Celui qui faisait des portes (Episode 3) – Par Paul Clarou

Episode précédent.

[…] Je décidai de le tuer, là, près de l’eau, pour que personne, jamais, ne puisse entrer ainsi dans mon quatre-murs et me mettre en danger.
J’aurai pu vouloir l’interroger, d’abord, mais je n’y pensais pas. Je ne voulais que faire disparaitre le danger avec cet homme. Au moment où je le visais, il ouvrit la bouche, sans me regarder.
« Te voilà ! Je n’étais pas sûr que tu me suivrais ! C’est bien. » puis « Ne me tue pas, cela ne servirait à rien. Je peux te donner la possibilité de dessiner des portes toi aussi. »
Il ne me regardait toujours pas. Il y eut un silence puis il fit mine de bouger, je tirai dans sa direction, sans l’atteindre. Il me regardait maintenant. Il me regardait bizarrement comme s’il pouvait voir dans ma tête. Je n’avais qu’un second coup, je n’avais plus le droit à l’erreur.
« Veux-tu que je t’apprenne à dessiner des portes ? Tu sais, c’est facile. Tout le monde peut le faire. »
Je m’approchai. Il n’était toujours pas armé. Je visais la tête, tranquillement,
sérieusement, puis je fis feu. Cette fois-ci, la balle alla se loger dans son front. Il s’effondra. Je m’assis, sortis deux balles de mon sac et rechargeais mon pistolet.
Je relevai les yeux vers l’homme, prêt à refaire feu. La balle avait emporté le haut de sa tête, le sang avait éclaboussé l’herbe derrière sa tête, mais son sourire n’avait pas changé. Ce sourire, seul, sans les yeux, n’avait plus rien de souriant. Il ressemblait à un reproche, à une accusation. Allez, ce n’était qu’un malfaiteur, un dangereux, j’avais sauvé ma vie et probablement celle d’autres en plus de moi, des honnêtes maçons du labyrinthe. Je détournai les yeux. Le soleil se couchait derrière les murs, de l’autre côté de l’immense étendue d’eau. Une lumière orangée baignait les rives. Il ferait bientôt nuit et je me trouvais sans mur autour de moi, sans protection, près du cadavre de Celui qui faisait des portes.
Il me fallait trouver rapidement un abri pour la nuit. Plus le temps de construire un mur de protection, j’allais devoir me cacher au mieux.
Mais avant, je voulais le tube qui permettait d’ouvrir les murs. Je ne savais pas alors si c’était pour le détruire ou pour m’en servir, mais je savais qu’il fallait l’enlever au cadavre, qu’il fallait l’enlever à de potentiels malfaiteurs. Je me penchai vers le corps, dépliai sa mains gauche et y prit le tube. Enfin j’essayai, car, au moment où il quitta la peau de son propriétaire, il disparut. Je ne tenais plus rien entre mes doigts. Il n’était pas à terre, je ne l’avais pas lâché, rien. Rien, nulle part.
Je n’avais pas le temps de me poser de questions. Il fallait quitter cette zone de danger. Je partis en courant, suivant les portes pendant quelque temps jusqu’à ce que le noir de la nuit m’empêche de continuer à avancer, je me couchai alors dans le coin le plus obscur, sur mes affaires, derrière un tas de briques, le pistolet à la main et passais la nuit à surveiller les deux portes qui me faisaient face.
Le lendemain, je décidai de refermer ces « portes », ces trous dans le labyrinthe, pour la sécurité de chacun. Les pans de mur déplacés étaient solidement appuyés sur le sol. Impossible de les remettre en place. Je passais donc ma journée à reboucher les trous avec de nouvelles briques. Quand vint le soir, je m’enfermai dans mon quatre-murs et essayais en vain de rester sur le qui-vive. Pour la première fois depuis de nombreuses nuits, la fatigue me fit dormir vraiment, aucun sens en éveil.
Puis la vie reprit son cours, marcher, manger ce que les hélicos ont largué, construire son quatrième mur le soir, le détruire le matin, marcher, encore, trouver de la nourriture, de l’eau, du ciment, des briques, des outils, parfois, et repartir, rebâtir des murs, les détruire à nouveau, s’arrêter, se cacher dès qu’on entend un bruit… la vie dans le labyrinthe.
Mais je n’oubliais pas Celui qui faisait des portes. Je me surpris même, plusieurs fois, à essayer de retrouver l’étendue d’eau, vers le couchant.
Mais les ruelles de briques, les détours du labyrinthe avaient dû m’en éloigner énormément et je ne la retrouvais pas.
Un soir, alors que je finissais de construire mon mur pour la nuit, j’entendis, au loin mais s’approchant, une rumeur, un bruit de mur détruit, puis un autre quelques minutes plus tard.
Quelqu’un approchait en détruisant des murs….

A suivre…

2 commentaires sur “Celui qui faisait des portes (Episode 3) – Par Paul Clarou

    1. Très bientôt : lundi matin ! Et en plus, ce sera le dernier épisode… J’en profite pour vous souhaiter la bienvenue sur ce site Domy, je vous souhaite d’agréables lectures et découvertes sur notre blog.

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