu,
Même au jour du sabbat ?
D’agir en homme pieux ?
De vie et de trépas ?
Un encouragement
À semer constamment ?

Oui, l’homme ne sait pas
Quel malheur va frapper
Et quand il adviendra,
Il faudra l’accepter :
Nul n’évite la pluie
Des nuages remplis.

L’arbre tombe en un lieu
Et il n’en dévie point ;
A vouloir faire au mieux,
Souvent on n’en fait moins :
Observer les nuages
N’est pas toujours très sage.

Qui guette trop le vent,
N’ensemence jamais ;
Qui s’inquiète du temps,
N’a rien à moissonner.
Voulant les plus grands biens,
Il se trouve sans rien.

Le chemin des nuées,
Et comment le fœtus
En sa mère est formé,
Te restent inconnus ;
Tu ignores autant
L’œuvre du Tout-Puissant.

Dès le matin, agis
Et sème jusqu’au soir ;
Ne prends aucun répit
Et ne perds pas espoir :
Où sera ton succès
Ne t’est pas révélé.

La lumière est bien douce,
Voir le soleil bien bon.
La joie que rien n’émousse
Est un bien précieux don ;
Qu’il éclaire nos ans
Car rien n’est important.

Quand les ans sont nombreux,
Les jours sombres aussi ;
Jeune homme, sois joyeux
Car la jeunesse fuit ;
Comme l’aurore passe,
Soudain elle s’efface.

Que ton cœur soit en fête
Aux jours adolescents,
Et quand ton cœur s’entête,
Écoute ses élans,
Marche selon ses vœux :
Ce qui plait à tes yeux.

Fais tout ce qui te plait
Mais Dieu, ne l’oublie pas,
De tout ce que tu fais,
Un compte exigera.
Le chagrin, bannis-le,
Le mal, surmonte-le.


Chapitre XII – Au temps de la vieillesse

Songe à ton Créateur
Au temps de ta jeunesse,
Avant que les malheurs,
Les années de détresse
Et les jours sans plaisir
N’aient plus à advenir.

La lune et les étoiles
Y perdent leur éclat,
La lumière se voile,
Et les nuées sont là
Sitôt après la pluie ;
Le soleil s’obscurcit.

C’est cette époque où tremblent,
Les gardiens du foyer,
Où les hommes forts semblent
Avoir été courbés,
Où les ombres pénètrent
Les guetteurs aux fenêtres.

Dans ces temps peu glorieux,
Les femmes qui moulaient*
(Parce qu’elles sont trop peu)
Se mettent à chômer ;
Tout s’arrête au moulin :
Le bruit baisse et s’éteint,

Les battants de la porte
Se ferment sur la rue ;
Le passereau apporte
Le matin dans la nue :
Son cri est un réveil
Emportant le sommeil.

C’est le temps où la voix
Des chanteuses faiblit ;
Les criquets sont un poids,
Et l’amandier fleurit ;
Les chemins nous font peur
Et l’on craint les hauteurs ;

On n’a plus de désir,
La câpre est sans effet.
Car l’homme doit partir,
S’en aller vers l’après,
Vers l’éternel séjour,
Sa demeure à toujours ;

Et déjà ceux qui pleurent
Circulent dans la ville.
Songe à ton Créateur
Avant l’âge où le fil
En argent (un cordon)
Se détache, se rompt,

Avant l’âge où le vase
(La coupe d’or) s’écrase,
Tout comme la poulie
Qui tombe dans le puits ;
Où la jarre se brise
Là où son eau fut prise ;

Où revient à la terre,
Ainsi qu’il y était
Chaque grain de poussière ;
À Dieu qui l’a donné
Revient aussi l’esprit
Qui est souffle de vie.


Cette ré-Ecriture est aussi disponible sur mon blog.

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